‹ Ciné-journalChapitre 145 sur 303 · Poch et Poch. 5 août · texte numérisé non relu

Poch et Poch. 5 août

Procédé et dispositif pour obtenir sur écran des projections lumineuses visibles en pleine lumière.

392,871. — Estaaave, 1er août 1908. Plaque photographique pour relief à vision directe ou plaque autostéréoscopique.

392,873. — Bryhni. 1er août 1908. Pupilla mètre pouvant servir de photomètre en photographie.

392,903. — Bethge. 3 août 1908. Procédé de fabrication de compositions pour la production d'éclairs posés et d effets lumineux, lier d'art universel à lumières artificielles pour la photographie.

392,148. — Lépée et Contenet. 16 septembre 1907. Cinématographe.

392,189. -- Rey Coqaais. 9 juillet 1908. Châssis photographique destiné à l'emploi des pellicules.

392,255. — Lesneur, 20 septembre 1907.

Enduit antihalo détachable à sec pour plaques photographique.,.

392,267. — Guillon, 11 juillet 1908. Agrandisseur photographique multiples et stéréos- 392,933. — Turillon. 4 août 1908. Stabilisateur pour pieds d'appareils photographiques et d'instruments analogues.

393,030. — Levy. 7 aoû* 1908. Appareil photographique utilisant les pellicules planes reliées par des fils, et qui s'escamotent par traction sur ces fils.

393,253. — Société Frieuse Greene Patents Limited. 12 août 1908. Perfectionnements dans les appareils cinématographiques.

303.224. -- Société civile des Pellicules nouvelles pour Cinématographes et autres usages. 19 octobre 1907. 'Procédé cl appareil pour émulsionner les pellicules «•îi celluloïd pour photographie.

393.244. - Société Kodak. 12 aoûl 1908. Perfectionnements apportés aux

panneaux d'arrière des chambres photographiques.

(A suivre.]

Propos d'un Homme pi a bien tourné ***

A tous ceux qui, possesseurs d'un appareil de projection cinématographique, parcourent la France et le monde — en tournée — nous offrons les lignes suivantes qui seront à la fois agréables et utiles. Voyager pour faire du spectacle-théâtre ou du cinéma, c'est — d'une manière générale — la même chose. Le métier d'imprésario comporte toujours les mêmes difficultés mais aussi les mêmes profits. Ecoutons M. Baret, au livre duquel le fragmeut qu'on va lire est emprunté :

Vous ne me croiriez pas si je vous disais qu'une tournée s'arrange comme une partie de campagne ou comme un déjeuner sur l'herbe!... Je ne conseillerai point le métier d'imprésario aux gens amoureux de leurs aises et de leur tranquillité. Supposez un instant qu'une bille sur un tambour soit douée de conscience et de volonté, et qu'elle s'obstine à suivre une route déterminée, malgré les secousses et les trépidations que la baguette imprime à la peau d'âne, vous vous représenterez à peu près la mentalité du directeur de tournées en partance.

Ses fonctions consistent à prévoir l'impossible et à réaliser l'invraisemblable, à déjouer la fatalité, à conjurer la déveine et à raisonner avec le hasard... La difficulté est son élément et toute sa vie semble un défi à la sagesse des nations qui a décrété qu'on ne saurait penser à tout.

Penser à tout! mais il ne fait que ça! Il n'est pas là pour autre chose...

Les bagages à emporter, les susceptibilités a ménager, les décisions à prendre, la concordance des horaires (Horaire! Horaire! comme dit Hamlet), les accidents toujours possibles, les retards toujours certains, les responsabilités à assumer, les chances à poursuivre et les risques à courir, tout cela s'entrecroise et s'enchevêtre dans sa cervelle comme les fils sur le métier à tisser...

Il se pose à lui-même des questions affolantes...

Arriverons-nous à Bruxelles assez lot pour que la grande artiste ait le temps de prendre son bain de lait?

