CIMETIÈRE, FOSSES BÉANTES
digué les fleurs, les arbres, les allées ombreuses, les croix, les tombes, et qui ressemble plutôt à un jardin qu'à un champ de repos.
Les cérémonies qui accompagnent l'inauguration
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celui des ns, sur la nu de tous l'on a pro-
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d'un nouveau cimetière ont, sur l'isthme, un caractère à part. J'ai vu ouvrir deux de ces éndroi
ts: Île cimetière chinois et un d
es cimetières colombiens.
Lorqu'on inaugura le cimetié lités de l'empire du Milie rent les fonetionn
re chinois, les notabiu résidant à Panama inviteaires du gouvernement et plus d'un citoyen à honorer la cérémonie de reçu moi-même une invitation, aller. Le temps était superbe ce beaucoup d'apprêts, et le tarm-t allique et sonore aux forme occasion, On voyait, entre
Sa présence, Ayant
je m'empressai d'y jour-là ; on avait fait am Môlait sa note mé- S prescrites en pareille autres friandises, un beau porc rôti, religicusement exposé.
La cérémonie terminée, les invités furent reconduits à la ville, où un festin m:
ghifique les attendait. Cette façon d'inaugurer un cimelière n'était pas sans attraits, A table, entre deux plats, on servait le ch
ampagne et d'autres vins de 1
‘rance, On apporta le fameux pure rôti que j'avais vu au cimetière, Je reg ce plat qui, toutefois, me tant, C'est une coutume I
ardai de travers parut positivement ragoàieuse chez les enfants du Céleste Empire d'exposer ainsi, au quelque mets délicat, dans le but d' leur en dit, l'appétit toujours lamélique des divinités chinoises. Si, au bout de vingt-quatre heures, celles-ci he songent point à profiter de l'occasion qui leur est gratuitement offerte, (ant pis pour elles:
sabilité des vivants
chuup de repos, apaiser, sile cœur
la responest à couvert, et, ce qui avait été
mis là pour leur délectation particulière, devient
ed À
alors légitimement la part de tout Chinois qui veut bien s'en régaler. Ainsi, les Chinois présents à la fèle, | se dédommagèrent de leur journée perdue en savou-
rant à belles dents la chair succulente de cet animal * dédaigné des dieux.
Le nouveau cimetière colombien fut inauguré en grande pompe. Je pensais que la cérémonie se bornerait à une simple consécration du terrain. En ceci, { je me trompais. Mes idées ont été plus d'une fois j | bouleversées par les hasards du voyage. J'apprenais î combien peu je savais au prix de ce que j'ignorais. î
L'inauguration eut lieu em juillet 4884. La céré- | , monie. à cette occasion, laisse loin derrière elle la céré- î P monie chinoise. Après la consécration du terrain, la : e troupe vint faire parade sur les lieux. La musique ï militaire joua ses airs les plus entrainants ; on pro- d nonça des discours sans fin. Pour un gringo, comme ‘ ri moi, c'était une vraie partie de plaisir. Tous les hauts j e fonctionnaires du gouvernement, les consuls, les î Ge officiers de l'état-major, les notabilités du commerce i ce et de l'indusirie, animaient la solennité de leur pré- j de sence. La ville avait l'aspect d’un jour de fête. L'en- À lo thousiasme manifesté par la population, à cette inau- É guration d'un cimetière, m'étonna. A l'éloquence des orateurs. on eût pu croire que chacun d'eux briguait 1 l'honneur &'y être enterré le premier, : ch
Ce cimetière, vierge de tout corps en juillet 1884,
qui veut à la fête, | Savou-
animal
iguré en se bor- En ceci, une fois pprenais orais.
