CHAPITRE V
DE LA PRÉPARATION DES EAUX d’oU TU TIRERAS l’eAU- DE-VIE.
Prends deux livres de vitriol romain, deux livres de salpêtre, une livre d’alun calciné. Écrase bien, mélange parfaitement, mets dans un alambic en verre, distille l’eau selon les règles ordinaires, en fermant bien les jointures, de peur que les esprits ne s’échappent. Commence par un feu doux, puis chauffe plus fortement ; chauffe ensuite avec du bois jusqu'à ce que l’appareil devienne blanc, de telle sorte que tous les esprits distillent. Alors cèsse le feu, laisse le fourneau refroidir ; mets soigneusement cette eau de côté, car c'est le dissolvant de la Lune ; conserve-la pour l’Œuvre, elle dissout l’argent et le sépare de l’or. Elle calcine le Mercure et le crocus de Mars ; elle communique à la peau de l’homme une coloration brune qui s’en va difficilement. C’est l’eau prime des philosophes, elle est parfaite au premier degré. Tu prépareras trois livres de cette eau.
LE COMPOSÉ DES COMPOSES
Eau seconde préparée par le sel ammoniac.
Au nom du Seigneur, prends une livre d’eau prime et y dissous quatre lots de sel ammoniac pur et incolore ; la dissolution faite, l’eau a changé de couleur, elle a acquis d’autres propriétés. L'eau prime était verdâtre, elle ~ dissolvait la Lune, était sans action sur le Soleil ; mais dès qu’on lui ajoute du sel ammoniac, elle prend une couleur jaune, elle dissout l’or, le mercure, le Soufre sublimé et communique une forte coloration jaune à la peau de l’homme. Conserve précieusement celte eau, car elle nous servira dans la suite.
Eau aperce préparée au moyen du Mercure sublimé.
Prends une livre d’eau seconde et onze lots de Mercure sublimé (par le vitriol romain et le sel) bien préparé et bien pur. Tu verseras peu à peu le Mercure dans l’eau seconde. Puis tu scelleras l’orifice de la fiole, de peur que l’esprit du Mercure ne s’échappe. Tu placeras la fiole sur des cendres tièdes, l’eau commencera aussitôt à agir sur le Mercure, le dissolvant et se l’incorporant. Tu laisseras la fiole sur les cendres chaudes, il ne devra pas rester un excès d’eau et il faudra que le Mer-
CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIt
cure sublimé se dissolve entièrement. L’eau agit par imbibition sur le Mercure jusqu’à ce qu’elle l’ait dissous.
Si l’eau n’a pu dissoudre tout le mercure, tu prendras ce qui reste au fond de la fiole, tu le dessécheras à feu lent, tu pulvériseras et tu le dissoudras dans une nouvelle quantité d’eau seconde. Tu recommenceras cette opération jusqu’à ce que tout le mercure sublimé se soit dissous dans l’eau. Tu réuniras en une seule toutes ces solutions, dans un vase de verre, bien propre, dont tu fermeras parfaitement l’orifice avec de la ciré. Mets soigneusement de côté. Car c'est là notre eau tierce, philosophique, épaisse, parfaite au troisième degré. C’est la mère de l’Eau-de-vie qui réduit tous les corps en leur matière première.
Eau quarte qui réduit les corps calcinés en leur matière première.
Prends de l’eau tierce mercurique, parfaite au troisième degré, limpide, et mets-la putréfier dans le ventre du cheval en une fiole à long col, propre, bien fermée, pendant quatorze jours.
Laisse fermenter, les impuretés tombent au fond et l’eau passe du jaune au roux. A ce moment tu retireras la fiole et tu la mettras sur des cendres à un feu très
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doux, adaptes-y un chapiteau d'alambic avec son récipient. Commence la distillation lentement. Ce qui passe goutte à goutte est notre eau-de-vie très limpide, pure, pesante. Lait virginal, Vinaigre très aigre. Continue le feu doucement jusqu’à ce que toute Feau-de-vie ait distillé tranquillement ; cesse alors le feu, laisse le fourneau se refroidir et conserve avec soin ton eau distillée. C’est là notre Eau-de-vie, Vinaigre des philosophes, Lait virginal qui réduit les corps en leur matière première. On lui a donné une infinité de noms.
