CHAPITRE L XIV
Comment la paix fust Êdte derecliief du comte de Charollois et da duc son père , et de ceux de la citë de liëge et du pays.
Le dimanche, septiesme jour de septembre, l'an dessusdit soixante-six, bien matin, le comte de Charollois , derechief se remist en bataille ; et ne passa pas ce jour le connestable la rivière , ains demoura -avecq le comte; et en ceste ordonnance feurent jusques à dix heures. Lequel temps durant , les coureurs trouvèrent que les Liégeois s'estoient retraits, etsetenoient en ung villaige environ Tongres; et environ dix heures, l'ambassade revint de Liège , lui dire que ceux de Liège lui prioient et requéroient paix, et qu'ils estoient prests de tenir et parfurnir de poinct tout ce que le duc son père et lui demandoient ; et que pour ce faire plus seurement , ils bailleroient hostaiges
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de l'homme , tels qu'il plairoit au duc d^eslire , c'est à scavoir , treiïte-deux hommes pour la cité de Liège , six pour la ville deTongres, six delà ville de' Saioct-Tron , et six de la ville de Hasseltj et mçsmement èe propre jour en livrèrent une partie; lesquels feurent menés à Judenge (Jodoigne) devers le duc de Bourgogne, lequel s'estoit parti de Namur à intention d'estre avecq son fils pour combattre les Liégeois, Et par cette manière fust faite la paix d'entre le duc , son fils et les Liégeois , par laquelle paix ils promirent payer six cents mille florins de Rhin en six ans ; chacun an cent mille , et livrèrent les dessusdits cinquante hostaigiers à la volonté du duc , et tels qu'il les vouloit avoir ; lesquels , au bout de l'an , et qu'ils auroientpajé ung paiement, iceux cinquante seroient quittes , et retourneroient , moyennant que ceux de Liège, ains qu'ils partissent, en renvoieroient d'autres cinquante , tels qu'il plairoit audit duc comme dit est ; et si seroit le duc , comme duc de Braband , et ses successeurs ducs de Braband à toujours maimbourgs (gôuverneurs) et capitaines des Liégeois et du pays , sans le coftseil et volonté duquel ils ne polroient faire quelque chose doresnavant de nouvel. Moult autres choses y eut qu'ils promirent faire par ledit traictié ; desquelles, par brièveté , je me tais.
Ce jour , et le lendemain lundy , vivres feurent moult chiers , et à peine en pooient recouvrer les gens d'armes en l'ost.
MONSTRELBT. T. X F, — MÉM. DB J. DU ClEUCQ. Q
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Ledit jour de lundy, huitiesme jour de septembre , après que la paix et tout estoit fait , arrivèrent les Bourgoignons* yenants du pays de Bourgc^ne, lesquels estoient environ quatre cents lanches; et les conduisoitledijt seigneur de Montagu, etlemarquis de Rosteliiigs(Rothelin);etainfflC'estoit U deuxiesme fois , c'est à sçavoir, l'année passée , et à ceste fois , que lesdits Bourgoignons estoient venus sur le tard.
Cedit jour aussi arrivèrent en l'ost les Suistres (Suisses), qui estoient environ soixante hommes.
Et ce propre jour, arrivèrent aussi trois cents îiommes envoyés de la ville d'Anvers , coidants que le comte , ce jour , deuist combattre les Liégeois. Ge propre jour aussi vindrent devers le comté touts les hostaigiers que ceux de Liège promirent livrer à la volonté du duc.
Le mardy ensuivant, le seigneur de Hubercourt et l'archidiacre de Avalon , feurçnt houssés pour aller en la cité de Liège , pour rapporter le traictië scellé; mais ils eurent conseil de non y aller.