Le public de Narbonnc comprendral-il l'ironie de Capus?

Ne trouverons-nous pas à Rouen la pluie qui retient les habitants chez t,.x - ou à Marseille les chaudes soirées qui leur t'ont préférer au théâtre les terrasses des cafés?

Notre étoile voudra-t-elle avoir son chien dans le wagon?

L'estomac débilité du jeune premier s'accommodera-t-il de l'ordinaire des hôtels?

Les affiches seront-elles arrivées à Toulouse?

N'allons-nous pas tomber sur un conoerl populaire à Angers, sur le bal de la préfecture à Rennes, sur une émeute à Roubaix, sur une grève à Saint-Etienne, sur une catastrophe à Lyon, sur un deuil public à Toulon, sur un discours de Jaurès en Allemagne?

Les bagages arriveront-ils en même temps que les artistes? Ne seront-ils p>as retenus à une frontière ou à une douane?

Et dire qu'il y a des gens qui voyagent pour leur plaisir! S'ils pouvaient se douter de ce que c'est que de voyager pour le plaisir des autres!

Tout en préparant et remaniant son itinéraire, l'imprésario doit, deux mois au moins avant le départ, engager les artistes auxquels il compte offrir un voyage circulaire à prix réduits; car c'est le propre de la profession qu'il faille toujours s'occuper de plusieurs choses à la fois et mener de front les besognes les plus différentes...

Engagez donc, comme vous dirait votre proifesseur d'escrime. Engagez... et fendez-vous!... Les vedettes coûtent cher, et leurs exigences augmentent (naturellement) en raison directe de leur talent, de leurs succès passés, de leur célébrité, de leur autorité sur le public... et surtout de la bonne opinion qu'elles ont assez souvent d'elles-mêmes.

Là s'ouvre en même temps que la caisse l'ère des discussions et des controverses. La plupart des artistes tiennent avant tout à signer un bel engagement qui leur assure de gros cachets.

Entre deux impresari dont l'un offrirait des appointements plus modestes, mais sûrs, et un autre qui promettra la forte somme... avec la certitude de ne pouvoir la donner, l'artiste n'hésite jamais et sacrifie son intérêt à sa vanité.

Les engagements une fois signés, une autre obligation s'impose à vous: celle de faire répéter vos artistes.

Le plus souvent, comme la pièce que vous allez promener se joue encore à Paris après que vous l'avez choisie, les comédiens de la Tournée en partance vont la voir fréquemment.

Presque toujours les artistes que vous venez d'engager viennent de différents théâtres: ils n'ont jamais joué ensemble. Il faut au moins un mois de répétitions afin d'éviter la cacophonie et le gâchis dont vous pouvez vous faire une idée en entendant un orchestre qui aurait oublié de s'accorder — ou encore une réunion électorale — ou une séance

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de la Chambre — ou un meeting ne chats dans une gouttière.

L'ensemble, l'atmosphère, le fondu, le... je ne sais quoi ne se peuvent obtenir qu'à force de répétitions bien suivies, fréquentes et régulières.

Une tournée d'ordre moyen doit emmener deux régisseurs el un administrateur contrôleur: ce dernier ne s'occupe que du contrôle, du paiement des artistes et des bordereaux des frais de journée et de soirée.

Au régisseur général est confiée la mise en scène. En arrivant dans chaque villle, .sa mission consiste à se mettre en rapport avec les chefs 4e service, machiniste, tapissier, accessoiriste pour s'assurer que rien ne manque aux plantations et aux listes d'accessoires qui ont été expédiées quinze jours auparavant.

Le second régisseur (bagageman) est responsable de tous les colis de la troupe, il doit en prendre livraison à la gare en constatant qu'ils sont en bon état et il les confie aux camionneurs et garçons de théâtre qui, d'après ses ordres, doivent se trouver sur le quai de la gare à l'arrivée de la troupe.

