‹ Ciné-journalChapitre 55 sur 303 · Août · texte numérisé non relu

Août

Organe Hebdomadaire de l'Industrie Cinématographique Directeur : G. DDREAD

flBOHHEMEHTS :

FRANCE

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ÉTRANGER

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Le Numéro : 25 cent.

Parait tous les Jeudis

Rédaction & Administration 30, Rue Bergère

PARIS

L'Incendie de la

Foire de Dresde

Les Calomnies contre le Cinématographe

Nos lecteurs savent qu'un terrible incendie a détruit, la semaine dernière, la presque totalité de la grande foire de Dresde, non sans faire, hélas, de nombreux blessés. Ils ont appris également qu'une enquête a été ouverte pour déterminer précisément les responsabilités.

Bien que les résultats de ces recherches ne soient pas encore communiqués, nous sommes en mesure d'affirmer que, contrairement aux déclarations de la première heure, l'incendie ne saurait avoir pour cause l'inflammation d'un film dans un cinéma-théâtre,. Les dépèches adressées par les grandes agences internationales Reuter et Havas aux feuilles françaises et allemandes sont donc, sur ce point, inexactes et ce nous est un véritable soulagement que de l'apprendre.

La vérité est que le ieu s'est déclaré dans une brasserie installée sur la Vogelwiese, superbe établissement d'ailleurs, à l'enseigne de « LaClochedesSaucissesdeNuremberg».

Les avis sont partagés sur les causes mêmes du feu. Les uns disent que les décorations de la maison ont été enflammées par une allumette imprudemment jetée. Les autres déclarent qu'il faudrait attribuer l'incendie à des grenades explosives qui seraient tombées sur la salle d'un Zeppelin, jouet-

réclame exposé sous la tente, au-dessus des consommateurs. Nous souhaitons que le dirigeable allemand ne soit pour rien dans l'affaire, car si un jouet fait déjà tant' de mal, que nous faut-il craindre du véritable Zeppelin !

Aux premières flammes, une servante s'empressa avec un seau d'eau qu'un client lui arracha pour aller plus vite. Mais il était sans doute trop tard. Une vive panique s'ensuivit dans l'établissement et se communiqua comme la poudre à tout le champ de foire. En même temps, le feu se propageait avec une rapidité foudroyante et, malgré l'intervention de la troupe et des pompiers, dévorait en quelques minutes près de 300 baraques de toute nature.

Comme on voit, le cinématographe ne fut pour rien dans cette catastrophe.

Il est bon qu'on le dise et qu'on le répète, ne serait-ce que pour déshabituer l'opinion publique de ce préjugé détestable que le cinéma est un péril public et que tous les théâtres de projection menacent la vie des spectateurs.

A ce propos — pour être francs jusqu'au bout — nous sommes obligés de reconnaître que la presse en général et nos grands quotidiens, en particulier, se font une joie d'appeler sur le cinématographe l'attention désobligeante des foules. Quand ils n'en critiquent pas l'esprit, « l'immoralité » ou la « niaiserie », c'est pour mieux en présenter le vice pratique au point de vue de l'hygiène ou de la sécurité sociale. Des médecins crient — pour les mieux soigner sans doute — que l'écra 1 engendre des ophtal-

mies. Des membres, d on ne sait quelles commissions, parlent avec mystère de catastrophes éventuelles : mais leur compétence s'arrête à la connaissance des appareils et nous en savons qui prirent récemment à Paris une cuve à eau pour un Carter Mallet.

Derrière ces campagnes de défaveur, il y a des intérêts qui se défendent et que la presse à tout faire sert comme il convient. Ces intérêts sont ceux des directeurs de théâtres, de music-halls et de tous les impresarii étrangers à la cinématographie, rivaux jaloux des succès lucratifs du cinéma. Le public qui lit les quotidiens entendant chaque jour répéter les propos tendancieux de ses guides, en arrive à son insu à les croire : il cède à la suggestion lente mais sûre de la chose écrite, incapable qu'il est de démêler les raisons premières de cette campagne sournoise.

Pour le cas particulier de la foire de Dresde, les calomnies qui ont été répandues dès le lendemain de l'incendie émanent obliquement d'une presse mal informée par les forains eux-mêmes et par les commerçants de la ville. Pourquoi les forains, dirat-on? Parce qu'il y a parmi eux, dix cinématographistes sur cent industriels de toute sorte, ce qui constitue nécessairement de sérieuses rivalités d'intérêt. Ajoutez que les cinés-théâtres font parfois des recettes qui cênent les voisins et vous aurez la clef de bien des jalousies.

Quant aux commerçants de la ville, ds sont par définition les adversaires de tous ceux qui, venus du dehors, passent près d'eux et quittent le pays après avoir plus gagné que consommé. C'est leur or et leur argent qu'on vient leur prendre, disent-ils et ils savent que les cinématographistes sont très aimés du public.