Voici les propriétés de cette eau : une goutte déposée sur une lame de cuivre chaude la pénètre aussitôt et y laisse une tache blanche. Jetée sur des charbons, elle émet de la fumée ; à l’air elle se congèle et ressemble à de la glace. Quand on distille cette eau, les gouttes ne passent pas en suivant toutes le même chemin, mais les unes passent ici, les autres là. Elle n’agit pas sur les métaux comme l’eau forte, corrosive, qui les dissout, mais elle réduit en Mercure tous les corps qu’elle baigne, ainsi que tu le verras plus loin.
Après la putréfaction, la distillation, la clarification, elle est pure et plus parfaite, débarrassée de tout principe sulfureux igné et corrosif. Ce n’est pas une eau qui ronge, elle ne dissout pas les corps, elle les réduit
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en Mercure. Elle doit cette propriété au Mercure primitivement dissous et putréfié au troisième degré de la perfection. Elle ne contient plus ni fèces ni impuretés terreuses. La dernière distillation les a séparées, les impuretés noires sont restées au fond de l’alambic. La couleur de cette eau est bleue, limpide, rousse ; mets-la de côté. Car elle réduit tous les corps calcinés et pourris en leur matière première radicale ou mercurielle.
Lorsque tu voudras avec cette eau réduire les corps calcinés prépare ainsi les corps.
Prends un marc du corps que tu voudras, Soleil ou Lune ; lime-le doucement. Pulvérise bien cette limaille sur une pierre avec du sel commun préparé. Sépare le sel en le dissolvant dans l’eau chaude ; la chaux pulvérisée retombera au fond du liquide ; décante. Sèche la chaux, imbibe-la trois fois d’huile de tartre, en laissant chaque fois la chaux absorber toute l’huile ; mets ensuite la chaux dans une petite fiole ; verse par-dessus l’huile de tartre, de façon que le liquide ait une épaisseur de deux doigts, ferme alors la fiole, mets-la putréfier au ventre du cheval pendant huit jours ; puis prends la fiole, décante l’huile et dessèche la chaux. Ceci fait, mets la chaux dans un poids égal de notre Eau-de-vie ;
LE COMPOSÉ DES COMPOSÉS
ferme la fiole et laisse digérer à un feu très doux jusqu’à ce que toute la chaux soit convertie en Mercure. Décante alors l’eau avec précaution, recueille le Mercure corporel, mets-le en un vase de verre ; purifie-le avec de l’eau et du sel commun, dessèche selon les règles, mets-en un linge fin et exprime-le en gouttelettes. S'il passe tout entier, c’est bien. S’il reste quelque portion du corps amalgamé, venant de ce que la dissolution n’a pas été complète, mets ce résidu avec une nouvelle quantité d'eau bénite. Sache que la distillation de l’eau doit se faire au bain-marie ; pour l’air et le feu, on distillera sur les cendres chaudes. L’eau doit être tirée de la substance humide et non d’ailleurs; l'air et le feu doivent être extraits de la substance sèche et non d’une autre.
Propriéiés de ce Mercure.
Il est moins mobile, il court moins vite que 1 autre mercure; il laisse des traces de son corps fixe au feu ; une goutte placée sur une lame chauffée au rouge laisse un résidu.
MuliipUcalion du Mercure philosophique.
Lorsque tu auras ton Mercure philosophique, prendsen deux parties et une partie de la limaille mentionnée plus haut; fais un amalgame en broyant le tout ensemble jusqu'à union parfaite. Mets cet amalgame dans une fiole, ferme bien l'orifice et place sur les cendres à un feu tempéré. Tout se résoudra en Mercure. Tu pourras ainsi l’augmenter à l'infini, car la somme de volatil dépassant toujours la somme de fixe, l’augmente indéfiniment en lui communiquant sa propre nature et il y en aura toujours assez.
