‹ Cinq traités d'alchimie des plus grands philosophesChapitre 29 sur 44 · DU VAISSEAU ET DU FOURNEAU · texte numérisé non relu

DU VAISSEAU ET DU FOURNEAU

Nous venons de déterminer la manière d’opérer, nous allons maintenant parler du vaisseau et du fourneau, dire comment et avec quoi ils doivent être faits. Lorsque la nature cuit les métaux dans les mines à l'aide du feu naturel, elle ne peut y parvenir qu’en employant un vaisseau propre à la cuisson. Nous nous proposons d'imiter la nature dans le régime du feu, imitons-la donc aussi pour le vaisseau. Examinons l’endroit où s’élaborent les métaux. Nous voyons d’abord manifestement dans une mine, que sous la montagne il y a du feu, produi-

CINQ TRAITÉS d’aLCHIMIE

sant' une chaleur égale, dont la nature est de monter sans cesse. En s'élevant elle dessèche et coagule l’eau épaisse et grossière, contenue dans les entrailles de la terre, et la transforme en Mercure. Les parties onctueuses minérales de la terre sont cuites, rassemblées dans les veines de la terre et coulant à travers la montagne, elles engendrent le Soufre. Comme on peut l’observer dans les filons des mines, le Soufre né des parties onctueuses de la terre rencontre le Mercure. Alors a lieu la coagulation de l’eau métallique. La chaleur continuant à agir dans la montagne, les différents métaux apparaissent après un temps très long. On observe dans les mines une température constante, nous pouvons en conclure que la montagne qui renferme des mines est parfaitement close de tous côtés par des rochers ; car, si la chaleur pouvait s’échapper, jamais les métaux ne naîtraient.

Si donc nous voulons imiter la nature, il faut absolument que nous ayons un fourneau semblable à une mine, non par sa grandeur, mais par une disposition particulière, telle que le feu placé dans le fond ne trouve par d’issue pour s’échapper quand il montera, en sorte que la chaleur soit réverbérée sur le vase, clos avec soin, qui renferme la matière de la Pierre.

Le vaisseau doit être rond, avec un petit col. Il

LE MIROIR d’alchimie

doit être en verre ou en une terre aussi résistante que le verre ; on en fermera hermétiquement l’orifice avec un couvercle et du bitume. Dans les mines, le feu n'est pas en contact immédiat avec la matière du Soufre et du Mercure ; celle-ci en est séparée par la terre de la montagne. De même le feu ne doit pas être appliqué à nu au vaisseau qui contient la Matière, mais il faut placer ce vaisseau dans un autre vase fermé avec autant de soin que lui, de telle sorte qu’une chaleur égale agisse sur la Matière, en haut, en bas, partout où il sera nécessaire. C’est pourquoi Aristote dit dans la Lumière des lumières, que le Mercure doit être cuit dans un triple vaisseau en verre très dur, ou, ce qui vaut mieux, en terre possédant la dureté du verre.

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