‹ Cinq mois au camp devant Sébastopol par le baron de BazancourtChapitre 6 sur 29 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

par un très-gros temps. Les lamés embarquaient sur le pont et couvraient à chaque instant les paui res soldats qui se courbaient sous les vagues dont l’écume gelée les fouettait en passant ; l’on entendait rouler çà et là les bancs que l’on n’avait pas

- attachés.

Les passagers, effrayés du craquement du bateau et de ces bruits inaccoutumés qui semblent annoncer que le vaisseau s’entr’ouvre , s’étaient réfugiés sur le pont, et, semblables à un troupeau effrayé , se

serraient les uns contre les autres , interrogeant le ciel sombre cl les nuages noirs qui couraient ' follement dans le ciel , comme si eux aussi eussent été effrayés de la tempête.

Il y avait à bord plusieurs chevaux et des mulets ; tantôt ils trépignaient , tantôt levaient la tête avec des mouvements nerveux, tantôt cherchaient à dé- \ chirer de leurs dents tout ce qui les approchait. — Les pauvres bêtes ! elles avaient comme nous cette

- ' horrible torture qu’enfante le bouleversement des

vagues, et de plus que nous, l’effroi sans l’intelligence qui raisonne , sans la pensée qui sauve. — Aussi, ils frappaient de leurs pieds ferrés les parois

; : humides de leurs boxes , et l’on entendait sous le

roulis qui les poussait battre leurs flancs contre les planches. Leurs jarrets tremblaient , leurs go* noux fléchissaient ; i’un d’eux fut si violemment v jeté , qu’il se brisa comme un corps inerte et re- ■ tomba sans vie. ‘

' -vif*- ‘ îjp* ■*" • . .

AU

• rf •

AU

Page 1