Maintenant tu sais préparer l’eau-de-vie, tu en connais les degrés et les propriétés, tu connais la putréfaction des corps métalliques, leur réduction à la matière première, la multiplication de la matière à l’infini. Je t'ai expliqué clairement ce que tous les philosophes ont caché avec soin.
Pratique du Mercure des sages.
Ce n’est pas le mercure du vulgaire, c’est la matière première des philosophes. C’est un élément aqueux,
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froid, humide, c’est une eau permanente, c’est l’esprit du corps, vapeur grasse. Eau bénite. Eau forte. Eau des sages. Vinaigre des philosophes, Eau minérale. Rosée de la grâce céleste ; il a bien d’autres noms encore, et bien qu’ils soient différents, ils désignent tous une seule et même chose qui est le Mercure des philosophes ; il est la force de l’alchimie ; seul il peut servir à faire la teinture blanche et la rouge, etc.
Prends donc au nom de Jésus-Christ, notre M
vénérable. Eau des philosophes, Hylè primitive des sages ; c’est la pierre qu’on t’a découverte dans ce traité, c’est la matière première du corps parfait, comme tu l’as deviné. Mets ta matière dans un fourneau, en un vaisseau propre, clair, transparent, rond, dont tu scelleras hermétiquement l’orifice, de sorte que rien ne puisse s’échapper. Ta matière sera placée sur un lit bien aplani, légèrement chaud ; tu l’y laisseras un mois philosophique ; tu maintiendras la chaleur égale, tant que la sueur de la matière se sublimera, jusqu’à ce qu’elle ne sue plus, que rien ne monte, que rien ne descende, qu’elle commence à pourrir, à suffoquer, à se coaguler et à se fixer, par suite de la constance du feu.
Il ne s’élèvera plus de substance aérienne fumeuse et notre Mercure restera au fond, sec, dépouillé de son
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humidité, pourri, coagulé, changé en une terre noire, qu’on appelle Tête noire du corbeau, élément sec terreux.
Quand tu auras fait cela, tu auras accompli la véritable sublimation des Philosophes, pendant laquelle tu as parcouru tous les degrés précités ; sublimation du Mercure, distillation, coagulation, putréfaction, calcination, fixation, dans un seul vaisseau et un seul fourneau comme il a été dit.
En effet, quand notre pierre est dans son vaisseau, et qu’elle s’élève, on dit alors qu’il y a sublimation ou ascension. Mais quand ensuite elle retombe au fond, on dit qu’il y a distillation ou précipitation. Puis lorsqu’après la sublimation et la distillation, notre Pierre commence à pourrir et à se coaguler, c’est la putréfaction et la coagulation; finalement quand elle se calcine et se fixe par privation de son humidité radicale aqueuse, c’est la calcination et la fixation ; tout cela se fait par le seul acte de chauffer, en un seul fourneau, en un seul vaisseau, comme il a été dit.
Cette sublimation constitue une véritable séparation des éléments, d’après les philosophes : « Le travail de notre pierre ne consiste qu’en la séparation et conjonction des éléments; car dans notre sublimation l’élément
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aqueux froid et humide se change en élément terreux sec et chaud. Il s’ensuit que la séparation des éléments de notre pierre, n’est pas vulgaire, mais philosophique ; notre seule sublimation très parfaite suffit en effet à séparer les éléments; dans notre pierre il n’y a que la forme de deux éléments, l'eau et la terre, qui contiennent virtuellement les deux autres. La Terre renferme virtuellement le Feu, à cause de sa sécheresse ; l’Eau renferme virtuellement l’Air à cause de son humidité. Il est donc bien évident que si notre Pierre n’a en elle que la forme de deux éléments elle les renferme virtuellement tous les quatre.
Aussi un Philosophe a-t-il dit ; « Il n’y a pas de séparation des quatre éléments dans notre Pierre comme le pensent les imbéciles. Notre nature renferme un arcane très caché dont on voit la force et la puissance, la terre et l’eau. Elle renferme deux autres éléments, l’air et le feu, mais ils ne sont ni visibles, ni tangibles, on ne peut les représenter, rien ne les décèle, on ignore leur puissance, qui ne se manifeste que dans les deux autres éléments, terre et eau, lorsque le feu change les couleurs pendant la cuisson.
