‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 34 sur 80 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Vieux-Panama, au fond de la baie, — Excursion en bateau. — Grandeur ct décadence de Ja capitale des Conquistadores, —

Vieille cathédrale en ruine de Sainte-Anastase, — Histoire de la destruction de cette ville par Morgan,

Panama-Viejo, où Vicux-Panama, comme les gens du pays appellent l’ancienne ville de Panama, n'offre d'intérêt qu'à celui qui a lu les exploits des premiers explorateurs eSpagnols et des fameux boucaniers,

Fondée par Pedro d'Avila, en 1518, cette ville fut détruite, en 1671, par sir

CINTRE Henry Morgan, chef de fli-

ÉGLISE DE SAINTE-ANASTASE bustiers anglais, et recon- Struite par ses habitants au fond de la baie, à dix kilomètres environ de Son emplacement primitif. Le seul repaire des navigateurs au large du golfe est la vieille tour en ruine de la cathédrale de Sainte- Anastase, qui dome tout autre point environnant,

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UINQ ANS A PANAMA

Il est difficile d'atteindre aller à Cheval, pendant Ja sécheresse, c'est une longue course à travers la savane etune épaisse forêt, au milieu des jungles, où l'on CSt harcelé par une espèce de tique des bois appelée ÿarrapatas.

la vieille ville. Pour y

Mieux vaut y alle Choisir son temps rence des

- Marées, et avoir es grosses lames Qui roulent à Ja Corne Supérieure du golfe sont fort dangereuses. Lors d'un premier voyage avec ma fa- Mille, nous avons manqué d'être noyés. Le batelier, qui avait entrepris de nous conduire, prétendait très bien Connaître ces parages et un Passage sûr: pour Y aborder, Comme Nous approchions de la côte, la cime d'une grosse Yague remplit en partie notre bateau. Si nous avions Chaviré, le lessac, très impétueux en cet endroit, nous aurait entrainés vers le large.

l par eau. Encore faut-il bien à Cause de la grande diffé un bon batelier. L

+ Depuis lors, je suis retourné à Vieux-Panama, etle seul batelier en qui j'aie confiance à Pour nom Marel et demeure à l'aller, Aborder en face des ruines n'est pas Possible, à cause des Sables et d'un limon argileux, sans ConSistance, où l'on scrait englouti. Marel entrait dans l'une des petites baies et accostait SON Embarcation à un endroit quelconque, entre Puenta-Paitillia et Vieux-Panama. I] réglait son départ de façon à y arriver presque à haute mer, et nous lépartions à la marée suivante, A l'heure du reflux, notre bateau restait à sec sur des bancs de sable qui s'étendent à’perte de Vue, à un kilomètre de Ja mer.

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Ayant mis pied à terre, on se dirige le long du rivage, bordé d'épaisses jungles et de roches volcaniques, et l'on arrive à un vieux pont, sous lequel passe un bras de mer qui traverse les sables pour se rendre dans une lagune intérieure. Construit depuis trois cent Cinquante ans, ce pont de pierre à su vaillamment résister aux intempéries et aux vibrations du sol ; vu des Sables, il offre à l'œil un fort beau galbe avec la foret vierge derriôre et la nappe d'eau qu'il domine. Les eaux ont creusé leur sillon dans les piles alternativement mouillées et sûches, jusqu'à une profondeur de huit à dix centimètres ; mais ce Sillon ne dépasse pas la hauteur de la pleine mare, Nous avons, un Malin, pris notre café sur Ce pont; à l'ombre d'un gros arbre qui avait poussé dessus. La dernière fois que j'y allai, ce puissant Parasite, déra- Ciné par l'ou San, lait tombé dans la lagune. On voit encore, près du pont, les ruines d'une vieille loge où demeurait Sans doute le gardien.

Ce pont reliait l'ancienne ville de Panama, sur le Pacifique, avec Porto-Bello — ainsi nommé par Colomb lui-même — sur le versant de l'Atlantique : une voie pavée, construite par les premiers Espagnols, S'étendait à travers les hauteurs et une partie de la savane, entre cos deux villes,

À celle époque, l'Espagne était à l'apogée de sa gloire, et l'on retrouvait à Panama-Viejo toutes les Splendeurs de la mere patrie, Les perles des iles du

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ibérique, les noms de l'Alc bra et du Généralif l'idée la plus haute Comme les bril]

CINQ ANS A PANAMA golfe, l'or du Darie

n el des cotes de tale, l'argent qu Mexique et du Pér celle ville, qui était] la plus forte pl De même

l'Amérique cen- OÙ enrichissaient a plus srande, la plus Opulente et ace de l'Espagne sur l'océan Pacitique.