Autrefois, dans mes tournées, ce second régisseur portait un uniforme dans le genre de celui qu'on voit encore aux employés des wagons-lits; sur sa casquette se détachait (en lettres d'or, s'il vous plaît!): Tournée Baret.

J'ai dû renoncer à cet usage... Par ces temps de syndicats, d'humanitarisme égalitaire et de revendications prolétariennes (avez-vous remarqué comma ils sont longs, les mots qui ne veulent rien dire?)... enfin dans notre époque troublée, les meilleures intentions risquent d'être mal interprétées; et j'avais l'air de rabaisser au rang de subalterne un brave collaborateur, alors que mon seul but était de lui donner une certaine autorité auprès des employés de la gare et de l'accréditer sans phrase auprès de ceux du théâtre.

Sans vouloir m'avouer que cet uniforme leur pesait comme une livrée, mes

bagagemen me donnaient comme défaite qu'on les prenait pour des chefs de gare...

... Au lendemain d'un succès de presse, où il a su démêler parmi des bons petits confrères, la part de vérité vraie et la valeur littéraire d'une pièce, un imprésario épris de son métier aura naturellement envie de faire connaître à la province cette pièce intéressante. Il se rend compte qu'elle ne fera guère que 60 à 80 représentations devant le public parisien; mais il voudrait la promener quand même, pour l'amour de l'Art!

Hélas!... il est arrêté par la perspective des droits d'auteur à payer, par la corte forcée de la Société!

Certes, je ne récrimine point contre les droits exigés par les grands succès. Quand il s'agit d'oeuvres comme Cyrano, Madame Sans-Gêne, Les Surprises du Divorce (que je cite à dessein parmi des genres très différents), il est tout naturel que l'auteur réclame sa très grosse part dans les bénéfices.

Mais enfin, il existe, en dehors de ces succès immenses et qui sont de sûres et fructueuses affaires, beaucoup de pièces originales et charmantes qui enchanteraient l'élite des villes de province. Si l'imprésario se laisse tenter et en emporte une... la Société lui demande 8 ou 10 % avec un minimum de 6, 8 ou 10.000 francs! Pour atteindre ce minimum, il faut donc composer un itinéraire de 60, 80 ou 100 villles en prenant pour base la moyenne de 1.000 francs par recette.

Sans doute, cette évaluation peut sembler au-dessous de la vérité pour dix ou douze grandes villes, mais il est certain que dans presque toutes les autres, la moyenne des recettes sera sensiblement inférieure, et pour peu que la pièce exige une distribution compliquée et une mise en scène élégante, il devient matériellement impossible que l'imprésario couvre ses frais.

Prenons comme exemple une pièce à 14 personnages.

L'imprésario sera bien forcé d'établir ce petit bilan quotidien:

Frais de la troupe Fr. 400

Frais de théâtre 300

Costumes, perruques, amortissements 20

Pauvres : 10 % sur 1.000 100

Auteurs: 8 % sur 1.000 80

Contrôleur de la tournée 25

Voyages et amortissement 75

Publicité 80

Bagages 20

Frais de correspondance et divers 15

Total 1.115

Les frais se monteront donc environ à onze cents francs... c'est-à-dire qu'ils dépasseront de cent francs la moyenne des recettes. Il est bien évident qu'à Lille, Nice, Nantes, Lyon ou Genève, les recettes peuvent atteindre 2.000, 2.500 et même 3.000 francs. Mais alors les frais de théâtre ne sont plus de 350 francs mais de 1.200, 1.500 et même davantage. Ainsi l'équilibre se trouve rétabli, — en déficit! Concluez...