Voici que par la grâce de Dieu, tu as le second composant de la pierre philosophale, qui est la Terre noire.
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Tête de corbeau, mère, cœur, racine des autres couleurs. De cette terre comme d’un tronc, tout le reste prend naissance. Cet élément terreux, sec, a reçu dans les livres des philosophes un grand nombre de noms, on l’appelle encore Laton immonde, résidu noir, Airain des philosophes, Nummus, Soufre noir, mâle, époux, etc. Malgré cette infinie variété de noms, ce n’est jamais qu’une seule et même chose, tirée d’une seule matière.
A la suite de cette privation d’humidité, causée par la sublimation philosophique, le volatil est devenu fixe, le mou dur, l’aqueux est devenu terreux, selon Geber. C’est la métamorphose de la nature, le changement de l’eau en feu, selon la Tourbe. C’est encore le changement des constitutions froides et humides en constitutions bilieuses, sèches, selon les médecins. Aristote dit que l’esprit a pris un corps, et Alphidius que le liquide est devenu visqueux. L’occulte est devenu manifeste, dit Rudianus dans le Lipre des trois paroles. L’on comprend maintenant les philosophes quand ils disent:» Notre Grand-Œuvre n’est autre qu’une permutation des natures, une évolution des éléments. » Il est bien évident que par cette privation d’humidité nous rendons la pierre sèche, le volatile devient fixe, l’esprit devient corporel, le liquide devient solide, le feu se change en
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eau, l’air en terre. Nous avons ainsi changé les vraies natures suivant un certain ordre, nous avons fait tourner les quatre éléments en cercle, nous avons permuté leurs natures. Que Dieu soit éternellement béni! Amen.
Passons maintenant avec la permission de Dieu à la seconde opération qui est le blanchiment de notre terre pure. Prends donc deux parties de terre fixe ou Tête de corbeau; broye-la subtilement et avec précaution en un mortier excessivement propre, ajoutes-y une partie de l’Eau philosophique que tu sais (c’est l'eau que tu as mise de côté). Applique-toi à les unir, en imbibant peu à peu d’eau la terre sèche, jusqu’à ce qu’elle ait étanché sa soif; broyé et mélange si bien, que l’union du corps, de l'âme et de l’eau soit parfaite et intime. Ceci fait, tu mettras le tout dans un matras scellé hermétiquement pour que rien ne s’échappe, et tu le placeras sur son petit lit uni, tiède, toujours chaud pour qu’en suant il débarrasse ses entrailles du liquide qu’il a bu. Tu l’y laisseras huit jours, jusqu’à ce que la terre blanchisse en partie. Tu prendras alors la Pierre, tu la pulvériseras, tu l’imbiberas de nouveau de Lait virginal, en remuant, jusqu’à ce qu’elle ait étanché sa soif; tu la remettras dans la fiole sur son petit lit tiède pour qu’elle se dessèche en suant, comme ci-dessus. Tu recommenceras qua-
CINQ TRAITÉS d’aLCHIMIE
tre fois cette opération en suivant le même ordre : imbibition delà terre par l’eau jusqu’à union parfaite, dessication, calcination. Tu auras ainsi suffisamment cuit la terre de notre pierre très précieuse. En suivant cet ordre ; cuisson, pulvérisation, imbibition par l’eau, dessication, calcination, tu as suffisamment purifié la Tête de corbeau, la terre noire et fétide, tu l’as conduite à la blancheur par la puissance du feu, de la chaleur et de l’Eau blanchissante. Recueille ta terre blanche et mets-la soigneusement de côté, car c’est un bien précieux, c'est la Terre foliée blanche. Soufre blanc, Magnésie blanche, etc. Morien parle d’elle lorsqu’il dit... « Met ez pourrir cette terre avec son eau, pour qu’elle se purifie et avec l’aide de Dieu vous terminerez le Magistère. » Hermès dit de même que l’Azoth lave le Eaton et lui enlève toutes ses impuretés.
