Novembre
Organe Hebdomadaire de l'Industrie Cinématographique Directeur i G. DUREAO
flBOMHEMEHTS :
FRANCE
Un an 10 fr.
i ÉTRANGER
Le Numéro : 25 cent.
Parait tous les Jeudis
Rédaction & Administration 30, Rue Bergère
PARIS
Une Leçon
d9Outre=Mer
Les quelques représentants de l'industrie cinématographique d'Europe qui étaient depuis quelques semaines à New-York, à fin d'enquête professionnelle, viennent d'être rendus à l'activité de leurs maisons. Ce que fut leur voyage, les impressions qu'ils rapportent, les espoirs qui hpntent leurs cerveaux, nous n'avons pas le droit de le dire aujourd'hui. Les flots de l'Atlantique ont un peu roulé leurs pensées: sachons attendre qu'elles aient pris place et puissent s'exprimer avec la netteté des choses reposées et mûries.
Ce qui doit être dès maintenant répandu c'est que nos amis ont trouvé sur le domaine des Etats-Unis une industrie puissamment organisée et d'allure cohérente.
Les producteurs groupés sous la hannière d Edison ont une force nationale de premier ordre : s'ils ont ouvert leurs rangs à quelques-uns de nos grands éditeurs, ils ne perdent pas de vue leurs intérêts purement nationaux. Ils sont Américains d'abord et avant tout. Là est le secret de leur puissance. Nourris de capitaux imposants, ils ont pu se discipliner eux-mêmes, régir le marché du film et dicter aux loueurs syndiqués comme aux exploitants leurs volontés industrielles, garanties précises et durables de leur vie économique.
Cette organisation nous devrait être un exemple. Plus que jamais nous avons besoin de donner à notre productivité si fé'-1 conde et si artistique un régulateur qui brise les forces de surproduction et une discipline commerciale sévère qui décourage les fauteurs d'anarchie. Le lien nécessaire qui rattache les fabricants aux consommateurs est chez nous lâche, élastique, parfois trop tendu, parfois trop vague. Il faut le refaire tout entier : ce sera l'œuvre de la location du film rationnellement établie.
Quant aux prétentions de quelques éditeurs américains désireux de régner seuls sur le marché des Etats-Unis, nous ne croyons pas qu'elles se réalisent sans correctifs. Il y a là-bas des producteurs indépendants qui ont droit à la vie. L'Europe en compte aussi de nombreux et non des moindres. Aucune raison sérieuse ne s'oppose à ce que ces derniers exportent leurs œuvres en Amérique où certains exhibiteurs les demandent. La faute serait grave de mettre des barrières à la pénétration européenne, car toute la vie de l'industrie cinématographique prend sa source sur le continent. Le cinéma, c'est encore du théâtre et le théâtre, sous sa forme la plus élégante, est une fleur de l'esprit latin.
Nos bons Yankees le savent bien. Efforçons-nous de ne pas leur faire oublier.
G. Dureau.
Lettre d'Amérique ***
De notre correspondant particulier.
On parle toujours de l'Alliance. Certain journal dont les critiques avaient irrité les Indépendants, se montre satisfait de ce que le Comité de l'Alliance ait suivi ses conseils en se séparant nettement de certains membres non désirables et en traitant d'une façon toute commerciale ses propres affaires. Mais il faudra encore du temps pour que cette organisation soit amenée à la perfection convenable. La « Patent's Company » a fait du chemin depuis janvier dernier : encore a-t-il fallu du temps pour la lancer.
Les membres de l'Alliance ne tendent rien moins à assurer 40 0/0 des affaires aux Etats-Unis. La tâche est colossale et, pour y réussir, ils devront posséder une parfaite organisation et ne vendre que des films de premier ordre. Le feront-ils ? L'avenir répondra.
Un autre problème se pose. Est-il possible pour un fabricant ou un loueur d'exister indépendamment de la Patents Company ou de Y Alliance ? Les fabricants étrangers feignent d'ignorer les organisations existantes et se servent de leurs propres agences. Ils ne peuvent entrer dans la « Patents Company » s'ils ne voient aucune utilité à se joindre à l'Alliance. Ils réclament une indépendance absolue. Il existe au
moins une grande Compagnie d'importation à qui l'Alliance aujourd'hui est indifférente. Mais cela durera-t-il ? Il serait pourtant excellent que l'Alliance devint un facteur proéminant et assurât toute la production indépendante. Avec le temps, Y Alliance se renforcera et il apparaîtra alors peut-être aux fractions indépendantes qu'il est de leur intérêt de se réunir à l'Alliance et d'unifier les forces des deux côtés.
Jean Kitourn.
