SCÈNE Yl
MAXIME
Désespéré, confus, Et digne, s'il se peut, d'un plus cruel refus, Que résous-tu, Maxime"? et quel est le supplice Que ta vertu prépare à ton vain artifice4? Aucune illusion ne te doit plus flatter; Emilie en mourant va tout faire éclater; Sur un même échafaud la perte de sa vie5 Étalera sa gloire et ton ignominie,
1. Xe crains pas toutefois... Chez les âmes fières. comme celle d'Emilie, la colère s'éteint ou s'émousse dans le mépris. On épargne à certains èlics des reproches mérités, moins par pitié que par un sentiment de dignité et de respect pour soi-même. — La noble figure d'Emilie achève de se caractériser et se rehausse encore dans cette scène, qui, pourtant, par le dégoût qu'inspire le personnage du traître et du fade soupirant, laisse une impression pénible.
2. Que de m'en défier. <»n hésite s'il faut entendre, me défier de tes parjures, on bien, me défier de toi; ce dernier rôle du pronom en dans la phrase n'aurait rien de contraire à la grammaire du xvn° siècle.
Vous ilont je vois l'amour, quand j'en craignais la haine.
{IJérucltus. III, iv.)
— Sur cet emploi du pronom en avec un nom de personne pour antécédent. V. plus haut. p. 20, n. 1 ; et p. 36, n. 3.
3. Quatre vers où Maxime exprimerait sa confusion avant de disparaître, n'auraienl-ils pas suffi? Fallait-il mettre en un monologue de près de quarante vers les gémissements d'un repentir auquel il nous est bien difficile de nous intéresser? — Corneille ne l'a fait sans doute que pour préparer et rendre plus vraisemblable le moavemenl qui, tout à l'heure, poussera Maxime à venir s'accuser lui-même devanl . a courir au-devant du châtiment. (V. se. m du Ve acte.)
4. Que ta vertu prépare... Que reste-tri] à Maxime, qu'il puisse appeler sa vertu ?
5. L'auteur met par inadvertance un échafaud chez les Romains qui ne connaissaient pas cet appareil de supplice.
Et sa mort va laisser à la postérité 1 L'infâme souvenir de ta déloyauté.
Un même jour t'a vu, par une fausse adresse, Trahir ton souverain, ton ami, ta maîtresse, Sans que de tant de droits en un jour violés, Sans que de deux amants au tyran immolés, Il te reste aucun fruit que la honte et la rage Qu'un remords inutile allume en ton courage2. , Euphorbe, c'est l'effet de tes lâches conseils3 ; Mais que peut-on attendre enfin de tes pareils?' Jamais un affranchi n'est qu'un esclave infâme; Bien qu'il change d'état, il ne change point d'âme 4 ; La tienne, encor servile, avec la liberté N'a pu prendre un rayon de générosité:
Tu m'as fait relever une injuste puissance ; Tu m'as fait démentir l'honneur de ma naissance; ' Mon cœur te résistait, et tu l'as combattu ^ Jusqu'à ce que ta fourbe ait souillé sa vertu '6. Il m'en coûte la vie, il m'en coûte la gloire, Et j'ai tout mérité pour t'avoir voulu croire ; Mais les dieux permettront à mes ressentiments De te sacrifier aux vœux des deux amants, Et j'ose m'assurer qu'en dépit de mon crime6