SCENE PREMIERE
LA COMTESSE, seule, assise auprès de la table et tenant un livre Qu'elle ne. Ut point.
Il est grand jour depuis long-tems !... je n'ai pu dormir, je suis d'une inquiétude et surtout d'une humeur... Potemkin a beau dire que cela ne nous regarde en rien, non sans doute... mais il suffit que mon nom ait été mêlé à tout cela pour que je craigne encore d'être compromise.., c'est tout simple , tout naturel , et si, hier soir, à ce bal j'avais rencontré Mmo de Rielof... je l'aurais prévenue, dans son intérêt, que ses projets étaient connus... et qu'elle eût à y renoncer... mais je ne l'ai pas aperçue... ni elle, ni ce Ladislas... il reçoit une invitation de bal... et il n'y vient pas... c'est juste, c'était convenu entre eux... ils s'entendaient, ils étaient d'accord ; après tout , que m'importe ? L'essentiel , quoiqu'en dise Potemkin , était de soustraire M. de Rielof au complot qui le menaçait et dont je ne pouvais me rendre complice... je l'ai donc fait avertir hier de se tenir sur ses gardes. . . que des malfaiteurs voulaient , dit-on , cette nuit et pendant le désordre du bal, s'introduire dans l'hôtel du grand trésorier... c'était bien , cela ne compromettait personne et cela déjouait tous les projets. .. j'ai cru avoir fait merveille , pas du tout! ce M. de Rielof, qui est absurde, me fait répondre qu'il me remercie , que l'on peut être tranquille, qu'il a demandé un supplément de gardes qui , l'arme au bras et le fusil chargé à balle , feront feu sur quiconque tenterait cte pénétrer cette nuit dans son hôtel... et si ce jeune homme se présente... s'il est blessé... s'il est tué... c'estmoiqui eu serai cause... de quoi me suis-je mêlée? et à quoi bon prendre intérêt à ce M. de Rielof?... qui après tout aurait bien mérité... non , non , ce n'est pas là ce que je veux dire... et pourvu qu'il ne soit rien arrivé... voilà tout ce que je demande... je promets bien après cela de ne plus penser ni à lui , ni à personne... car depuis hier . . .
(Deux domer. innés naraissent.)
LE premier DOMESTIQUE , annonçant.
M. Ladislas...
la COMTESSE , poussant un cri. Ah !
le premier domestique. Demande à parler à madame la comtesse...
LA. comtesse, avec émotion. Ladislas...
vous en êtes sur... vous l'avez vu...
LE PREMiER DOMESTIQUE. Il est là!
LA COMTESSE , reprenant son assurance.
Il est bien hardi ! que me veut-il ? de quel droit et à une pareille heure ose-t-il se présenter ici ?
LE PREMIER DOMESTIQUE. Il prétend qu'hier madame la comtesse l'a invité pour ce matin... à déjeuner...
LA COMTESSE , stupéfaite. Moi !... voilà qui est fort! qu'il vienne !.. {Le premier domestique sort. ) Je le traiterai comme il le mérite... je lui apprendrai... ah! mon Dieu!., et mon oncle qui va venir... et s'il le rencontre ici après ses soupçons d'hier... ( Au deuxième domestique qui est resté au fond.) Non, non... dites - lui que je ne peux... que je ne veux pas le recevoir. .. que j'attends le prince Potemkin... et que je lui ordonne... {Le deuxième domestique sort.) Ah ! je l'entends!... c'est lui !... (Elle s'élance par la porte h droite de l'acteur et disparaît.)