CHAPITRE LXIL
De la 4estractioa de la ville de Dynant, et comment elle fust ardse , et pms destrulte et desmolie de tout point
Le venderdi ensuivant, vingt^huitiesme jour du mois d'aoust, l'an mil quatre cent soixante-six, après ce que la pluspart des biens qui estoient en la ville de Dynant feurent portés hors de la ville , et mesmement plusieurs églises et maisons descouvertes du pldmb qui estoit sus , que on ostoit, pour tant que le duc avoit conclud de la destruire et desmolir du tout, environ une heure après minuict, le feu se prist au logis Adolf de Clefves, au coing Nostre-Dame ; et ne peut-on sçavoir comment le fcu s'y prist, ou si ce fust feu de meschief , ou si on
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le boutta pour abrégier les gens d'armes de vuider hors dé la ville, lesquels on ne pooit avoir hors pour le butin , ou si aucuns de la ville le boutlèrent pour cuider ardoîr ceux qui estoient dedans, ou si aucuns qui n'avoient point de butin le bouttèrent par envie, ou si le comte le avoit commandé de faire; qui n'est pas à croire , pour ce que le comte euist ainchois fait sauver les biens de l'église , lesquels pour la pluspart feurent emblés, fourragiés et ards, excepté aucunes dignes fiertés (chasses),qui feurent mises en la main du comte de CharoUois, ou si les Liégeois, pour mectre le comte endesroy , et faire perdre le surplus des biens qui estoient dedans, le y bouttèrent , dont il y avoit encore moult de biens , et tant qu'on ne scauroit estimer ; car c'estoit la plus marchande et plus riche yille, comme on disoit, de par-dechà les monts , et de forte fortification et situation. Incontinentque on percent le feu, le comte commandaque chacu n s'employast pour l'esteindre ; et combien que par l'espasse de deux heures on y oit bien remédié, et esteint ledit feu, toutesfœs chacun ne pensoit ne visoit que à sauver son butin. Pour laquelle cause, ce temps pendant, le feu se prist en la maison de la ville, où il y avoit grands tas de poudre de canon, qui esprindrent le feu toute l'église Nostre-Dame au comble, laquelle estoit vaultée', et par ce ne feurent pas ards la pluspart des biens et ornements ne des reliques de l'église ; et en emportoit chacun ce qu'il en pooit emporter, quant le comte y vint, qui feit sauver la
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fierté de sainte Perpétue , et autres clignes joyaux et corps saints , qu'il feit porter à Bouvines; et en ce faisant eust assés aflPaire à sauver son corps pour le ieui et eust <ie «es bagues assés ardses , et assés en y eost de Ixruslées; On j crioit le meurdre, que c'estoit la plus grande cruauté et esbahissement que on véil oncquespuis la vengeance de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, carie feu suivoit les gens aux talons de touts eostés -, et combien que le duc oit conclud de destruire la ville , à la vérité dire , il peut sem- Mer que , quant il n'euist eu lauUe vollonté , se estoit le plaisir de Die a qu'elle fust destruite; car on ne peut oncquesscavoir au vrai comment le feu s'y prist, combien que la pluspart de ceux qui y estoient disoient que le feu s'y prist par une mauvaise cheminée , qui seroit encoires à mon propos , que il peut sembler que ce fust vollonté divine qu'elle fust destruite , pour leur orgueil et autres maux que on y faisoit ; de quoi je m'attends à Dieu qui tout sait. IcelM feu feit dommaige aux gens du duc plus de cent millè couronnes de butin , qui fust ards n'estant encoires vuidés.
Durant que la ville de Dynant estoit en feu et en flambe, estoit une grosse ambassade de Liège à Bouvines devers le duc, pour trouver leur traictié par-devers lui ; lesquels Liégeois pooient voir et véoient pleinement la destruction de Dynant, qui estoit chose piteuse à veoir.
Après que chacun fust parti de Dynant pour la chaleur du feu, le comte feit boutter le feu par
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toute la ville et par touts les faubourgs de entour la ville; et féit mander gens tout autour du pays, tant en Brabant^ Namur, Haynault^ comme ailleurs , pour venir desmolir les tôurres et murailles, et touts forts de. la ville ; lesquels y vindrent en grand nombre. Auxquels le comte feit donner à chacun trois patars pour le jour , avecq le butin qu'ils y trouvoient ; et tellement y fust besoigné que quatre jours après le feu prins, ceuxquiregardoientlaplace où la ville avoit esté , pooient dire : <« Ci fust Dy- » nant » ;car il n'y avoit maisons,moustiers, tourres, ne murailles, ne porter, que tout ne fust ards on abbattu* On disoit que les fourmes des bateurs de mestail valloient plus de cent mille florins de Rhin • Dedans l'église cathédrale de Dynant , quant le feu s'y prist , estoient plusieurs riches prisonniers , lesquels feurent ards et ne les peut-on sauver ; et mesme plusieurs qui s'estoient retraits en plusieurs fortes tourres avant la ville , lesquels on ne pooit avoir sans affamer ou abbattre les tourres ^ par ledit feu feurent ards.
DE J. DU CLKRCQ.