Dans cette dernière opération nous avons reproduit la véritable conjonction des éléments, car l’eau s’est unie à la terre, l’air au feu. C’est l’union de l’homme et de la femme, du mâle et de la femelle, de l’or et l’argent du Soufre sec et de l’Eau céleste impure. Il y a eu aussi résurrection des corps morts. C’est pourquoi le philosophe a dit : « Que ceux qui ne savent pas tuer et ressusciter abandonnent l’art » et ailleurs : « Ceux qui savent
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tuer et ressusciter profiteront dans notre science. Celuilà sera le Prince de l’Art qui saura faire ces deux choses.» Un autre philosophe a dit: « Notre Terre sèche ne portera aucun fruit, si elle n’est profondément imbibée de son Eau de pluie. Notre Terre sèche a une grande soif, lorsqu’elle a commencé à boire, elle boit jusqu'à la lie. » Un autre a dit : « Notre Terre boit l’eau fécondante qu’elle attendait, elle étanche sa soif, puis elle produit des centaines de fruits. » On trouve bien d’autres passages semblables dans les livres des philosophes, mais ils sont sous forme de parabole, pour que les méchants ne puissent les entendre. Par la grâce de Dieu, tu possèdes maintenant notre Terre blanche foliée toute prête à subir la fermentation, qui lui donnera le souffle. Aussi le Philosophe a dit : « Blanchissez la terre noire avant de lui adjoindre le ferment. » Un autre a dit : « Semez votre or dans la Terre foliée blanche.... et elle vous donnera du fruit au centuple. Gloire à Dieu. Amen.
Passons à la troisième opération qui est la fermentation de la Terre blanche. Il nous faut animer le corps mort et le ressusciter, pour multiplier sa puissance à l’infini, et le faire passer à l’état d’Elixir parfait blanc qui change le Mercure en Lune parfaite et véritable. Remarque que le ferment ne peut pénétrer le corps mort
CINQ TRAITÉS D’aLCHIMIE
que par rintermédiaire de l’eau qui fait le mariage et sert de lien entre la terre blanche et le ferment. C’est pourquoi dans toute fermentation, il faut noter le poids de chaque chose. Si donc tu veux mettre fermenter la Terre foliée blanche pour la changer en élixir blanc renfermant un excès de teinture, il te faut prendre trois parties de Terre blanche ou Corps mort folié, deux parties de l’Eau-de-vie que tu as mise en réserve et une partie et demie de ferment. Prépare le ferment de telle sorte qu’il soit réduit en une chaux blanche ténue et fixe si tu veux faire l’élixir blanc. Si tu veux faire l’élixir rouge, sers-toi de chaux d’or très jaune, préparée selon l’art. Il n’y a pas d’autres ferments que ceux-là. Le ferment de l’argent est l’argent, le ferment de l’or est l’or, ne cherche donc pas ailleurs. La raison en est que ces deux corps sont lumineux, ils renferment des rayons éclatants qui communiquent aux autres corps la vraie rougeur et blancheur. Ils sont d’une nature semblable à celle du Soufre le plus pur de la matière, de l’espèce des ’ pierres. Extrais donc chaque espèce de son espèce, chaque genre de son genre. L’œuvre au blanc a pour but de blanchir, l’œuvre au rouge de rougir. Ne mêle pas surtout les deux Œuvres, sinon tu ne feras rien de bon.
