‹ Cinq ans à Panama et le canal interocéanique de M. de Lesseps [microforme]Chapitre 80 sur 80 · POS · texte numérisé non relu

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serait plus sage de ne compter, au bout de douze ans d'exploitation, que sur une recette de 60 millions de francs.

Quelle qu'elle soit, la recette nette scrait à répartir entre les souscripteurs futurs et les souscripteurs actuels, suivant une proportion à déterminer par le contrat qui liera la nouvelle société à l'ancienne, contrat qui ne peut être qu'une transaction amiable basée sur de larges concessions réciproques.

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Si l’on cherche, en effet, à se rendre compte des apports des deux parties dans le contrat à intervenir, on se trouve en face d'une situation des plus complexes.

La nouvelle société apporte le capital de premier élablissement, sans lequel le travail ne pourrait s'achever. La perte alors serait irrémédiable, et son intervention, absolument nécessaire, lui crée des droits prépondérants. Mais, d'un autre côté, elle ne peut disposer ni du matériel, ni des ctablissements de l'ancienne société. Cette dernière, il ne faut pas le perdre de vue, est encore actuellement le seul concessionnaire ; elle a, à ce titre, des droits qui sont précisément ceux des anciens souscripteurs et il n'est pas prudent pour ceux-ci d'en affaiblir la valeur, comme quelquesuns d’entre eux, dans ces derniers temps, semblaient prendre à tâche de le faire, Ces droits sont trés nettement établis par la loi du 18 mai 1878 : ils ne s'éteindraient qu'en 1899 si, à cet époque, le Canal n'était pas Wansitabie et, d'iei là, ils constituent un privilège

avec lequel ñ faut compter. Du reste, dans ce pays neuf où lout est à créer, une nouvelle société pourrait bien diflicilement se passer du concours de l'ancienne, sans s'exposer à son tour à de graves mécomples.

L'ancienne société apporte son matériel, ses nombreux établissements, ses approvisionnements, les terrains qu'elle a acquis de ses deniers, ceux que lui attribue l'acte de concession et les travaux déjà faits,

Le matériel dont l'acquisition, le transport et le montage ont coûté 150 millions, est en bon état, quoique ayant une certaine usure, Dans la pensée de la commission, il pourra suffire, tel qu'il est, à l'achèvement du Canal, si le mode d'exécution des travaux n'est pas changé, et dispensera ainsi d'en créer un nouveau.

Les établissements fixes, hôpitaux, logements, ateliers, etc., sont indispensables à la société, comme ils l'étaient à l'ancienne ; ils ont coûté 32 millions. Mais, d'une part, ils n'ont plus leur valeur intrinsèque primitive: d'autre part, l’ancienne société n'en a pas la libre et complète possession, puisqu'en cas de déchéance, ils demeurent sans indemnité à la Colombie, C'éét une condition qui ne leur laisse qu'une valeur d'utilisation en quelque sorte provisoire, sauf nouvel arrangement entre les parties interessées, y compris le gouvernement colombien.

Les terrains reçus ou à recevoir ultérieurement font également retour à la Colombie si le Canal n'est pas terminé dans les délais fixés. Ils ne sont donc pas une propriété assurée, mais une ressource

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conditionnelle, qui peut devenir considérable, puisque la surface qui sera attribuée au Canal en cas d’achèvement sera de 500,000 hectares ;: mais il est impossible de la chiffrer au moment d'une crise qui met tout en question.

Quant au volume des terrassements à utiliser sur le total des déblais portés en compte, la commission n'a pu le chiffrer, même approx unatit ment. Les biefs maritimes sont avancés ; des dir'vatior + ont été creusées; les tranchées sont attacuies partout plus ou moins profondément et, en som, :, ‘luprès les états fournis, le nombre des mètres cubes remués a été d'à pou près 56 millions qui, en tenant compte des frais spéciaux laissés à la charge de la société, ont causé une dépense de 489 millions. Mais il y a eu de fausses manœuvres, dit-on :; une fraction importante des terrassements entrepris en vue de la construction du canal à niveau n'ont plus la même utilité pour le Canal à écluses. Des accidents nombreux se sont produits, pour lesquels il est impossible de faire, après coup, la part de ce qui doit être attribué à l'imprévoyance et de ce qui est le résultat d'une disposition naturelle du terrain. Le temps enfin a fait son œuvre et le sol, tel qu'il est aujourd’hui, ne permet plus des recherches qui eussent été, en tout état de cause, fort difficiles au moment où les événements se produisaient.

Si l'on y joint les incertitudes qui proviennent d'une exécution due tantôt à de grands entrepreneurs, tantôt à des tâcherons, tantôt même à la régie, les complications qui naissent des résiliations consenties

et qui ont été transactionnelles, on comprendra comment la commission a dû se renfermer dans la tâche, déjà bien lourde et qu'elle devait accomplir dans le moindre temps possible, de reconnaitre ce qui restait à faire.

En somme, et pour fournir un renseignement qui doit être considéré simplement comme une appréciation intuitive, la commission pense qu'en tenant compte de l'immense matériel qui est sur place et prêt à être utilisé, des nombreux établissements créés, des terrains reçus et à recevoir, des travaux faits, de l'expérience acquise, des approvisionnements et des études antérieures, ainsi que de la concession elle-même, l'apport de l'ancienne société peut être envisagé comme équivalant à la moitié au moins de la dépense de 900 millions restant à faire.