Et le lendemain mejrcredy , ceu^x de la cité ^indr^nt deslivrer au comte de Charollois les lettres de leur promesse scellées des sceaux des villes de Tongres , Sainct-Tron et Hasselt, et autres villes, contenants comment ils promectoient furnir et entretenir le traictié par eux fait, et chacun çn baillier les hostaigiers , desquels si aucuns d'eux moroient durant qu'ils seroient hos-
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taigiers , ib seroient tenus dîen enroyer des autre3 ; et <|ue des intérests que le duc avoit eti depuis lai paix faite Tannée paravant^ ib en pf ettoient le duc à juge , proibectant payer ce qu'il en or-* donneront et faire à sa Volonté. Et ce soir, le comte de CharoUois feit deffendre en son ost Te courre , fourragier, et tout fait de guerre , et fust la piix cryée.
Le jeudi ensuiTant, onziesme jour de septembre, le comte de CharoUois et son ost se partist du lieu où il estoit, qui s'appeloit Hdtoy, et vint à Montenacq, et le vendredi à Croisettes, et le sainedi à Moustier-sur-Sâunière, et le dimanche à Chas* tellet-sur-Seine, un g:ros villaige appartenant au chapitre de Liège, et toujours son ost aveéq lui. Audit Chastellet vindrent ceux de Tuin, faire leur ametidise, ksqueb par trois fois se jeltèretit à genoux à terre, en criant merci en grand nombre , et là fust leur paix faite moiennant le traictié Tait ^ et ce quHls avoient promis ^'abbattre leurs portes et murailles, et payer àu«o*estaMe ce que cidessus e»t dit, et feurent iUecq cent hommes ôrdonnés pour desmolir les murs de Tuin, aux dépens de la ville. Illecq donna le comte de Charollois congië à touts ses gens, lesquels retournèrent toutà èn leur^ marches, et le comte s*en alla à Gembloud , en Braband , et puis vers le duc son père , lequel estoit retotfrné à Brus^elleS.
Au mois d^octobre ensuivant , hors de la porte de Saint-Michel de la ville d'Arras, ung nommé
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Miquel nâvra le fils d'ung mosnier , nommé Jehan àe Bourgogne, duquel coup il mourut environ quinze jours après ; lequel Miquel fut prins prisonnier et descapité au mardhié d'Arras. Idelui Miquel estoit de tel courage qu'^l pria plusieurs fois qu'il n'eust pas les yeux bandés , et qu'il estoit tant asseuré qu'il ne doubtoit point la mort ; mais pour sa prière n'én fust rien fait.
Audit an soixante-six, en la fin du mois de novembre, le duc de Bourgogne et son fils envoyèrent le souverain de Flandres , le seigneur de Babodèngbes, le seigneur delà Boutillerie, et autres, ^n ambassade devers le roy Edouard d'Angleterre.
Le vingt-huitiesme jour de décembre , audit an , en la ville d'Arras , ung machon , nommé Jacquemart, frappa par-dessous en l'aisne un sien beaufrère, nommé Absalon Bicart, sayeteur, duquel coup il mourut prfsstement et sans parler; lesquels deux avoient soupe eijsemble à la feste dè la confrairie des archier^ ^P'^''' estoient confrères. Et se meut la noise derrière Sainte-tircûx , pour ce que chacun d'eux avoit de§ enfants , lesquels estoient nepveux d'un prestre, et que le prestre faîsoit plus de bien aux uns que aûx autres.
Audit an soixante-six encoires , en ong villaige nommé Esquerchin , deux frères , pour ce que le maisnéreprenpitraisnéde sa malle vie^ et que c'estoit mal fait qu'il avoit laissé sa preiide femme , et tenoit une concubine , icelui son frère , qui estoit
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homme suivant les guerres, courut sus à son frère, le cuidant tuer, et le nayra. Quant son frère, qui estoit bon labourier et-preud'homme, veit ce, sy se ravengea; et comme Dieu le vollut, il tua eloccist son frère, qui estoit très mal renommé.
Le douziesme jour d'apvril ensuivant , Tan mil quatre cent soixante-sept, en ht ville d'Arras, ung compagnon de Bucquoy, environ Arras, lequel servoit Jacotin Berto, ung archier de corps du due de Bourgo^e, fust navré de trois compagnons, de laquelle navrure il mourut cinq ou six jours après.