LK COMPOSÉ DES COMPOSÉS
Tous les Philosophes disent que notre Pierre se compose de trois choses : le corps, l’esprit et l’^me. Or, la terre blanche foliée c’est le corps, le ferment c’est l’âme qui lui donne la vie, l’eau intermédiaire c’est l’esprit. Réunis ces trois choses en une par le mariage, en les broyant bien sur une pierre propre, de façon à les unir dans leurs plus infinies particules, à en former un chaos confus. Quand tu auras fait un seul corps du tout, tu le mettras doucement dans une fiole spéciale, que tu placeras sur son lit chaud, pour que le mélange se coagule, se fixe et devienne blanc. Tu prendras cette pierre blanche bénite, tu la broieras subtilement sur une pierre bien propre, tu l’imbiberas avec un tiers de son poids d’eau pour abaisser sa soif. Tu la remettras ensuite dans la fiole claire et propre sur son lit tiède et chaud pour qu’elle commence à suer, à rendre son eau et finalement tu laisseras ses entrailles se dessécher. Recommence plusieurs fois jusqu’à ce que tu aies préparé par ce procédé notre très excellente Pierre blanche, fixe, qui pénètre les plus petites parties des corps très rapidement, coulant comme l’eau fixe quand on la met sur le feu, changeant les corps imparfaits en argent véritable, comparable en tout à l’argent naturel. Remarque que si tu recommences plusieurs fois toutes ces opérations dans
le même ordre : dissoudre, coaguler, broyer, cuire, ta Médecine sera d’autant meilleure, son excellence augmentera de plus en plus. Plus tu travailleras ta Pierre pour en augmenter la vertu, et plus tu auras de rendement lorsque tu feras la projection sur les corps imparfaits. En sorte qu’après une opération une partie de l’Elixir change cent parties de n’importe quel corps en Lune, après deux opérations mille, après trois dix mille, après quatre cent mille, après cinq un million, après six opérations des milliers de mille et ainsi de suite à l’infini. Aussi les adeptes louent-ils tous la grande maxime des philosophes sur la persévérance à recommencer cette opération. Si une imbibition avait suffi, ils n’auraient pas tant discouru sur ce sujet. Grâces soient rendues à Dieu. Amen.
Si tu désires changer cette Pierre glorieuse, ce Roi blanc qui transmue et teint le Mercure et tous les corps imparfaits en vraie Lune, si tu désires, dis-je, la changer en Pierre rouge qui transmue et teigne le Mercure, la Lune et les autres métaux en vrai Soleil, opère ainsi. Prends la Pierre blanche et divise-la en deux parties ; tu augmenteras l’une à l’état d’élixir blanc avec son Eau blanche, comme il a été dit plus haut, en sorte que tu en auras indéfiniment. Tu mettras l’autre dans le nouveau
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lit des philosophes, net, propre, transparent, sphérique, et tu placeras le tout dans le fourneau de digestion. Tu augmenteras le feu jusqu’à ce que par sa force et sa puissance la matière soit changée en une pierre très rouge, que les Philosophes appellent Sang, or pourpre. Corail rouge. Soufre rouge. Lorsque tu verras cette couleur telle que le rouge soit aussi brillant que du crocus sec calciné, alors prends Joyeusement le Roi, mets-le précieusement de côté. Si tu veux le changer en teinture du très puissant Elixir rouge, transmuant et teignant le Mercure, la Lune et tout autre métal imparfait en Soleil très véritable, mets-en fermenter trois parties avec une partie et demie d’or très pur à l'état de chaux tenue et bien jaune, et deux parties d’Eau solidifiée. Fais-en un mélange parfait selon les règles de l’Art, jusqu’à ne plus rien distinguer des composants. Remets dans la fiole sur un feu qui mûrisse, pour lui donner la perfection. Dès qu’apparaîtra la vraie Pierre sanguine rouge, tu ajouteras graduellement de l’Eau solide.
Tu augmenteras peu à peu le feu de digestion. Tu accroîtras sa perfection en recommençant l’opération. Il faut chaque fois ajouter de l’Eau solide (que tu as gardée), qui convient à sa nature; elle multiplie sa puissance à l’infini, sans rien changer à son essence. Une
CINQ TRAITÉS D’aLCHIMIE
partie d’Elixir parfait au premier degré projetée sur cent parties de Mercure (lavé avec du vinaigre et du sel, comme tu dois le savoir) placée dans un creuset à petit feu, jusqu’à ce que des fumées apparaissent, les transmue aussitôt en véritable Soleil meilleur que le naturel. De même en remplaçant le Mercure par la Lune.