Il est vrai que cet apport n'a de valeur réelle que si une nouvelle société s'organise pour en profiter comme en aurait profité l’ancienne. Il se réduit, au contraire, à une valeur insignifiante si les travaux s'arrêtent, et c'est là ce qui rend la situation si difficile et si confuse pour les anciens souscripteurs.

Cette manière de voir cadre assez avec celle du gouvernement colombien, puisque, dans sa dépêche du 12 octobre 1886, M. le ministre des finances s'exprimait ainsi: « Considérant que des faits consignés « dans le mémoire ci-dessus ei dans le rapport qui « l'accompagne, il résulte que les ouvrages exécutés « pour l'exécution du canal interocéanique repré- « sentent actuellement plus de la moitié des travaux

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qu'implique la construction totaie de ce Canal, et que, en conséquence, la compagnie universelle du dit canal interocéanique a acquis le droit parfait à ce qu'on lui adjuge la moitié des terres libres mentionnées dans l'article 4 de la loi de 1878. »

Or, dans son estimation, le gouvernement colom-

bien faisait entrer, comme Pa fait la commission, et plus encore qu'elle, les faux frais de l'œuvre ainsi que l'établit le passage suivant de la dépêche du ‘3 janvier 4884:

« Qu'on informe le représentant de la commission du Canal et son délégué spécial que le pouvoir exécutif est d'accord en ce que cette question, comme toutes les questions qui naîtront de l'interprétation du contrat pour l'œuvre grandiose de l'excavation du Canal, doivent être traitées avec une grande élévation de vues, en se rattachant plus à l'esprit qu'à la lettre du traité ; que, par conséquent le gouvernement admet et estime comme travaux faits pour l'achèvement du Canal, non seulement la quantité de terre remuée ou de mètres cubes creusés pour l'ouverture dudit Canal {ce qui serait conforme à la lettre du contrat, mais non à la bonne foi avec laquelle il doit être accompli), mais aussi le capital réuni pour terminer l'entreprise, les études techniques et scientifiques pour le tracé et l'exécution de l'œuvre, la formation de la compagnie, l'organisation des travaux, le transport dans l’isthme d'une grande partie des machines et du matériel d'excavation, et la partie déjà matériellement construite,

« et qu'après avoir pris tout ceci en considération, le « pouvoir exécutif déclare que la compagnie du canal « de Panama a droit à ce qu'on lui adjuge, suivant les « termes dudit article 4, 150,000 hectares comme « l'équivalent ä un peu plus du tiers de l'exécution « de l’œuvre. »

Si le gouvernement colombien, sur le rapport de ses délégués, considérait comme au tiers accomplie en 1884, et à moitié en 1886, l'éxécution du canal à niveau, la proportion que la commission adopte en 1890 pour le canal à écluses n'a rien que de vraisemblable. Il y a moins de terrassements à faire que pour le canal à niveau, mais il y a beaucoup de maconneries en plus. Depuis 1886, de grands mouvements de terre ont été exécutés: mais, d'une part, y en a eu d'inutiles ; d'autre part, le cube total des déblais est, en raison de la nature des terrains, très supérieur aux prévisions du début, et il n'est pas surprenant que, toute compensation faite, la situation soit un peu moins avancée etempirée par cette circonstance grave en plus que le temps a marché et que la déchéance est plus menacante.

La commis: ion aurait été heureuse d'apporter des renseignements plus favorables et de confirmer les espérances qui avaient salué à son début cette grande entreprise du canal intérocéanique.

Elle aurait voulu pouvoir dire qu'un nouvel effort en assurerait le succès ct que, dans un délai rappro-

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ché, tous les sacrifices consentis trouveraient leur rémunération. File ne peut se dissimuler aujcurd'hui que cet avenir doit se faire attendre longtemps, et elle manquerait à son devoir si elle ne faisait pas connaître son opinion en toute sincérité,

Peut-être s'est-elle trompée; peut-être a-t-elle été trop timide dans ses appréciations; mais elle devait avant tout chercher à s'éclairer et dire la vérité telle qu'elle lui apparaissait. ;

Malgré son vif désir de voir l'horizon s'éclaircir, elle n'a pu se dispenser de reconnaitre que ie marché à desservir était actuellement moins vaste et moins assuré que celui du canal de Suez, que les dépenses de premier établissement, ainsi que les charges annuelles, étaient beaucoup plus fortes et qu'enfin le tarif était supérieur et les facilités données aux nevires moins grandes.

Dès lors, comment espérer rémunérer à brève échéance le nouveau capital, tout en faisant une part convenable à l'ancien, lorsque, pour atteindre ce résultat, il faudrait dès le début obtenir un trafic que n'atteint pas encore le canal de Suez après vingt ans d'expioitation? Il y a là, malheureusement, des appréhensions si motivées qu'il est bien dilticile d'y échapper.

man ei mm IMPRIMERIE DE SAINT-DENIS, — BOUILLANT, 20, RUE DE PARIS.

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