La Succession de M. C. Breteau
Les nombreux amis qu'avait su s'attacher le regretté G. Breteau, trop brusquement emporté, apprendront avec plaisir que l'entreprise déjà prospère qu'il dirigeait à Montreuil-sous- Bois sera désormais continuée par M.
Decroix.
M. Decroix, qui possède à son actif cinq années de service à la fabrication des négatifs, mise en scène, chez Pathé frères, trouvera certainement une excellente carrière dans la maison à laquelle il apporte son activité éclairée.
Toutes les communications doivent lui être désormais adressées à l'usine et aux bureaux de Montrenil-sous-Bois (Seine), 11 bis, rue de Fontenay.
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SYNDICAT FRANÇAIS
Exploitants du Cinématographe **»
Le mercredi 24 novembre 1909, le S.
F. E. C. a tenu une Assemblée générale extraordinaire, à son siège social, 22, boulevard de la Villette.
Compte rendu de la délégation auprès de M. Mesureur, directeur général de l'Assistance Publique. M. Prieur, viceprésident, présidait la réunion. MM.
Brion. président, et Paillot, secrétaire, s'étaient fait excuser pour cause de maladie.
Satisfaction est en partie donnée aux exploitants du cinématographe pour l'abonnement, et pas mal de ceux-ci ont déjà adhéré, un peu à la hâte, pensentils aujourd'hui. En teffet, l'administration pour établir son prix moyen a tablé sur la moyenne des recettes d'octobre dernier ; hors, celle-ci est fausse ; car, si nous comparons octobre aux autres mois d'hiver, nous trouvons cinq samedis et cinq dimanches, alors que les autres n'en comportent que quatre, et, comme la recette des samedis et dimanches fait en général la majeure partie de la recette totale d'une semaine, il s'en suit que la recette du mois se trouve augmentée du cinquième, en comparaison sur les autres. Il faudrait donc, pour que cet abonnement fût ré-
gulier, que la moyenne ait été prise sur deux mois d'hiver, octobre et novembre, par exemple. Tout le monde y trouverait son compte.
Nul doute, étant donnée la bonne volonté que met l'Administration de l'Assistance Publique, que, lorsque le Syndicat lui aura montré cette petite erreur elle y fasse droit, et alors tous les exploitants feront l'abonnement sans crainte pour l'avenir et à, la satisfaction générale.
Le secrétaire,
H. Paillot.
SYNDICAT
DES
Operateurs Cinématographistes de France ***
Je m'étonne beaucoup que quelques directeurs ou opérateurs, comme M. G.
Schneider, s'effraient à la suite de la campagne de salubrité et d'intérêt publics que nous menons depuis quelque temps.
Nous ne cherchons qu'à sauvegarder l'existence des opérateurs, ainsi que celle du cinématographe, les deux étant liées l'une à l'autre.
Si l'intelligence des fiers opérateurs parisiens n'a pas encore reçu le coup de tampon officiel, je crois que celle de
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M. C. Schneider a dû recevoir un terrible choc à la lecture de nos articles.
En tant qu'opérateur, M. le Directeur du « The Royal Vùo » doit être à même de se rendre compte des faits que nous avançons.
Il ne doit pas ignorer que, quand une bande se décolle ou casse à l'entrée de la glissière, le morceau inférieur continue à s'enrouler sur la bobine inférieure. Jusque là, tout va bien ; mais le débiteur supérieur continue à fournir de la bande.
Le bout étant inerte dans la glissière, la boucle supérieure s'allonge et généralement sort d'un seul coup de l'appareil, pour venir taper dans la lanterne. Pareil fait m'est arrivé personnellement samedi soir. Le plus souvent, le film s'enflamme, à moins que l'intensité de l'arc ne dépasse pas 20 ampères.
Ce film pourrait aussi bien s'en aller du côté de l'objectif, mais il préfère le côté de la lanterne. C'est à croire que les films aussi sont syndiqués pour créer des ennuis à ces pauvres opérateurs.
Je tiens à la disposition de M. C.
Schneider l'adresse d'un établissement où. pendant longtemps, le programme était épingle au lieu d'être collé, car. suivant l'avis de la direction, pour trois séances par semaine, il n'était pas utile de monter le programme.
Il eût été préférable de passer bande par bande, que de sortir à chaque fois le film de l'appareil pour passer l'épingle, mais, alors, il aurait fallu trop de bobines. D'ailleurs, bien souvent, il ne manquait sur ce poste que les troisquarts du matériel pour marcher convenablement.
Pensez donc, il y a tellement de frais, et ce pauvre exploitant n'a pu réaliser qu'une vingtaine de mille francs de bénéfices en trois mois.
