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CHAPITRE VIII

DE LA MANIÈRE DE CHANGER LA SUSDITE PIERRE EN UNE MÉDECINE QUI TRANSMUE TOUTE ESPECE DE MÉTAL EN VRAI SOLEIL ET VRAIE LUNE ET SURTOUT LE MERCURE VULGAIRE EN MÉTAL PLUS PUR QUE CELUI QUI SORT DES MINES.

Après sa première résolution notre Pierre multiplie cent parties de matière préparée, et après la seconde, mille. L’on multiplie en dissolvant, coagulant, sublimant, fixant notre matière qui peut ainsi s’accroître indéfiniment en quantité et en qualité.

Prenez donc de notre minière blanche, dissolvez-Ia dans notre menstrue puant, qui est appelé vinaigre blanc dans notre Testament, au chapitre où nous disons: « Prends du bon vin bien sec, mets-y la Lune, c’est-àdire l’Eau verte et C, c’est-à-dire du Salpêtre.... » Mais ne nous égarons pas; prenez quatre onces de notre Chaux vive et faites dissoudre dans notre menstrue, vous la verrez se résoudre en eau verte. D’autre part dans treize onces de ce même menstrue puant vous

dissoudrez quatre onces de mercure vulgaire bien lavé, et dès que la dissolution sera achevé, vous mélangerez les deux solutions ; mettez-les en un vase bien scellé, faites digérer au fumier de cheval pendant trente jours, puis distillez au bain-marie jusqu’à ce qu'il ne passe plus rien. Redistillez au feu de charbon afin d’extraire l’huile et alors la matière qui restera, sera noire. Prenez celle-ci et distiflez pendant deux heures sur les cendres dans un petit fourneau. Le vase étant froid, ouvrez-le et versez-y l’eau qufa été distillée ci-dessus au bain-marie. Lavez bien la matière avec cette eau. Puis distillez le menstrue au bain-marie ; recueillez toute l’eau qui passera, joignez-la à l’huile et distillez sur les cendres, comme il a été dit. Recommencez cette opération jusqu’au moment où la matière restera au fond du vaisseau, noire comme du charbon.

Fils de la science, tu auras alors la Tête de corbeau que les Philosophes ont tant cherchée, sans laquelle le Magistère ne peut exister. C’est pourquoi, ô mon Fils, remémore-toi la divine Cène de Notre-Seigneur Jésus- Christ qui est mort, a été enseveli, et le troisième jour est revenu à la lumière sur la terre éternelle. Sachebien, ô mon Fils, que nul être ne peut vivre s’il n’est mort tout d’abord. Prends donc ton corps noir, calcine-

LA CLAVICULE

le dans le même vaisseau pendant trois jours, puis laisse refroidir.

Ouvre-le et tu trouveras une terre spongieuse et morte, que tu conserveras jusqu’à ce qu’il soit nécessaire d’unir le corps à Tâme.

Tu prendras l'eau qui a été distillée au bain-marie, tu la distilleras plusieurs fois de suite, jusqu’à ce qu’elle soit bien purifiée et réduite en une matière cristalline.

Imbibe donc ton corps qui est la Terre noire avec sa propre eau, l’arrosant peu à peu et chauffant le tout, jusqu’à ce que le corps devienne blanc et resplendissant. L’eau qui vivifie 6t qui clarifie a pénétré le corps. Le vaisseau ayant été luté, tu chaufferas violemment pendant douze heures,- comme si tu voulais sublimer le mercure vulgaire. Le vase s’étant refroidi, tu l’ouvriras et tu y trouveras ta matière sublimée, blanche, c’est notre Terre Sigillée, c’est notre corps sublimé, élevé à une haute dignité, c’est notre Soufre, notre Mercure, notre Arsenic, avec lequel tu réchaufferas notre Or, c’est notre ferment, notre chaux vive et il engendre en soi le Fils du feu qui est l’Amour des philosophes.

CINQ TRAITÉS d’aLCHIMIE

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