La cérée lacérésrvain, la musique on pro- , comme les hauts suls, les ommerce leur préte, L'en- {te inauence des
briguait
lot 1884,
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lors de son inauguration, avait englouti 3,884 cadavres avant le 12 avril 1886, c'est-à-dire vingt-deux mois après. Quelques centaines de éovadas, ou niches en pierre, étaient combles, Les enterrements avaient même débordé le cimetière, car un grand terrain Vague, qui se trouve à l'arrière, Complait déjà plu- Sieurs douzaines de fosses, Ce nouveau terrain avait été inauguré avec un peu moins d'enthousiasme, sans discours, sans COrpS Consulaire et sans fanfare, On peut juger par ces données de l'effrayante mortalité qui rêgne sur l'isthme.
L'ancien cimetière, petit enclos n'ayant pas un arpent d'étendue, avait été si souvent tourné et retourné, qu'on dut en inaugurer un nouveau. On y enterrait les gens de la classe pauvre, ainsi que les Cadavr :; provenant de l'hôpital civil et Militaire et les hôpitaux du Canal. Chaque année, pour faire place AUX NOUVEAUX cercueils, qui s'empilaient sur ce qui reslait des anciens. on bouleversait à la pelle tout ce qui s'y trouvait : femurs, crânes, tibias, débris de cercueils, fragments de vétements, serpillières, linceuls. L'atmosphère d'alentour, chargée de germes dégagés par ces remaniements Continuels, portait au loin la maladie et la mort
Il serait lemps de mettre un lerme à cet état de choses. L'isthme, qui rivalise par son insalubrité avec la côte léthifère d. l'Afrique occidentale, est déjà suffisamment Malsais san
Ddiis que ie gouverne.
eu” ‘ ment fédéral ajoute au climat pestilentiel des élé-
ments inutiles de maladies.
L'isthme n'est pas seulement la patrie des Panamaniens, il est également le séjour des étrangers, qui apportent dans le pays les capitaux nécessaires au ses ressources naturelles: il est,
développement de grandes voies de communisation
en outre, une des pour le commerce du monde entier.
Si les habitants de l'isthme tiennent à se suicider, libre à eux de le faire ; mais ils n'ont pas Île droit de propager au dehors, et par toute la terre, les germes de la fièvre jaune, de la petite vérole et d'autres affections analogues. Il y à là une question sanitaire internationale qui intéresse, au premier chef, les quatre parties du globe et que les Colombiens, ou leurs dirigeants, n'esquiveront pas éternellement.
Mais je n'ai pas encore parlé du cimetière, proprement dit, de Panama. Il se trouve sur la grande route de Chorillo, et est enfermé dans des murailles grises d'une assez grande épaisseur, Une large porte , accès à un vaste emplacement muré, angle, dont les quatre côtés ont trois où lon
voùtée donnt
formant quadr étages superposés de trous, béants ou clos,
scelle les bières. Ge sont là les bovedas, sortes de
aux provisoires, où, moyennant une somme d'ar- 18 gens
cave gent payée au concessionnaire du cimetière, K
de la classe aisée peuvent faire placer leurs morts,
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CINQ ANS A PANANIA 17 Chacune de ces ouvertures est assez large pour recevoir le cercueil d'un adulte. Le lout est badigeonné à $ la chaux et soutenu par un gros mur, s Pana- | ers, qui
Quand la bière est en place, ires au
on bouche l'orifice,
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où lon ; soit avec des briques, soit avec une dalle en marbre sortes de î portant une inscription. La location est consentie ime d'ar- : pour dix-huit mois. Si, au bout
de ce temps, la famille néglige de renouveler la location, on retire le cercueil de sa niche et sune plus de facon, on le jette
les gens
*s InNorts,
a bé.
