IX. L'éducation morale et religieuse du Collège
ndant On rapporte que lorsque Virgile était sur son lit
eront de mort, il fit appeler ses amis et les conjura de ; brûler son Enéide,
tous Ë Ce poète paien, au moment de quitter la vie, re-
+ gretiait amèrement d’avoir peint sous des couleurs
plus | si vives les amours d’Enée et de Didon.
opre Quoique enveloppé des ténèbres du paganisme,
irige : Virgile, éclairé toutefois d'un de ces rayons de lu-
grès | mière que Dieu laisse tomber sur tout homme créé à son image, sentait qu’il avait péché en traçant ces
ulut, L lignes éloquentes, mais si brûlantes d’un feu qui n’est
déjà que trop allumé dans tous les cœurs.
Eh bien, ces lignes qui faisaient rougir un paien, non seulement les prêtres de Rome nous les faisaient lire, mais ils nous obligeaient encore à les apprendre par cœur, dans leur collége de Nicolet.
Pour donner une idée de l'éducation morale qu’on reçoit dans un collége catholique, il suffit de dire que d’un bout à l’autre de l'année, l'élève s’y trouve environné d’une atmosphère où l'on ne respire que le paganisme.
C'est chez les paiens qu’on allait chercher presque exclusivement les modèles d'élquence que nous apprenions par cœur,
Il en était de même des modéles de sagesse, d'honneur, de chasteté, de patriotisme, que l’on offrait à notre admiration: c'était presque uniquement chez les peuples idolâtres qu'on allait les chercher.
Notre esprit était sans cesse occupé à admirer les chefs-d'œuvre que le paganisme nous a laissés. Virgile, Horace, Cicéron, Socrate, Homère, Tacite, Lycurgue, César, Xénophon, Démosthène, Alexandre, Lucrèce, Régulus, Brutus, Jupiter, Vénus, Mars, Minerve, Diane, etc., se pressaient tour à tour, et Souvent à la fois, devant notre pensée, pour l’occuper, S'en emparer et la dominer.
Il est vrai que l’Église romaine nous présentait aussi. comme contre-poids, et pour nous attirer à elle, ses fables, ses doctrines et ses préceptes; mais tout cela nous semblait si visiblement emprunté au paganisme, et nous paraissait si nu, si froid, si dépouillé de poésie et de vérité, que si le paganisme ancien ne restait pas absolument le maître, il conservait, au moins, une large place dans les intelligences que le romanisme voulait lui ôter.
Pour nous faire aimer l'Église de Rome, nos su-
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périeurs comptaient sur les œuvres de Châteaubriand, Le Génie du Christianisme était le livre des livres qui devait dissiper tous nos doutes et nous attacher à la religion du pape, Mais cet auteur, souvent remarquable par la beauté de son style, détruisait par la faiblesse de sa logique le christianisme qu'il voulait édifier, Au reste, il nous était facile de voir que cet auteur n'était pas sincère et qu'il ne croyait pas lui-même ce qu’il nous disait.
Châteaubriand, De Maistre, et tous les écrivains catholiques dont on nous faisait lire les ouvrages, cherchaient bien à nous démontrer que les dogmes, les préceptes, les pratiques de l'Église romaine avaicut été apportés du ciel par Jésus-Christ, ou confiés à cette Église par les Apôtres. Mais, quel que fût notre désir de les croire, combien ne nous sentions-nous pas troublés, humiliés, dans notre foi, en voyant que Tite-Live, Tacite, Cicéron, Horace, Homère, etc., nous montraient, jusqu’à l'évidence, que la plupart de nos cérémonies, comme de nos dogmes religieux, avaient leurs racines et leur origine dans le paganisme !
Nos supérieurs, par exemple. nous avaient persuadés que les scapulaires, les médailles, l’eau bénite, nous seraient d’un grand secours pour combattre les tentations les plus dangereuses, comme pour éviter les malheurs les plus communs de la vie. Nous avions tous, par conséquent, pendus au cou, des scapulaires et des médailles que nous gardions avec le plus grand respect, que nous baisions même, matin et soir, avec l’affection la plus sincère. Quel ne fut pas notre désappointement lorsque nous vimes dans nos auteurs grecs et latins que tous ces scapulaires et toutés ces médailles n'étaient qu'un reste du paganisme, et que les adorateurs de “uniter, de
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Vénus, de Diane, se croyaient comme nous à l'abri de tous les maux quand ils les portaient en l'honneur de leurs divinités !
Plus nous avancions dans l'étude de l'antiquité paienne, plus nous étions portés à croire que cette religion catholique, qu’on nous disait née au pied du Calvaire, n'était qu’une pâle et maladroite imitation du paganisme,
Par exemple, ce pape de Rome, qu'on nous présentait comme le successeur de saint Pierre, le vicaire de Jésus-Christ, ne ressemblait-il pas exacte. ment au Pontifexæ Maximus de la grande république idolätre de l’ancienne Rome? Notre pape n'avait-il pas conservé non seulement le nom, mais tous les attributs, le faste, l’orgueil, et même les habits du grand-jrêtre des idoles?
Le ‘ile des saints n'était-il pas absolument le méu. culte que celui des demi-dieux des temps passés * Notre purgatoire ne se trouvait-il pas, presque mot pour mot, décrit par Virgile? Nos prières à la Vierge et aux saints n'’étaient-elles pas répétées par les idolâtres prosternés aux pieds des images et des statues de leurs dieux, absolument dans les mêmes termes dont nous nous servions devant les statues et les images dont nos temples étaient ornés ?
Notre eau bénite n’était-elle pas aussi employée par les idolâtres, et pour le même usage que parmi nous ?
Nous savions, par l’histoire, l’année où le magnifique temple consacré à tous les dieux avait été, sous ie nom de Panthéon, bâti à Rome. Nous connaissions les noms des sculpteurs qui en avaient façonné les statues ; et aucune parole ne peut dire la honte que nous éprouvions en apprenant que, de
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Lorsque nous nous faisions les uns aux autr question : «Quelle différence y a-t-il entre la gion de la Rome païenne et de la Rome d'aujourd'hui?» plus d'un écolier répondait hardiment «Le seul changement est dans les mots : les temnples des idoles sont restés là; les idoles ont gardé leurs antiques places ; aujourd'hui, comme autrefois, l'encens brüle en leur honneur ; les peuples ont encore le front dans la poussière à leurs pieds, pour leur rendre les mêmes hommages, en implorer les mêmes bienfaits : seulement, au lieu d'appeler telle statue Jupiter, on l'appelle St. Pierre ; au lieu d'appeler telle autre Minerve, Diane, on l'appelle Marie, Lu cie, Agathe, etc. C’est toujours la vieille idolûtrie, parée d’un nom chrétien. »
Je voulais être honnête et sincère catholique-romain. Ces discours, ces pensées me désolaient souverainement, d'autant plus que je ne trouvais rien däns ma raison qui pût en diminuer la force.
Malheureusement pour moi, plusieurs des livres que nos supérieurs nous mettaient dans les mains pour former et soutenir notre piété et affermir notre foi dans les dogmes de l’Église romaine, avaient, avec les histoires que j'avais lues dans la vie des dieux paiens, une ressemblance qui vraiment m’épouvan-
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sainte Vierge ne me semblaient qu’une reproduction des trucs et des tours de passe-passe dont les prêtres de Jupiter, de Vénus, de Minerve, se servaient pour
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