Pour chaque degré de perfection en plus de l’Elixir, c’est la même chose que pour l’Elixir blanc, jusqu’à ce qu’il teigne enfin en Soleil des quantités infinies de Mercure et de Lune. Tu possèdes maintenant un précieux arcane, un trésor infini. C’est pourquoi les philosophes disent : « Notre Pierre a trois couleurs, elle est noire au commencement, blanche au milieu, rouge à la fin. » Un philosophe a dit : « La chaleur agissant d’abord sur l’humide engendre la noirceur, son action sur le sec engendre la blancheur et sur la blancheur engendre la rougeur. Car la blancheur n’est autre chose que la privation complète de noirceur. Le blanc fortement condensé par la force du feu engendre le rouge. » — « Vous tous chercheurs qui travaillez l’Art, a dit un autre sage, lorsque vous verrez apparaître le blanc dans le vaisseau, sachez que le rouge est caché dans ce blanc. Il vous faut l’en extraire et pour cela chauffer fortement jusqu’à l’apparition du rouge. »
LE COMPOSÉ DES COMPOSÉS
Maintenant rendons grâce à Dieu sublime et glorieux Souverain de la Nature, qui a créé cette substance et lui a donné une propriété qui ne se retrouve dans aucun autre corps. C’est elle qui, mise sur le feu, engage le combat avec celui-ci et lui résiste vaillamment. Tous les autres corps s’enfuient ou sont exterminés par le feu. Recueillez mes paroles, notez combien elles renferment de mystères, car dans ce court traité, j’ai rassemblé et expliqué ce qu’il y a de plus secret dans l’Alchimie ; tout y est dit simplement et clairement, je n’ai rien omis, tout s’y trouve brièvement indiqué, et je prends Dieu à témoin que dans les livres des Philosophes, on ne peut rien trouver de meilleur que ce que je vous ai dit. Aussi je t’en prie, ne confie ce traité à personne, ne le laisse pas tomber entre des mains impies, car il renferme les secrets des philosophes de tous les siècles. Une tehe quantité de perles précieuses ne doit pas être jetée aux pourceaux et aux indignes. Si cependant cela arrivait, je prie alors Dieu tout puissant que tu ne parviennes jamais à terminer cet Œuvre divin.
Béni soit Dieu, un en trois personnes.
Amen.
GLOSSAIRE
Aigle volante. — Mercure des philosophes.
Alphidius. — Philosophe grec ; le manuscrit 65 14 de la bibliothèque nationale : Liber meteorum, est d’ Alphidius. Malgré son titre, c’est un traité d’alchimie.
Aludel. — Appareil sublimatoire, composé d’un vase de terre vernissé, surmonté d’un chapiteau en verre destiné à recevoir le sublimé.
Ame. — C’est la partie volatile de la pierre ; plus spécialement ce mot désigne le ferment.
Aristote. — Disciple d’Avicenne, il ne doit pas être con- "fondu avec le philosophe grec, précepteur d’Alexandre. Ouvrages : De perfecto magisterio. — De practica Lapidis.
Art spdgyrique. — Synonyme d’Alchimie.
Astanus. — Peut-être est-ce le même qu’Ostanès. Il existe plusieurs manuscrits de ce dernier dans les bibliothèques.
Astre. — C’est le principe essentiel des métaux capable de changer les corps en sa propre nature (Paracelse).’
Avicenne. — Al Hussein Ebn Sina, né à Bokhara, disciple d’Alpharabi, alchimiste arabe, vivait au xi® siècle.
GLOSSAIRE
Ouvrages: Canon medicinæ ; Tractatulus alchemiæ; De conglutinalione lapidum.
A\oth. — Mercure des Philosophes. Basile Valentin & fait un traité de l’Azoth.
Barsen ou Basen. — Alchimiste cité dans la Tourbe.
Chaux rouge. — Matière de la pierre au rouge.
Cokober. — Remettre dans la cornue le liquide qui a distillé.
Corps. — Partie fixe de la pierre.
Crocus. — Matière de la pierre au rouge. Signifie :aussi oxyde.
