XIV INTRODUCTION
qui est en réalité un conte bouddhique traduit en chinois dès le troisième siècle de notre ère (n° 409). Une connaissance plus approfondie du folklore chinois nous amènera sans doute à constater très fréquemment des adaptations analogues.
Il arrive parfois que la littérature chinoise laïque nous informe qu’un conte hindou était connu en Chine avant l’époque où il apparaît dans le Tripitaka. Dans un ouvrage
traduit en chinois en l’année 721, on trouve le conte sui=
vant : « Il y avait un homme qui prétendait qu'il serait capable d'entrer dans la grande mer et de s'asseoir au fond. Après que cet homme eut regardé la mer, il se mit à agiter ses mains et ses pieds dans la flaque d’eau qui recouvrait l'empreinte du pied d’un bœuf, en disant : « Je m'exerce à nager. » Quelqu'un lui adressa ces paroles : « Vous prétendiez naguère que vous entreriez dans la grande mer et que vous vous assiériez quand vous en auriez atteint le fond; pourquoi aujourd’hui n'entrezvous pas dans la mer? » Cet homme répliqua : « Je commence par m'exercer dans l’eau qui recouvre cette empreinte du pied d’un bœuf; ensuite j’entrerai dans la grande mer (1). »
Yu Houan, dans son Wei lio qu'il écrivit vers 250 p. C., s'excuse de parler des pays lointains d'Occident sans les avoir visités lui-même : « Je me borne, dit-il, à demeurer dans la flaque d’eau qui remplit l'empreinte laissée par le pied d’un bœuf (2). » L'allusion au conte précité est certaine ; elle prouve que ce conte était répandu en Chine dès le milieu du troisième siècle de notre ère.
Mais, il y a plus, et c’est sans doute une réminiscence de ce même conte que nous trouvons dans le passage où Houai-nan-tseu dit : « Dans la flaque qui couvre l’empreinte
(1) Ta lch'eng sieou hing p'ou sa hing men tch'ou king yao tsi (Trip., XXIV, 5, p. 11 r°; sur cet ouvrage, voyez Nanjio, Catalogue, ne 1380). (2) Cf. T'oung pao, 1905, p. 47.