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L'ENSEIGNEMENT PAR LES YEUX

par le Dr Durieau

Président de la Société Dunkerquoise pour l'encouragement des Sciences, Lettres <$; Arts

Les maîtres des enseignements primaire, secondaire et supérieur ont cherché, depuis de nombreuses années, le moyen le plus sûr et le plus efficace pour se faire comprendre par leurà élèves et, pour impressionner rapidement et d'une façon durable le cerveau de leurs auditeurs.

Après l'exposition par le livre, exposition toujours sèche et aride, on a préconisé le cours, la conférence. Là, un professeur, plus ou moins éloquent, s'efforçait au moyen de la parole d'exposer clairement la matière qu'il était chargé d'enseigner. Mais la parole seule, à moins d'être maniée par un dilettante, et peu d'hommes savent bien parler, produisent des effets souvent somnifères, résultat diamétralement opposé au but à atteindre. ,

Le corps enseignant se rendant compte de l'insuccès de la méthode, s'aida alors du tableau noir ; c'était le premier pas vers l'enseignement par les yeux. Au tableau noir, où s'inscrivaient les schémas, vinrent s'adjoindre les planches murales. Aujourd'hui, toutes nos écoles communales sont abondamment pourvues de séries d'images représentant les faits saillants de toutes les sciences.

Et, depuis, on a pu se convaincre des résultats merveilleux produits par ce nouveau système d'enseignement. L'esprit de l'enfant est plus facilement frappé par une image et beaucoup plus sûrement que par une démonstration, quelque claire qu'elle puisse être.

Pénétré de la supériorité de ces procédés, un de nos amis et collègues, M. Vaillant, le distingué Directeur d'école communale à Dunkerque, a conçu une méthode bien personnelle pour apprendre la lecture aux tous petits, méthode mise en pratique dans presque toutes les écoles de notre ville. Au moyen d'images fort justement appropriées, il apprend à lire à ses écoliers minuscules," qui, en six mois, connaissent non seulement la façon de grouper les syllabes pour en faire des mots, mais encore une infinité de leçons de choses, et enfin savent écrire.

Ils s'instruisent en s'amusant, leur cerveau n'est plus à la torture, il se meuble d'idées nouvelles, et la monotone épellation est complètement supprimée. Félicitons-nous de ce nouveau progrès donné à une méthode qui, nous allons le voir, tend aujourd'hui à s'appliquer à toutes les branches de l'instruction.

Si nous quittons le domaine de l'enseignement primaire pour passer dans celui de l'enseignemnt supérieur, nous verrons les mêmes préoccupations hanter le cerveau des maîtres. Mais, ne voulant nullement empiéter dans le champ si vaste et si étendu de la science pure,

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nous nous cantonnerons plus spécialement dans l'art médical ; et l'on pourra voir en tirant des conclusions du simple au composé, .quels résultats merveilleux sont produits par la méthode d'enseignement par les yeux que nous préconisons.

Dès le commencement de ses études, le jeune étudiant en médecine est forcé de se rendre à l'hôpital. Là on le met en contact avec des malades. Il doit, avant de percuter, d'ausculter, procéder à l'examen du patient, le retourner suivant un terme de la profession, de tous côtés. Son examen est repris par l'interne, le chef du service, et lorsque le diagnostic est définitivement posé, il reste devant les yeux de l'élève une image nette et indestructible de la maladie qu'on lui a montrée. Lorsque l'étudiant, devenu médecin, se trouve livré à lui-même au milieu de sa clientèle, que de fois ne voit-il pas, dans un cas difficile défiler devant ses yeux, comme en une suite de projections de lanterne magique, un cas analogue qu'il a suivi dans tel ou tel hôpital. Et cette projection cérébrale se déroule dans con cadre intacte comme une réalité. La maladie est diagnostiquée et avec elle le traitement institué par le professeur.

A côté de l'hôpital, on apprend à l'élève l'onatomie, la médecine opératoire sur le cadavre, la physiologie au moyen de la vivisection et toutes les branches de l'art médical, au moyen surtout des yeux.