Leur jalousie commerciale est en partie mal fondée car tous les forains laissent derrière eux beaucoup de profits pour tout le monde, ne serait-ce qu'aux municipalités qui les accablent de droits et de taxes. Mais il suffit qu'elle existe pour expliquer l'attitude hostile de la presse locale et des autorités. C'est tout ce que nous voulions démontrer.

Quant aux cinématographistes, ils n'ont qu'à redoubler d'activité et de vigilance, à écarter les risques de danger afférents à leur genre de spectacles, à amuser le public— qui les en remerciera de la meilleure façon, c'est-à-dire en les enrichissant.

G. Dureau.

Un Post-Scriptum douloureux

Au moment où j'écrivais les lignes qui précèdent, dans un sentiment d'optimisme d'ailleurs raisonnable, un cruel accident se produisait rue du Faubourg-Saint-Denis.

Un opérateur cinématographiste était grièvement brûlé par les flammes de quelques bandes incendiées dans sa cabine.

Vous pourriez croire que la presse a rendu un compte exact des faits. Pas le moins du monde. Un de nos plus grands quotidiens du matin raconte que l'accident est dû à « l'explosion d'une lampe » ce qui aurait pu laisser supposer que le projectionniste employait une autre lumière que celle de l'arc électrique. Or, le poste fonctionnait à l'électricité. D'autres parlent d'une inflammation spontanée de celluloïd.

Toutes les versions publiées sont erronées.

La vérité est celle-ci :

La séance de projection était terminée depuis deux minutes. L'opérateur, cédant à un mouvement d'imprudence que nul ne comprendra s'il ne connaît l'esprit général de beaucoup de cinématographistes, voulut allumer sa pipe pendant qu'il « réembobinait » son film. L'allumette mit le feu à la bande qui explosa dans la cabine malheureusement très exiguë. Inutile d'ajouter que le pauvre homme — ce n'est plus un enfant — fut très grièvement atteint et qu'il paie cher à Lariboisière le prix de sa lourde faute.

Quelle moralité faut-il tirer de ce fait? Qu'un opérateur qui allume sa cigarette ou sa pipe près de ses films se comporte à peu près comme un aéronaute qui fumerait dans sa nacelle ou près de son ballon. Tels aussi des ouvriers qui, travaillant à la fabrication

des obus ou des cartouches, laisseraient tomber une allumette dans les caisses de poudre.

Leur imprudence n'a rien à voir avec la pratique de la cinématographie ou de la pyrotechnie. Elle n'esl imputable qu'à une légèreté d'esprit criminelle. L'accident qui les frappe n'est pas un risque du métier.

Puissent ces paroles être entendues de tous les opérateurs!

Une Invention intéressante

Nous apportons aujourd'hui à l'étude des systèmes d'éclairage des salons cinématographiques une contribution nouvelle qui ne manquera pas de retenir l'attention de tous nos lecteurs.

Le brevet dont nous voulons parler est dû à M. Ernest Grenier, une des personnalités les plus connues du monde cinématographique forain — an de ceux qui lancèrent en France le Chronophone Gaumont. Il nous est fort agréable de souligner l'esprit de cette invention due à un véritable professionnel.

Voici, dans ses lignes nécessaires, le texte même du brevet :

Système d'éclairage artificiel des salles de

spectacles cinématogr apbiqnes et antres

Le but que s'est proposé le demandeur est d'éclairer artificiellement les salles obscures où sont exhibées des projections cinématographiques ou fixes, ou autre genre

de spectacle. A cet effet, il applique comm e source de lumière un foyer de lampe tel qu'une lampe à vapeur de mercure produisant des radiations spéciales assez différentes de celles qu'envoie l'appareil qui projette les images sur l'écran, de façon à ne pas se confondre avec elles. Pour protéger les spectateurs contre la lumière émanant de ce foyer additionnel on dispose un abat-jour, de préférence en forme de cuvette, qu'on place immédiatement sous la lampe attachée au plafond.

Grâce à cette combinaison ces projections se font comme dans l'obscurité avec le même éclat et la même intensité qui résultent du foyer électrique ou acétylénique qui éclaire le cinématographe, et les spectateurs, par les reflets de la nappe lumineuse fournie par la lampe du plafond, voient suffi samment clair soit pendant la durée des projections, soit quand elles sont interrompues; en d'autres termes la salle ne reste jamais dans l'obscurité.

Au lieu d'une seule lampe on pourrait en disposer plusieurs au plafond et même sur les côtés, mais de façon qu'en aucun cas les rayons réfléchis de cette lumière additionnelle ne viennent pénétrer dans le laisceau lumineux des projections.

L'expérience a montré qu'avec ce système les images projetées ne perdent rien de leur netteté et de leur intensité. Elles gagnent au contraire en relief et en beauté, tandis que les spectateurs au lieu d'être plongés dans l'obscurité sont entourés d'une lumière non pas éclatante et diurne mais en quelque sorte atténuée, douce et crépuscu-

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