qu'en Espagne, on Y IMenait une vie de luxe, de Plaisir, et un train Presque asiatique dans sa Magnificence, La Cour du vice-roi était superbe et im- Posante ; de nobles at fiers gentilshommes entouraient le vice-roi, Qui était bien un rOÏ par sa Puissance et

SON ‘entourage, Les seignours, richement parés,

aCCOMpagnaient las dames espagnoles, dont la beauté est Proverbiale, montées Sur leurs cavalos andalouses et suivies d'une foule de Courtisans. Encore à cette heure, l'air du Pays semble sonore du joyeux tintement des clochottes de leurs Montures,

Aujourd'hui, il ne reste pas une dans l'enceinte de cette Comme la « Clef du p vers », Une

Maison debout ville que l'on considérait alors acifique » et la « Porte de l'Unibrousse impénétrable la recouvre depuis plus de deux cents ans, et Je silence de la mort l'enve-

loppe comme d'un linceul,

Ce luxe asiatique — lujo asiatico, disent les Espa-

es qui l'avaient introduit en lequel ils ont dominé pendant Pour celui Qui à visité Ja péninsule azar, à Séville, de l'Alhamà Grenade, réveillent du luxe et de 1 antes découverte

à l'esprit à Srandeur, Or, S de Colomb at da ses

120 CINQ ANS À PANAMA hardis émules ont suivi de près l'expulsion des domi-

naleurs, ce luxe, dont les Maures avaient doté l'Es-

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Pagne et môme le Portugal, n'en est pas moins resté dans les mœurs après leur départ, A la suite do toires de Ferdinand et d'Isabelle succède une période d'apaisement où des milliers de bras, élevés à 1e profession des armes, Se trouvèrent sans emploi. Ces gens de guerre, plutôt que de rester inactifs, s'embarquérent avec joie sur les vaisseaux des nouveaux eXplorateurs pour aller chercher, par delà cette « SOmbre mer » de l'Atlantique, la gloire et la richesse qui leur faisaient défaut en Espagne,

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Ce fut Vasco Nuñez de Balboa qui, je l'ai dit, découvrit le Premier, du sommet d'El Cerro-Gigante, entre Colon et Panama, la grande mer du Sud qui est à l'ouest de l'Amérique et qu'on appelle aujourd'hui l'océan ’acifique. Cette découverte Ouvrait de nouveaux et de vastes horizons à ces ambitieux et hardis aventuriers. Alors, Panama fut construit. On y déploya un faste qui, je crois, es{ inconnu de nos jours — du ' moins, dans les pays civilisés,

( Plus d'une de ses maisons élait en pierre: on en ( retrouve encore les fondations et quelques pans de s MUrS ; mais la plupart d'entre elles étaient en cèdre ù du pays, bois excessivement duret odorant, I] y avait aussi des églises, pas moins de huit couvents, et un ù d magnifique hôpital, La richesse des établissements + l religieux était prodigieuse, à tel point que la renom- | t mée s'en est répandue dans le monde entier, d |

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CINQ ANS A PANANA 121

I y avait, dans Panama-Viejo plus de deux mille maisons de superbe apparence, habitées par les officicrs du roi et la classe riche; il y en avait cinq mille assure-t-on, d'aspect plus modeste, occupées par de petits marchands et la basse classe, On y voyait des édilices qui servaient d'écuries pour les chevaux du roi; ces chevaux étaient uniquement destinés à charger les trésors royaux sur la voie par *e quitraversait l'isthme, de Panama à Porto-Bello, d'où on les transportait dans la mére patrie sur les vaisseaux du roi, Les maisons de la classe riche élaient remplies de tentures de soie, de tableaux, et de tout ce que le luxe ou un got délicat peut désirer. La belle savane dont j'ai parlé était alors une plaine fertile et une magnifique promenade, I] n'y avait qu'une ombre à cette existence féerique, toute de volupté et de joie : les malheureux indigènes étaient des esclaves,

Dans sa prodigalité, la nature a fait de son mieux pour ensevelir ces ruines sous une verte couverte, Çà et là, quelques murs non écroulés sont recouverts de plantes grimpantes et portent, à leur partie supérieure, de nombreux arbustes. Ces lignes de pure verdure, au cœur d'une forêt vierge, où qui semble telle, produisent un effet singulier,

J'ai visité l'emplacement de la vicille ville, précédé d'un machetero, où indigène portant un machete, avec lequel il pratiquait une trouce dans l'épaisseur des taillis. Il y rêgne un grand calme, qu'égaye le chant d'innombrables oiseaux-mouches et colibris, aux cou-

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leurs chatoyantes, aux reflets métalliques, De grandes fleurs silencieuses S y épanouissent à l'ombre, car le Soleil pénètre difficilement à travers les frondaisons de ces fortes ramures, 11 faut marcher avec précau-

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