Il lui reste toujours, et, nous prenons à témoin nos confrères, des souvenirs précis que ni le temps ni l'âge ne pourront effacer.

Pour compléter cet enseignement, des musées furent élevés et l'on vit créer des collections admirables telles que celles du musée Dupuytren et de l'hôpital Saint-Louis, pour ne citer que celles-là. Elles étaient destinées à frapper les yeux des élèves et tous ceux qui les ont visitées ne peuvent les oublier.

Partant de ces idées, un savant illustre entre tous, trop tôt enlevé à la science, le professeur Gharcot, voulut

encore faire plus. En créant l'enseignement clinique de la Salpêtrière, il ne se dissimula point les difficultés d'une étude aussi complexe que celle des maladies nerveuses. Il savait, pour l'avoir travaillé longtemps, quelle difficulté se rencontrait dans la description des névroses. Son idée était donc de frapper les yeux d'une manière ineffaçable.

Tous ceux qui ont suivi cet enseignement n'oublieront jamais le décor dans lequel se déroulaient les leçons. La grande salle de théâtre de la Salpêtrière, dans une obscurité presque complète ; seule, flamboyante de lumière, la scène avec, comme fond, son tableau si saisissant représentant Pinel délivrant les folles de leurs fers. Au premier plan, dans un coin, le professeur se détachant avec son profil du Dante, les longs cheveux rejetés en arrière, expliquant la maladie. Racontait-il, avec sa netteté de parole si remarquable, une névrose, immédiatement étaient amenés devant la rampe les malades atteints de cette affection. Les élèves pouvaient alors observer de visu les troubles engendrés par la terrible maladie. Nous nous souviendrons toujours quand nous eûmes l'honneur d'être son élève, d'une leçon faite sur le tremblement, où furent mis en scène, comme démonstration, toutes les espèces de trembleurs. Puis, c(>;nmc conclusions de ces leçons des projections à la lumière oxhydrique faisaient voir les lésions reconnues à l'autopsie.

-C'étaient des cliniques superbes, mais aussi de quelles critiques acerbes cet enseignement ne fut-il pas l'objet ! On prétendit que c'était par amour de réclame qu'on jouait ainsi la comédie à la Salpêtrière. Le professeur fut ravalé au rang d'imprésario, de barnum qui, privé de tout sentiment de pitié pour la souffrance humaine, n'hésitait pas à mettre en scène les malheureux détraqués de l'existence. On couvrit de lazzis, d'opprobre, le maître, des torrents d'encre coulèrent pour sa plus grande confusion. "Mais lui, calme, insoucieux de la critique, ne voulant voir que l'en-

seignement qui allait être créé, continua ses leçons et finit par atteindre son but. Nommé professeur, il ne changea plus sa façon d'en-seigaer, el la grande école de la Salpêtrière s'éleva, lumineuse, attirant à elle non seulement les élèves , mais encore les savants du monde entier, désireux de s'instruire aux leçons de l'immortel C.li.ircol, Ce fui une des grandes gloires de la science française.

Avec cet exode vers l'enseignement par les yeux, il semblait que tout avait été dit. Mais dans notre siècle, où tout marche à l'électricité, il restait d'au 1res découvertes qu'on allait utiliser. La photographie, avec se rayons X, devait être un des facteurs puissants de cette méthode. Nous connaissonc tous aujourd'hui le cinématographe, cet instrument si perfectionné, qui est arrivé à donner l'image exacte du mouvement. C'est à lui que le docteur Doyen, de Reims, le jeune maître devenu si illustre par la hardiesse et le fini de ses opérations, devait s'adresser. Nous trouvons, en effet, dans la « Revue critique de Médecine et de Chirurgie », du 15 août 1899, une description fort détaillée du procédé. Nous laisserons la parole à son inventeur. ,

« Dans tous les centres' d'enseignement, il existe un amphithéâtre opératoire où sont donnés les cours pratiques. Les opérations sur le cadavre peuvent être répétées autant de l'ois qu'il est nécessaire. (.,4 suivre.)

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