TOUS
Que va-t-il dire? Que va-t-il dire?
CANIVET
La main de Louise, vrai ? (a part.) Tiens, mais alors tout est sauvé! (Haut.) Comment, mon petit Totole. tu aimais ma fille?
ANATOLE, étonné.
Mon petit Totole... Il est devenu idiot... Eh bien ! tenez, voilà quelque chose qui ne m’étonne pas!
CANIVET
Et toi, Louise, est-ce que tu l’aimes aussi?
ANATOLE
Elle m’aime z’aussi, oui, patron !
CANIVET
Mais c’est entendu, alors! (Vivement.) Ah! sapristi! et Brisemuche à qui j’ai donné ma parole.
Air :
Comment diable arranger cela,
Comment vous deux vous satisfaire,
Vraiment, pour me tirer de là , Je ne sais ce que je dois faire.
Mais j’y songe... Il est un moyen D’Iinir cet embarras extrême Brisemuchc a ma parole. .. Eb bien !
Qu’il la garde... Et loi, prends sa main Je nNeux pas tout donner au même Il n’fuut pas tout donner au même.
ANATOLE
Alt! monsieur Canivet! (Il lui serre les mains.)
Oh ! quant à moi, je me retire, mon ami. (a pan.) Et sans regrets. Il va falloir restituer...
CANIVET
Grande âme I (A Anatole.) Mais pourquoi ne pas m’avoir parlé plus tôt de cet amour? n’ai-je pas été toujours plein d’aménité à ton égard?
ANATOLE, i\ part.
Ah! bien! s’il se trouve amène celui-là! (Haut.) Certainement, patron.
CANIVET, à Louise.
El lu es heureuse de t’appeler madame Tarascon !
ANATOLE
Non pas! non pas! madame Cachepot, patron.
CANIVET
Cachepot! (a part.) Feignons un étonnement indispensable. (Haut) serais-tu par hasard parent du parfumeur de ce nom?
ANATOLE
C’est mon oncle.
BRISEMUCHE, bas.
Tu vois.
ANATOLE
Tiens! cela me fait penser que je ne l’ai pas revu depuis mon retour... je n'osais pas me présenter à lui à cause de...
(Il fait le geste de tirer le pistolet.)
CANIVET
Quoi, vraiment! tu ne l’as pas revu avant...
ANATOLE
Avant quoi ?
CANIVET
Avant... l’événement. (A Brisemuche.) Aide-moi, Philoxène.
BRISEMUCHE.
Vous ignorez donc le petit accident?
ANATOLE
Certainement, parlez.
CANIVET, à Brisemuche.
Usons de ménagements. Je vais employer une métaphore. (a Anatole.) Eli bien! mon ami, apprends donc qu’il a... descendu le grand escalier.
BRISEMUCHE.
Et sur la rampe !
ANATOLE
A li ! quel drôle d’exercice... Il a dû se faire mal, à son âge!
CANIVET
Il ne comprend pas ! nous nous serons mal expliqués. Anatole, faut- il te parler plus clairement? ton oncle à éteint son gaz!
Pauvre cher homme !
ANATOLE
Ah ! il s’éclairait au gaz !
CANIVET
11 n’y est pas encore ! ah ! ça, voyons, il y a cinq minutes que nous prenons comme ça des précautions... Anatole... ton oncle...
BRISEMUCHE.
Votre excellent oncle...
CANIVET
U est feu, comprends-tu? maintenant c’est feu ton oncle ! quoi !
ANATOLE
Gomment... lui.. Un homme qui avait une si belle ecri-
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lure ! ah! mais, ça n\e fait quelque chose... c’est drôle ça... Eh bien, ça me fait quelque chose...
BRISEMUCHE, à part.
Je le crois parbleu bien !... ça lui fait même quelque chose... comme six mille livres de renies, le gredin!
CANIVET, à part.
Soyons grand, puisque je ne peux pas faire autrement. (Haut) Anatole, avant ae donner un pleur à sa mémoire, apprends que ton vieux Cachepot d’oncle m’avait laissé toute sa fortune par un acte authentique. (A part) mais irrégulier.
ANATOLE
Allons, bon !
CANIVET
Mais cette fortune... regarde-moi bien... celte fortune je te la rends!..
BRISEMUCHE, feignant l’attendrissement.
Ah! Canivet ! quelle âme que la tienne! (A part.) Quel vieux singe que ce Canivet!
ANATOLE
Ah ! patron !
EDCHARIS.
Ah ! Ernest!
LOUISE
Ah ! papa !
ANASTASIE
Ali ! not’ maître !
CANIVET
Ces témoignages d’une sympathique admiration seront ma seule récompense ! Mais je connais ton peu de goût pour les chiffres, lu vas sans doute me supplier de garder cette fortune et de la faire fructifier (Mouvement d’Anatole.) Je comprends ce désir... et j’y accède! Je t’en verserai l’intérêt.
Ah ! Ernest !
LOUISE
Ah ! papa !
ANASTASIE
Ah ! m’ sieu !
CANIVET
Meici, encore une fois, merci ! (A Brtsemuche.) Je crois que ce n’est pas trop mal arrangé, hein ?
BRISEMUCHE.
Dis donc, Ernest, tout ça c’est très-gentil, mais et mes quinze mille francs?
CANIVET, lui montrant le groupe formé par les autres personnages.
Ah! Philoxène! aurais-tu le cœur de venir troubler par
d'odieux calculs celte petite fête de famille.,, non, je te connais tiop...
BR1SEMUCHE.
Mais cependant...
CANIVET
Ne crains rien... Je mettrai cela sur mon testament. (Au public.) Je lui dis ça, mais j'espère bien que c’est moi qui prononcerai quelques paroles émues sur sa tombe I (a Anatole.) ’J'iens ! mais j’y pense, me voilà sans employé maintenant.
ANATOLE
Dites donc, beau-père, si vous prenez un autre clerc estce que vous lui octroierez toujours les mêmes... émoluments?
CANIVET
Oh! plus considérables, mon ami, bien plus considérables.
ANATOLE
Eli bien l .le crois que j’ai votre affaire... (Regardant Eucharis.) Un de mes amis, nommé Hector, qui désire vivement entrer chez vous...
CANIVET
C’est entendu. '
EUCHARIS
Mais... Ernest...
CANIVET
Pas d’observations, Eucharis, vous savez que je suis coulé en bronze. (A Anatole.) Tu me le présenteras demain, et il entrera en fonctions tout de suite, parce qu’avec toi je me rouillais un peu, vois-tu... Ah ! il faudra que je rattrape avec Hector.
ANATOLE, regardant l’ardoise.
Tiens, au fait, dites doue. Il n’y en a eu que quatre aujourd'hui !
CANIVET
C’est vrai, (u commence le geste.) Mon gendre! jamais !( Avec attendrissement.) Je l’en fais grâce... ce sera mon cadeau de noces !
CANIVET, au public.
Air : mon fouet est veuf.
Quand nous allons terminer cet ouvrage Dont le sujet me semble un 'peu scabreux,
Pardonnez-nous, messieurs, ce badinage,
El pour l’auleur, montiez-vous généreux,
Par nu succès vous combleriez scs vœux.