Degrés. — Le premier degré du feu correspond à 50 degrés centigrades, le second à l’ébullition de l’eau, le troisième à la fusion de l’étain, le quatrième à l’ébullition du mercure.
Eau, eau bénite, métallique, eau des nuées, eau-de-vie.
• — Mercure des philosophes.
Entéléchie : forme essentielle et parfaite d’une chose.
Feu de cendres. — Bain de sable.
Geber. — Djafar al Soli, philosophe hermétique arabe, privait au ix® siècle. C’est le plus célèbre des alchimistes arabes. Ouvrages : Somme de perfection. — Testament.
Gros. — Ancienne mesure de poids: 3 gr., 90. Un gros vaut 72 grains.
CINQ TRAITÉS D’aLCHIMIE
ip
Hermès. — Thaut égyptien, le père de la chimie. Ou» vrages : 7 able d' Emeraude. — Les sept chapitres.
Hylè. — Matière de la pierre, Mercure des philoso-phes.
Latonou laiton. — Mercure des philosophes avant la putréfaction, c’est-à-dire avant la noirceur.
Lion. — Lion vert, vitriol vert. Lion rouge, gaz hypoazotide.
Lot. — Mesure de poids allemande, équivaut à une demi-oncei
Lune. — Argent, ou mercure ordinaire, ou encore matière au blanc.
Magistère. — Synonyme de pierre philosophale et de Grand-Œuvre.
Mercure des philosophes. — Matière première de la pierre.
Métaux. — Les alchimistes n’en reconnaissent que sept, auxquels ils attribuent les noms des planètes. L’or ou soleil, l’argent ou lune, le mercure, le plomb ou Saturne, l’étain ou Jupiter, le cuivre ou Vénus, le fer ou Mars.
Médecine. — Synonyme d’élixir.
Microcosme. — Ou petit monde, c’est l’homme, paf opposition au macrocosme, qui est l’univers. Les philo-
GLOSSAIRE
•sophes entendent encore par microcosme leur magistère.
Morien. — Disciple d’Adfar, philosophe hermétique romain. Ouvrages : De la transmutation des métaux- — Dialogue du roi Calid et du philosophe Morien.
Once. Ancienne mesure de poids équivaut à 3 1 gr. 2 5 .
Oiseau d’Hermès. — Mercure des philosophes.
Pélican. — Vase circulatoire : il se compose d’une panse surmontée d’un chapiteau, duquel partent deux tubes qui rentrent latéralement dans la panse, de sorte que le liquide qui distille retombe constamment dans la panse.
Phénix. — Oiseau fabuleux au plumage rouge ; emblème de la pierre au rouge.
Physicien. — Médecin. Ce mot s’emploie encore en Angleterre dans ce sens (physician).
Poulet d'Hermogène. — Matière de la pierre au blanc.
Rhasès. — Philosophe hermétique persan, vivait au xa siècle. Ses ouvrages existent manuscrits en traduction latine à la bibliothèque nationale : Lumen luminum. ■ — Liber per/ecli magisterii. — De aluminibus et salibus.
Soufre. — Second principe des métaux. Signifie aussi la matière delà pierre. Soufre vif ou soufre rouge, matière de la pierre au rouge.
CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
Sublimation. — Dans le sens philosophique, signifie purification.
Tête de Corbeau. — C’est la matière pendant la putréfaction.
Thélême. — Perfection.
Tourbe des philosophes. — Turba philosophorum, le plus connu et le plus commun des anciens traités d’Al-' chimie. Attribuée au philosophe Aristée.
Ventre du cheval. — Fumier chaud de cheval, fournit une température constante.
Vinaigre, blanc, très aigre, des philosophes. — Mercure des philosophes.
Vitriol. — Le vitriol vert ou le vitriol romain c’est tout un, signifie couperose verte. Vitriol bleu ou de Hongrie : couperose bleue.
Nota. — Rudianus, Franciscus, et Mechardus sont complètement inconnus. Ce sont probablement des alchimistes grecs dont les oeuvres sont perdues.