J’ai appris depuis que tops deux étaient morts
que de vous cacher une des faces de ce grand panorama d’événements divers qui s’offre à la vue et parle à la pensée.
I^es événements marchent, les impressions aussi, et au milieu de cette multitude d’épisodesen contraste les uns avec les autres, qui se multiplient chaque jour, chaque heure, chaque instant, elles s’effacent promptement pour faire place à d’autres, semblables au sillage léger que laisse une barque 4 sur l’eau. Ne cherchez donc aucune suite. — Ici la vie de chacun et de tous appartient à l’imprévu.
Aux heures les plus tranquilles succèdent les heures les plus agitées : c’est (permettez-inoi le mot) une mêlée d’inquiétude et de confiance, de sommeil tranquille, de réveil subit, de silence et de bruit, de soleil et de neige; la nature elle-même semble suivre ces oscillations perpétuelles et semer au hasard ses pluies et ses beaux jours.
Lorsque j’ai commencé à écrire cette lettre, le canon m’assourdissait par ses retentissements , et par moment j’entendais éclater des gerbes de bombes, dont quelques-unes peut-être allaient frapper nos travailleurs dans la tranchée; maintenant le canon a cessé; pas la moindre fusillade; tout est calme et silencieux , et l’on se sent le désir de faire sellerun cheval pour aller visiter Sébastopol.
Mais soyez tranquille, dans dix minutes tout sera changé , le vacarme recommencera et le cheval, s’il est sellé, restera bel et bien à l’attache.