Cinq cents contes et apologues
Le roi Che-ch (Daçaratha) a eu, de ses quatre épouses, quatre fils nommés Lo-mo (Râma), Lo-man (Laksmana), P'o-lo-l'o (Bharata) et « le Tueur d'ennemis » (Çatrughna). La troisième épouse
profite d’une maladie du roi pour lui faire désigner P'o-lo-lo
comme son successeur sur le trône ; Lo-mo et Lo-man sont exilés pour une période de douze ans. Après être devenu roi, P'ololo, qui est un homme vertueux, voudrait céder le pouvoir à
(1) Le T'sa pao tsang king (Nanjio, Catalogue, n° 1329), dont le titre correspondrait à un titre sanscrit qui serait Samyukta ratna pitaka sûtra, a été traduit en chinois en l’année 472 de notre ère parle çcramana des pays d'Occident Xïi-kia-ye, assisté du religieux T'an-yao. Nous ne savons rien sur la personne de Æi-kia-ye, mais T'an-yao nous est connu par une courte biographie du Siu kao seng tchouan (Trip., XXXV, 2, p. 86 r°)et par deux passages du Wei chou (chap. CXIV, pp. 5 v° et 6 r°); nous apprenons ainsi qu’il fut le promoteur du grand travail artistique qu'on fit pour aménager en temples bouddhiques les grottes dans le roc situées à Yun-kang, à l'ouest de Ta-Pong fou. T'an-yao a donc été simultanément celui qui répandit la littérature des avadânas à la cour des Wei du Nord et l'artiste qui donna une impulsion singulièrement forte et originale à la sculpture religieuse dans la Chine septentrionale. — D'après un texte
du Fo tsou Fong ki (Trip., XXXV, 9, p. 64 r°), en l’année 472, « l’empereur
ordonna au maître du Tripitaka Xi-kia-ye, originaire de l'Inde de l’ouest, de traduire cinq ouvrages parmi lesquels se trouvait le Tsa pao {sang king ; Lieou Hiao-piao rédigea (pi cheou) ces traductions ». Nous avons donc là l'indication d'un nouveau personnage qui aurait coliaporé à la version chinoise du Tsa pao isang king.
Divers contes du Tsa pao tsang king ont déjà été traduits par Stanislas Julien, par Beal et par Sylvain Lévi. Je me suis décidé à traduire intégralement les textes les plus importants de cet ouvrage et à donner une analyse de ceux qui sont déjà connus par les travaux de mes devanciers ou qui présentent un moindre intérêt. De la sorte, on aura un aperçu de tout le contenu de ce livre. Les contes traduils se distinguent de ceux qui sont simplement analysés en ce que chacun d'eux esl précédé d'un numéro d'ordre.
LL l
Lo-mo, mais celui-ci refuse de revenir avant que le terme de douze ans soit expiré. P'o-lo-f'o obtient du moins de lui ses sandales ; il les place sur le trône royal et, matin et soir, il se prosterne devant elles, exactement comme s'il eût été en présence de son frère aîné. Au bout de douze ans, Lo-mo et Lo-man reviennent dans leur patrie et P'o-lo-l'o s'empresse de céder le trône à Lo-mo (1).