Vraiment, il n'y a plus moyen de payer son personnel en mangeant de l'argent de cette façon.
M. C. Schneider nous reproche, en outre, de chercher à enlever le gagne-
pain de ces bons opérateurs, qu'il chérit tant.
Mais, nous ne faisons que nous défendre, car, à chaque instant, on remplace un bon opérateur par une personne quelconque, par mesure économique (si l'on veut).
Je vais vous citer un cas, et, si pareille chose vous arrivait, vous la trouveriez peut-être mauvaise.
Je tiens toujours à votre disposition l'adresse et le nom de l'exploitant où ce fait s'est passé.
Dans le quatorzième arrondissement, un grand établissement voyait sa clientèle diminuer chaque jour.
L'exploitant s'en rendant compte fit faire des modifications à son matériel et prit un opérateur sérieux appointé à 300 francs par mois.
En moins d'un mois, l'établissement reconnut de beaux jours, et l'exploitant les bonnes recettes. Il prouva son contentement en augmentant son opérateur de 25 francs par mois.
Mais l'esprit d'économies reprit vite le dessus. Le poste marchant bien et la clientèle ayant retrouvé le chemin de l'établissement, il n'y avait donc aucun inconvénient à changer d'opérateur. On proposa à ce dernier 200 francs par mois, et celui-ci, comme tout homme qui se respecte, refusa. Il fut donc remplacé.
Un beau jour on trouve un bon opérateur, ancien garçon marchand de vins, à des conditions très avantageuses.
Au bout d'une quinzaine, le feu était dans la cabine. Deux mille mètres de programme détruits, la cabine et les appareils ne. formaient plus qu'un lingot de métal fondu.
A part quelques spectateurs piétines et plus ou moins sérieusement blessés, on ne regretta aucun accident de personne. Les dégâts matériels étant couverts par une assurance, la perte n'a pas été bien grande, sauf un arrêt d'une huitaine de jours.
On refit une installation provisoire et, en dépit des règlements, une recommandation bienveillante fit accorder
par la préfecture une nouvelle autorisation.
L'établissement était réouvert dans des conditions aussi défectueuses qu'avant l'accident.
Actuellement un ex-poseur de manchons Auer cumule les emplois de directeur opérateur, à des consitions dérisoires.
Ce qui nous console c'est que les recettes marchent maintenant comme le reste, ce qui prouve que l'économie immédiate n'est pas toujours la meilleure source de bénéfices. Il est vrai que le cinéma ne plaît plus au public, c'est du moins la réflexion que font les exploitants qui ne trouvent pas d'autre raison.
Je demande à M. C. Schneider si on lui en faisait autant, ce qu'il en penserait et si, à moins d'être directeurprop>riétaire, on lui proposait une réduction d'appointements, il pousserait la complaisance jusqu'à trouver quelqu'un qui lui enlèverait son gagnepain.
Ce que l'on peut reprocher aux opérateurs, c'est la complaisance coupable qu'ils mettent à laisser le libre accès de leurs cabines à tout le monde. Quelques gens sans scrupules voyant que ça marche tout seul, trouvent la chose très simple et cherchent à améliorer leur
sort en remplaçant des opérateurs à des prix dérisoires.
Mais une fois seuls, ça change, et si un dérangement quelconque survient ils n'y mettent la main bien souvent que pour l'aggraver, à moins qu'ils ne soient- les premiers dans la rue.
Mais ce qui doit consoler M. le Directeur du Royal Vùo, c'est que ce qui se passe en province, se passe également à Paris, mais çà devient moins facile, car les règlements deviennent plus serrés, en raison du peu de sécurité qu'offre le montage sans contrôle des postes de province.
Les opérateurs vers lesquels va toute votre sollicitude n'ayant jamais su ce qu'il faut comme matériel pour marcher normalement, acceptent tout tel quel ; aussi ne sont-ils pas gênants.
Mais du jour où il faudra un certificat de capacité minimum pour exercer, et qu'il y aura responsabilité, les opérateurs deviendront peut-être plus exigeants, et il sera plus difficile de faire deux séances dans la même journée avec le même matériel dans deux salles différentes, ce qui se passe souvent en province.
Alors, le régime néfaste de l'exploitation à outrance et des économies mal placées, aura peut-être fini d'exister
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pour le plus grand bien de tout le monde.
Aussi, chers Directeurs, à l'esprit commercial et pratique peu ouvert, je vous plains de tout mon cœur et vous engage à vous munir de bon matériel, et à vous entourer de bon personnel. Vos recettes et notre sécurité s'en ressentiront sûrement.
E. Schneider, Secrétaire du S. 0. C. F.