avec son contenu à l'arrière du cimetière. Le conces- | a
sionnaire a des ouvriers sans cesse sur les lieux di pour procéder à ces évictions sommaires. En Irlande, on n'évince que les vivants; ici, on évince Îles moris. sé la Il faut, ou renouveler la location, ou prendre une St concession à perpétuité. Dans ce dernier cas, on a be tu droit de laisser le mort où il est ou de le faire enter- et rer ailleurs. L'enceinte même du cimetière contient de ainsi plusieurs monuments élevés par la piété des te, familles. On a souvent l'habitude à l'expiration des rè dix-huit mois, de recueillir les grands ossements et j'a le crâne, et de les enterrer sous le sol d'une église, ou co dans un petit lot de terrain qu'on achète exprès pour bo y élever une tombe. po Vers l'automne de 1882, je fis connaissance avec un journaliste américain, correspondant du Brooklyn étr Eagle, homme expérimenté, ayant beaücoup voyagé pa et avide de choses nouvelles. Je promis un jour de so lui faire voir une chose sans exemple au monde et dié je l'emmenai à l'arrière du cimetière, où soixante-dix rég gercueils, défoncés pour la plupart, vomissaient Cor l'horreur de leur contenu. Cela gisait pêle-mêle,”va- lc comme-je-te-pousse, au milieu des bières brisées, des ex} crânes, des ossements. Je lui montrai, entre autres pas choses passablement lugubres, la dépouille d'une dén femme qui avait une chevelure magnifique. Mais mon fam confrère des gazettes se dérobait à la vue de ce char- ou
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au plus vite, bien qu'il n'eût jimais, dans sa carrière de journaliste, rencontré de Spectacle aussi hideux.
Cette funeste habitude de laisser les morts sans sépulture est une cause permanente d'infectiôn pour la population du pays. De concert avec M. John Stiven, j'engageai une Campagne contre cette coutume barbare dans les colonnes du Star and Herald et de La Estrella, deux des organes les plus attitrés de Panama. C'est à la suite de notre énergique proteslation dans ces feuilles que les autorités inaugurérent le nouveau cimetière, si vite comblé, dont j'ai parlé; mais, soit indifférence, soit incurie, on continue, comme par le passé, à évincer de leurs bovedas les locataires défunts el à moitié décomposés qui n'ont pas payé leur lover.
On ne voit pareille chose ni dans le cimetière des étrangers, ni dans celui des Chinois. Là, comme partout ailleurs dans le monde civilisé, on enfouit sous terre les corps qui ne doivent pas être expcdiés à distance. Une clause Spéciale de la loi qui régit les enterrements en Colombie veut qu'aucun Corps ne soit exhumé avan: vingt-quatre mois. Mais le concessionnaire parait être au-dessus de la Loi : il exhume quand cela lui plait. Quand cela ne lui plait pas, il s'appuie sur le texte de la loi etn'en veut pas démordre. Je me rappelle plusieurs cas où de familles désireuses de faire transporter à New-York Où à San-Francisco la dépouille de leurs parents entcrrés sur l'isthme, ont dut attendre l'expiration
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du délai prescrit avant de pouvoir obtenir l'ordre d'exhumation.
Mais revenons un instaut au nouveau cimetière, si joyeusement ouvert en 188% et'si rapidement comblé vingt-deux mois après.
On avait eu lieu d'espérer que la vieille pratique de retourner à la pelle les terres du champ de repos cesserait désormais. Erreur, Il y avait un concessionnaire — le signor Nicanor Obarrio — qui tenait sa concession directement des mains du gouvernement. Or, c'est «° concessionnaire qui a fait construire le cimetisie ef qui en est le maitre. J'ai dit qu'en vingt-dess riais —- de 1884 à 1886 — ce vaste terrain avait été eoiublé, Me trouvant à Panama, en mars 1888, je retournai au cimetière pour voir où en étaient les choses. Sur chaque fosse se dresse une croix de bois, peinte en noir. A la pointe de la croix, on inscrit l'année ef, sur le bras transversal, le numéro de la fosse.
Jugez de ma surprise quand je m'aperçus que l'inscriplion se rapportant à l'année portait une double date. Cela voulait dire que deux morts figuraient sous le même numéro. Prenons, par exemple, le numéro 3,040; à la tête de la croix se trouvait l'ancienne date : 1886, sur un bandeau: en bas, on lisait une nouvelle date : 1888. En d'autres termes, on avait fait place nette de la première fournée de personnes
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