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Cinq années de résidence au Canada [microforme]

Découverte de l'Amérique. — Différentes expeditions faites dans le Canada par la France et l'Angleterre. — Fondation de Québec. — Conquête définitive de ce pays par le général

Wolf.

Le défaut de goût pour les aventures chez les habitans primitifs de la terre , et la réunion de plusieurs autres causes, ont également concouru à jeter le voile le plus obscur sur l'histoire des premiers siècles de presque toutes les

parties du monde. On avait si peu de notions Tone II 1

sur l'Amérique ;, avant que la découverte en fut faite par Christophe Colomb en 1492, qu'on la npgmma avec emphase le Nouveau-Monpe.

Cinq ans après cet important évènement , un Italien, nommé Cabot, fut chargé par Henri VI], roi d'Angleterre , de tenter d’autres découvertes sur le nouveau continent. On lui donna le commandement d’une escadre de six vaisseaux : muni de tout ce qui pouvait contribuer au succès d'une si importante entreprise, il s'embarqua au commencement du printemps de 1497, et, au mois de juin suivant , il découvrit z erre-neuve. Il aperçut ensuite une autre île qu’il nomma l’île de Saint-Jean ; et continuant toujours sa course dans la direction de l’ouest, il arriva bientôt sur le continent dont il longea les côtes jusqu’au 67° degré et demi de latitude nord. Il revint en Angleterre sans avoir fait aucune tentative pour former quelque établissement dans le Nouveau-Monde ; et ce qui est plus remarquable, c’est qu'après avoir fait une expédition aussi dispendieuse, l'Angleterre ait demeuré plus d’un demi-siècle sans penser à donner quelque suite à cette première découverte. Mais le bruit de l'heureux

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succès de Cabot se répandit: en 1506, un Ffransais nommé Denis fit voile de Honfleur pour l'erre-neuve , et s’avança dans le golphe de Saint-Laurent. 11 dressa une carte du golphe et de la côte adjacente , prit quelques poissons sur le grand banc de pêche et retourna en France dans le cours de la même saison. Deux ans après, Thomas Aubert partit de Dieppe, et fut le premier qui eut le courage de remonter le Saint-Laurent. I] amena de force quelques-uns des uaturels du pays et les montra dans presque toutes les principales villes de France comme des objets de curiosité.

I paraît qu'en 1517 , il n’y avait pas moins de cinquante vaisseaux , Espagnols, Français et Portugais , employés à la pêche de Terreneuve.

Les conquêtes des Espagnols dans l’Amérique du sud firent une grande sensation en Europe. Les facilités que donnèrent les précieuses mines de ces contrées , pour acquérir rapidement de grandes fortunes , produisirent dans l'esprit public une grande insouciance pour celles qui pouvaient seulement offrir un nouveau champ aux travaux de l’agriculture ou

aux entreprises commerciales. Aussi voyonsnous que pendant un grand nombre d'années on fit peu de cas de l'Amérique du nord:

Terre-neuve , il est vrai , attira quelque attention : des individus de diverses nations y formèrent des établissemens, près d’un siècle avant qu'on fit aucune tentative pour la colonisation du continent septentrional. En 1522, il y avait déjà cinquante maisons élevées sur les différentes parties de l'ile.

En 1535, Jacques Cartier, natif de Saint- Malo , remonta le Saint-Laurent pendant l'es. pace de goo milles, et ne s'arrêta qu'au point où le passage lui fut fermé par une immense cataracte , apparemment celle du Wiagara. Il prit possession du pays au nom de SA MAGSESTÉ TRÈS-CHRÉTIENNE , forma des alliances avec les habitans, construisit un fort, ethiverna dans le pays qu'il nomma /a Nouvelle France. En redescendant la rivière, il visita un grand établissement indien appelé Hochelaga qui occupait le territoire sur lequel est maintenant la ville de Mont-RÉAL, corruption de Mont-royaL , nom qu'il reçut originairement de Cartier. Il donna aussi le nom de

SAINT-LAURENT à la rivière , parce qu'il y était entré le soir de la fête de ce saint. Partout où il rencontra les naturels du pays, il en reçut l'accueil le plus hospitalier , et il se lia facilement avec eux ; parce qu'ayant fait l'année précédente un voyage sur les côtes de l’Amérique , il avait eu la précaution d'amener en France deux naturels du pays qui, pendant lcur séjour jusqu’à sun second voyage , eurent le temps d'apprendre la langue française, et purent servir d'interprêtes entre leurs compatriotes et lui. Dans cette occasion, il se lia intimement avec un des chefs, nommé Donnaconna, dont il reçut les témoignages du plus vif intérêt, en échange desquels, Cartier eut la cruauté de le conduire en France, contre sa volonté. Il paraît qu'il ne recueillit ni honneur ni profit de cette expédition : car à son rétour, ses découvertes furent considérées comme très-peu importantes, et ses services très-médiocrement récompensés. Sa fortune en souffrit tellement , que , cinq années après son retour du Canada , il y revint, accompagnant, sous l'humble titre de pilote, M. Roberval qui en fut nommé vice-roi en 1540. Ce vice-roi, à son

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airivée dans le Saint-Laurent, construisit un fort, ct après avoir hiverné à environ quatre lieues au-dessus de l’fle d’Orléans , il retourna en France, laissant le commandement de la garnison à Cartier. Deux ans après , M. Roberval revint en Canada avec un renfort considérable, et tenta de trouver un passage aux Indes Orientales par le nord-ouest. En 1549, il retourna de nouveau en France et revint peu de temps après pour la troisième fois dans le Canada , accompagné de son frère et d’un grand nombre d’aventuriers. Ce dernier voyage ne se termina pas aussi heureusement que les précédens : on n’eut plus aucune nouvelle ni du vice roi, ni de ses compagnons , et on supposa qu'ils avaient péri dans la traversée. Le gouvernement français fut tellement découragé par ce désastreux évènement , que pendant plus de cinquante ans , il ne fit aucune tentative pour encourager l’émigration en Canada. À la vérité, l’enlèvement forcé de Donnaconna avait tellement exaspéré les esprits des paturels du pays, qu'ils évitèrent soigneusement toute liaison avec les Français, depuis cette démarche aussi honteuse qu'impolitique,

LETTRE XXI. 7 jusqu'à l'année 1581 , époque à laquelle le souvenir en étant presqu'entièrement effacé, les communications amicales se rétablirent sur l'ancien pied. Cette réconciliation avec les aborigènes du Canada fut tellement avantageuse aux Français, qu'en 1584, trois vaisseaux, du port chacun de 180 tonneaux , furent employés à commercer avec ces contrées.

En 1591 , une flotte de vaisseaux marchands fut expédiée de Saint-Malo pour faire la chasse au Warnus, dans le fleuve de Saint-Laurent.

. Les dentsde cet animal étaient aiors beaucoup plus appréciées que l’ivoire, et se vendaientàäun prix plus élevé. On assure que dans cette même année, plus de quinze cents de ces animaux furent tués par le seul équipage d’une petite barque , à Raméa , île située dans le détroit de Saint-Pierre. Les walrus , indépendamment du prix qu'on retire deleurs dents, produisent une prodigieuse quantité d'huile; et par suite de semblables résultats, cette expédition surpassa de beaucoup les espérances de ceux qui l'avaient entreprise.

Dans la même année, un Anglais nommé George Drake, fit un voyage au Saint-Laurent et

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