VI | INTRODUCTION
veut pas imiter les Chinois qui ont traduit dans leur intégralité les traités de discipline, et si on recule devant l'immensité d’un effort auquel le zèle religieux ne peut plus nous inciter, il faudra de toute nécessité que nous fassions une sélection des meilleurs parmi les contes qui sont enfouis dans ce fatras. Ce parti était déjà celui auquel s'étaient arrêtés certains auteurs de lantiquité hindoue : les belles recherches de MM. Huber (1) et Sylvain Lévi (2) ont démontré en effet que le Divyàävadäna était un ensemble de fragments qu’on peut replacer, grâce aux traductions chinoises, dans le cadre du vinaya des Sarvâstivädins. Mais, tout en étant ainsi en mesure de justifier la légitimité de la sélection, il faut reconnaître que le choix est nécessairement déterminé par des considérations subjectives et que les traités de discipline pourront fournir à d’autrés chercheurs beaucoup plus que je ne leur ai demandé.
Mon troisième volume débute par le Tsa pao lsang king (n° 400-122); toutes les parties de ce livre qui n’ont pas été traduites littéralement par moi, ontété du moins analysées, en sorte qu'on pourra se faire une idée du contenu de l'ouvrage entier. Le Tsa pao lsang king a été publié en l'an 472 de notre ère dans la capitale des Wei du Nord, qui était alors Talong fou, au nord de la province de Chan-si; près de cette ville, on peut voir aujourd’hui encore les sculptures dans le roc qui ont été exécutées à la méme époque (3); le principal instigateur de ces grands travaux d'art fut le religieux T’an-yao et c’est ce même religieux qui apparaît, avec un certain K1-kia-ye, comme ayant traduit le Tsa pao tsang king (h). T’an-yao fut donc
(1) Ep. Huser, Les sources du Divyâvadäna BEFEO, 1906, p. 1-37).
(2) Syzvaix Lévi, Les éléments de formation du Divyävadäna (T oung pao, 1907, p. 105-122).
(3) Voyez dans l'album de ma Mission archéologique dans la Chine seplentrionale, les pl. CV-CLX,
ED OR 1 D ot Fe 1 1e
INTRODUCTION vii
un des principaux artisans de cette renaissance du Boud-
dhisme qui suivit la terrible persécution dont le promoteur avait été le ministre T's’ouer Hao (f 450 p. C.).
Le Cheng king dont je donne quelques extraits (n° 423h38) paraît être au premier abord un recueil très important ; en eflet, sa date est fort ancienne, puisqu'il fut traduit en l’an 285 p. C. par Fa-hou; d'autre part, les contes qu'il renferme sont pour la plupart intéressants. Mais, quand on étudie de plus près cet ouvrage, on ne tarde pas à s’apercevoir qu il est en maint passage d’une désespérante obscurité parce qu'il a été mal traduit en chinois ; pour pouvoir en tirer tout ce qu’il renferme, il faudrait au préalable retrouver, pour chacun de ses récits, les textes parallèles qui peuvent exister soit dans la littérature de l’Inde, soit dans d’autres ouvrages du Tripitaka chinois.
Le ÆXing lu yi siang estune anthologie composée en 516 p. C.; il renferme plusieurs textes qu’on ne trouverait pas ailleurs parce que les livres d'où ces textes étaient extraits ont aujourd’hui disparu; tel est ce Pi yu king en dix chapitres qui avait été composé à l’époque de l’empereur Z'ch'eng (326-342 p. C.) de la dynastie Tsin, par le cramana, le soghdien Fa-souei (1); tels encore ces contes qui, comme le n° 439, formaient primitivement des sûtras indépendants. Je me suis attaché à recueillir principalement Les textes de cette sorte (n° 439-189).
Le Ta tche lou louen, volumineux câstra traduit d’une manière partiellement incomplète par Kumärajiva entre h02 et 405 p. C., nous a fourni trois contes (n°° 490-192). Nous en avons emprunté cinq autres (n® 493-497) à deux ouvrages qui se rattachent aux stances du Dhammapada, à savoir le Tch'ou yao king traduit en 398 p. C. et le Fa kiu p’'i yu king traduit entre 265 et 316 p. C. Les trois derniers de nos cinq cents contes constituent trois sûtras
Q) 2 Dh 6 Né D F9 JE ZE & (Trip. XXXVII, 1, p.8 ve),
vil INTRODUCTION
isolés ; l'un est le fameux récit des dix rêves du roi Prasenaijit ; le second traite de Fille de Manguier (Âmrapäli) et de Jivaka, le jeune garçon qui fut un merveilleux médecin; enfin le troisième est l’histoire du prince Sudäna, qui correspond au dernier récit du recueil pâli des jâtakas.
Sur un bas-relief d’un temple cçivaïte de Prambanan, dans l’île de Java, le sculpteur a placé, à côté du cortège épique dont la pompe déroule sur la pierre la légende du Râmâyana, deux jeunes filles qui le regardent passer; ce sont deux enfants aux seins à peine formés, mais des colliers à leurs cous, des bracelets à leurs poignets et à leurs chevilles, de lourdes pendeloques à leurs oreilles parent déjà leurs grêles corps d’adolescentes ; accroupies à terre, les mains jointes et posées sur leurs jambes, elles lèvent un regard chargé d’admiration vers le spectacle qu'elles contemplent ; leur présence est symbolique, car elle signifie que, dans la cérémonie dont les figurants s'agitent au premier plan, il faut faire une place à l'impression que la foule immobile et muette éprouve en la voyant ; cette émotion suffit à transformer un défilé théàtral en une procession sacrée. De même, les contes bouddhiques sont inséparables des sentiments qu'ils provoquèrent chez ceux qui Les écoutaient, car ainsi seulement ils nous apparaissent sous leur véritable aspect qui est celui d’une prédication religieuse, et non d’une œuvre littéraire ; ils ne sont devenus littéraires que par accident, certains auteurs ayant choisi et fixé ceux qui leur semblaient les plus répandus et les plus intéressants ; mais ils préexistaient à la littérature et n’ont pas été composés en vue d’un public de gens instruits; pour les