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PAR DESSUS L'ATLANTIQUE

Plusieurs de nos lecteurs semblent s'étonner de ce que nous parlions souvent ici des intérêts de la einématographie aux Etats-Unis d'Amérique. A les entendre, le marché français devrait seul retenir notre attention, parce qu'il est justement le centre du monde et que les affaires de nos bons amis les Yankees nous importent peu.

Tel n'est pas du tout notre avis. Cette ■politique cloisonnée qui limite la vie d'une industrie mondiale aux frontières françaises est souverainement fausse.

Elle procède d'un patriotisme peu éclairé et tout au plus .capable, si nous le professions, de desservir les intérêts Qu'il prétend défendre. J'en vois plusieurs raisons éminentes et celle-ci, par exemple :

L'industrie du film et des appareils est, née, a grandi à Pans. Ceci est entendu. Mais, si le cœur est chez nous, le sang qui en est chasse régulièrement Circule à (lots à d'avers le monde. 11 n'y ■ i pas de vie que dans l'organe central. Elle est partout et ce serait puéril de s'enfermer dans la contemplation .flatteuse d'une seule partie. Voyez ce qui se passe. Naguère, quelques maisons possédaient le privilège lucratif de fournir à tout le marché du film: elles liaient presque toutes rrançaises. Aujourd'hui, li concurrence d'ailleurs

meurtrière a élevé le nombre des éditeurs à trente-cinq. On fabrique des films un peu .partout, bien ou mal, peu ou trop, mais enfin on en produit, depuis le Brésil jusqu'à la Russie. Par un phénomène corrélatif, la consommation est devenue mondiale et je ne saurais comprendre pourquoi nous devons ignorer notre clientèle étrangère, puisqu'elle est la condition même de notre existence.

C'est un fait connu de tous que la France n'existe pour ainsi dire pas comme acheteuse de films. Les clients des éditeurs sont de plus en plus rares, et la cinématographie aurait vécu s'il fallait ne compter que sur leurs commandes. Noire marché, très anarchique, oscille lourdement entre la location et l'occasion, malgré les efforts diligents de quelques hommes soucieux de lui faire un avenir par la location rationnelle. Cependant, les fabricants produisent et môme surproduisent.

où vont les films? A l'étranger. La plus grosse partie des ordres est pour l'Amérique du Nord où Uix mille « exhibiteurs » emploient nos œuvres <pour leurs spectacles. Pour cinq vues réservées à la France, et quarante à l'Europe, cent cinquante seront demandées par les 'Etats-Unis. J'imagine que le chiffre de ces affaires est suffisamment éloquent, et qu'il justifie bien l'intérêt que nous portons au marché américain.

■Nous en parlerons donc ici avec abondance, parce que nous avons la eerti-

tude que c'est de l'autre côté de l'Atlantique que notre industrie trouvera le dénouement d'une crise pénible. Trop de marques européennes sont, en effet, ignorées du public américain. Le Trust Edison ouvert à deux maisons françaises seulement, règne avec autorité sur un syndicat de loueurs privilégié et domine les dix mille directeurs de cinéma-théâtres. Contre cet état de choses, il s'est bien formé une Alliance des Indépendants qui s'efforce de placer des films européens en concurrence avec ceux du trust, mais il apparaît bien que la bataille est encore inégale. Nous savons que des progrés sonstants sont réalisés, mais avec trop de lenteur pour que certaines maisons continentales puissent tenir le < oup.

Un fait nouveau vient de se produire qui nous donne quelque espoir d'avenir.

M. Raleigh, de la maison Raleigh et Robert, vient de signer un accord avec la « Film Impart and Trading Company »

pour la représentation des Fabricants européens aux Etats-Unis. S'il sait choisir nos meilleurs produits et n'inonde pas le marché de marques médiocres, s'il peu! dépister les fraudeurs - comme nous en avons la certitude - nous connaîtrons certainemenl uno renaissance.

En attendant le pouls de la cinématographie -I à New^-York: 11 est sage de I ■ tâti r souvent.

G. DUREAU

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