Un imprésario est en butte à des sollicitations sans nombre, et l'un des plus grands embarras de sa profession, c'est assurément l'embarras du choix des interprètes. Il ne peut s'en tirer qu'en s'adressant à de^ artistes qui aient fait leurs preuves et qui sachent leur métier. Sans doute l'étoile qu'il emmène en tournée répond par définition à cette double exigence et le succès l'a déjà consacrée, elle a son public et ses fidèles: mais il importe que l'étoile ne soit pas entourée d'une troupe de comparses quelconques. Bien loin de la mettre en valeur, les inutilités ne lui feraient que du tort. La fameuse théorie des repoussoirs ne vaut rien au théâtre: il n'y a pas de spectacle plus pénible que celui des efforts d'un bon acteur réduit à un monologue continu et se débattant contre l'aphasie, l'amnésie, la maladresse, l'inintelligence ou l'ignorance de ses interlocuteurs. Une bonne tournée, bien comprise et bien organisée, exige avant tout une troupe homogène et bien en main, où chacun ait sa fonction et sa

spécialité, où l'on se. sente les coudes et où personne ne tire la couverture!

Dans ses rapports avec les artistes, il importe que l'imprésario sache maintenir un juste équilibre entre l'autorité el la camaraderie. Ça n'a l'air de rien!... mais il y faut beaucoup de doigté, de bonne humeur et d'expérience. Faire en sorte qu'une compagnie composée d'hommes et de femmes observe toujours l'ordre et surtout l'exactitude nécessaires, voilà une besogne qui exigerait les qualités réunies d'un capitaine et d'un chef de bureau, car l'organisation et la conduite d'une bonne tournée participent à la fois du service intérieur et du service en campagne.

Ce serait, toutefois, une exagération déplorable que d'introauire dans les choses du théâtre le langage et les habi tudes de la caserne. On peut mettre une pièce en scène sans couvrir les interprètes d'injures ordurières et sans brutaliser personne. Dans la profession dramatique comme dans toutes les autres, celui qui s.ait son métier, se fait toujours écouter et l'on se conforme à ses avis quand ils sont dictés par l'intérêt général, par l'expérience ou par la nécessité. Il suffit toujours de parler clairement et simplement pour se faire comprendre, — et c'est pourquoi je ne suis pas très partisan du style administratif, à la fois solennel et incompréhensible, qui s*est introduit dans plusieurs théâtres de province... et d'ailleurs. Je ne me rappelle jamais sans un effarement la rédaction de certains tableaux de service, celui-ci, par exemple, que j'ai copié à l'Eldorado de Montpellier:

« En prévision de défection ou de maladie subite. Mesdames et Messieurs les artistes sont invités à ne pas s'absenter de l'établissement avant la fin du spectacle. Après quoi ils pourront disposer de leur temps sans autres obligations. »

Cette lapalissade solennelle me paraît d'une barbare inutilité... Combien je préfère cet avis cordial et paternel d'un directeur d'Amiens:

« Demain, départ pour Abbeville.

Rendez-vous au théâtre à deux heu- Notre Film inédit

res.

» En raison du mauvais temps, un omnibus conduira les dames à la gare.

» Les hommes iront à pattes, comme le patron. »

On ne saurait mieux dire- Toutes les étoiles ont leurs manies! Il peut arriver que le public n'en soutîre pas et qu'elles soient très innocentes, ou même assez amusantes. Ainsi José Dupuis restait, en tournée comme à Paris, un peu gourmet, un disciple fervent de Brillât-Savarin: il ne voulait toucher à viettes, ses nappes, et il n'écrivait jamais lui. Il emportait ses couverts, ses serune lettre sans y parler de nourriture. J'ai de lui quelques autographes où je relève des phrases qui trahissent sa principale occupation.

— « Veuillez me faire savoir, par retour du courrier, cher ami, où l'on peut se procurer ces admirables saucisses que nous avons mangées l'autre jour chez X... Je n'ai pas osé le lui demander... mais vous qui êtes son commensal habituel! Nous sommes très bien dans cette petite ville, ma femme va déjà beaucoup mieux et la table est excellente! »

(A suivre).

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