DE LA CONDITION DES OUVRIERS XVII
fruit de son labeur; car enfin ce champ remué avec art par la main du cultivateur a changé complètement de nature:
il était sauvage, le voilà défriché; d'infécond il est devenu fertile; ce qui l'a rendu meilleur est inhérent au sol et se confond tellement avec lui, qu'il seraiten grande partie impossible de l'en séparer.
Or, la justice tolèrerait-elle qu'un étranger vint alors s'attribuer cette terre arrosée des sueurs de celui qui l'a cultivée ?
De même que l'effet suit la cause, ainsi est-il juste que le fruit du travail soit au travailleur. C'est donc avec raison que l'universalité du genre humain, sans s'émouvoir des opinions contraires d’un petit vroupe, recon'aît, en considérant attentivement la naiure, que dans ses lois réside le premier fondeinent de la répartition des biens ct des propriétés privées :
c'est avec raison que la coutume de tous les siècles a sanctionné une situation si conforme à la nature de l'homme et à la vie calme et paisible des sociétés. — De leur côté, les lois civiles, qui tirent leur valeur, quand elles sont justes, de ia loi naturelle, confirment ce même droit et le protècent par la force.—Enfin l'autorité des lois divines vient y apposer son sceau,