XIII. Etudes au Collège
Au mois d'août 1829, je terminai, au collège de Nicolet, mon cours régulier d'études classiques, commencé en 1822. J'aurais pu aisément en quatre ans apprendre ce qui me fut enseigné pendant ces sept longues années.
On nous fit consacrer trois ans à l'étude de Ja grammaire latine, lorsque douze mois de travail eussent
suffisants. Il est vrai que pendant ces trois ans on nous donna quelques notions de grammaire française, de géographie et d’arithmétique ; mais tout cela était si superficiel que nos maitres semblaient plug occupés à tuer le temps qu’à développer notre intelligence.
Je dois en dire autant des classes de belles-lettres et de rhétorique. elles nous prirent deux ans, tandis qu'un an d’études sérieuses aurait amplement suffi
pour appreudre ce qui nous fut enseigné pendant ces vingt-quatre mois.
Quant aux deux années consacrées à l’étrde de la logique et des matières classées sous le nom de philu-
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sophie, elles n'auraient pas été un temps trop long, si ces sujets eussent été honnêtement offerts en nourriture à notre esprit. Mais l'étudiant dans
jun collège de l’Église romaine est absolument con-
damné au supplice de Tantale, Pendant qu'on approche de ses lèvres les eaux rafraichissantes de la science, on l'empêche constamment d'y goûter. Développer l'intelligence, dans un collège ou un couvent romain, est tout à fait hors de question. Au contraire, tout le travail, tous les efforts du supérieur n’ont d'autre but que de prouver
Là l'élève que son intelligence est son plus grand,
son plus dangereux ennemi: qu'elle est semblable à un animal indompté, qu’il faut toujours tenir bien enchainé.
Il ne se passe pas de jour que l’écolier n'entende répéter que sa raison ne lui a pas été donnée pour se guider lui-même, mais uniquement pour connaitre la main de celui que Dieu désigne pour son guide; et cette main, sûre, infaillible, est toujours, en dernier lieu, la main du pape.
Toutes les ressources du langage, tous les trésors des plus ingénieux sophismes, toutes les mines inépuisables des fables et des paradoxes, tous les mille et mille textes tronqués des saints Pères et des Écritures: tout est exploité avec un art incroyable ain de démontrer à l'élève que sa raison n’a pas le droit de rien lui apprendre, sinon qu’elle doit se prosterner aux pieds du Souverain Pontife, seule et unique source des vérités et des lumières que Dieu à données au monde pour le sauver.
Dans les collèges, comme dans les couvents de Rome, on élève la ‘“unesse, oui, on l'élève; mais
jusqu'à quelle hauteur lui permet-on de s’élever ?
Jamais plus haut que les pieds du pape!