‹ Cinq années de séjour au CanadaChapitre 10 sur 28 · RE SL · texte numérisé non relu

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des hommes raisonnables. Des femmes qui consacrent leur existence à donner des soins à l’enfance qui ne peut se passer du secours d’autrui, à la vieillesse débile , aux malheureux que l’aliénation mentale rend dignes de pitié, ne sont pas des paresseuses, et ne se livrent pas à des occupations inutiles. Je ne doute pas que quelques-unes ne soient animées de l'esprit du bon Samaritain , et ne goûteut la satisfaction la plus vive à pouvoir soulager les douleurs et les souffrances de leurs semblables. Je ne dois pas non plus refuser mes éloges aux travaux de celles qui enseignent à de jeunes filles les élémens de la lecture et de l’arithmétique, ainsi que les arts utiles de la vie domestique. Toutefois il y a une distinction à faire dans ces sortes d’établissemens qui portent à la fois un caractère séculier el un caractère religieux. Je respecte beaucoup le premier, et je ne puis que désapprouver complétement l’autre. Dieu ne peut jamais approuver des vœux qui, soit chez l’homme, soit chez la femme , ne sont qu’une détermination positive, sanctionnée par un serment, de s’opposer aux règles par lesquelles sa sagesse infinie gouverne le monde. Regarder cette dévotion qui

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rapporte tout à elle-imême, comme méritoire, et comme assurant des droits à la jouissance de la félicité future , est une de ces illusions fatales qui ne peut avoir été inventée que par celui « qui, dès le commencement , a été un trompeur. » Tous les avantages de ces instilutions peuvent subsister sans l’existenee de ce lien de servitude; et le b:en temporel que les religieuses et les mcines peuvent faire quelquefois, n’est jamais capable de réparer ni de justifier le mal constant et continuel auquel il est nécessairement uni.

Il n’y a plus de couvens d'hommes au Canada.

Un grand bâtiment, occupé autrefois à Montréal par des récollets, est aujourd’hui transforme eu caserne. Quand les Anglais devinrent maîtres du pays, il fut défendu aux moines de prendre des novices : de sorte que la population des monastères s’éteignit insensiblement.

Quiconque visite un couvent de femmes, s’aperçoit aisément qu’elles ne sont soumises à aucune espèce de contrainte physique. Toutes les portes et les fenêtres sont ouvertes, et les bâtimens forment la plupart les trois côtés d’une cour non fermée, dans laquelle les religienses

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français. On estime le nombre des étudians dans

passent en allant d’une partie de la maison à une autre. Mais il n’est pas douteux qu'il existe un frein moral d’une nature très puissante.

Abandonner un couvent après avoir prononcé ses vœux, est le plus abominable des crimes.

L'infortunée qui se rendrait coupable d’une pareille démarche, ne trouverait d’asile nulle part. Ses parens lui fermeraient leurs portes; ses parens la regarderaient de plus mauvais œil qu’une hérétique ; les prêtres fulmineraient contre elle la sentence de l’anathème : son nom serait rejeté comme un mal. Bannie de la société, notée d’infamie , marquée du sceau de la réprobation , la malheureuse pourrait implorer la pitié, mais il y a trop de raisons de croire qu’elle n’en trouverait pas.

Montréal a deux établissemens relatifs à l’instruction , tous deux liés avec l'Église romaine : l’un est le séminaire, fondé en 1657; le second, le nouveau collége. On dit que le cours d’éducation y est complet ; il commence par les élémens les plus simples, et s'élève jusqu'aux branches les plus hautes de la philosophie et des mathématiques. Les lecons se donnent en

ces deux maisons, à près de trois cents. Les enfans les plus jeunes, de même que les hommes d’un âge assez mur, portent le même costume, qui est la soutane ecclésiastique ; toutefois Pinstruction n’est pas dirigée uniquement pour que les écoliers deviennent prêtres; mais ces deux maisons , de même que le séminaire de Quebec, sont les seules pépinières d’où l’on tire les ministres de l'Église romaine au Canada.

Ces écoles, quoique très utiles sous beaucoup de rapports, tendent malheureusement à perpétuer le règne de la langue française et de la doctrine de l’Église romaine dans ce pays, et conséquemment à prévenir l’aimalgame complet de ses habitans français avec ceux qui sont d’origine anglaise. Une mesure législative très sage, serait l'établissement d’un collége anglais, sur des principes libéraux, et d’après un système qui u’admettrait pas d'exclusion. Un M. Macgill, décédé en 1814, légua, par son testament, une somme de 10,000 livres sterling, et des pro-

priétés foncières, qui devaient être consacrées à fonder une maison semblable. Mais jusqu’à présent il ne paraît pas que lon ait rien fait pour exécuter les volontés de cet homme bien-

faisant; et comme les biens doivent revenir à ses héritiers , si, dans dix ans, on n’en a pas fait l’usage qu'il a indiqué, il est à craindre que le projet ne finisse par échouer complétement.

La principale église française est ouverte pen- | dant toute la semaine, depuis le grand matin UE jusqu’au commencement de la nuit. À quelque | heure que l’on y entre, on est sûr d’y voir des Canadiens agenouillés, et récitant leurs prières devant un des autels qui sont au nombre de quatre à cinq. Le long des murs de l’église, il y a des confessionnaux , où l’on aperçoit d’autres personnes à genoux devant un grillage en bois , à travers lequel elles parlent tout bas à un prêtre qui est assis derrière.

Le dehors de cette église est extrêmement simple. Le toit et le clocher sont couverts en fer-blanc. En plusieurs endroits se montre un chiffre formé de l’union des lettres À et M, ce qui signifie Ave Maria. L'intérieur du temple est brillant et très orné ; il y a beaucoup de tableaux, dont un petit nombre seulement ont 11 du merite. L'église est dédiée à la Vierge Marie , | dont une statue assez grande est placée dans

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