‹ Cinquante ans dans l'Eglise romaine [microforme]Chapitre 27 sur 52 · XIII. Le célibat · texte numérisé non relu

XIII. Le célibat

Il me faudrait écrire un gros volume, au lieu d’un court chapitre, si je voulais raconter toutes les ruses, les pieux mensonges, les sacriléges et monstrueuses profanations de l’Écriture sainte auxquels les supérieurs des colléges et des couvents ont recours afin de persuader au jeune homme ou à la jeune fille que Dieu exige d'eux les vœux du célibat.

Les misères, les épreuves, les désappointements, les obligations de l’état du mariage leur sont présentés sous les couleurs les plus sombres et les plus propres à dégoûter, à épouvanter même la volonté la plus robuste; tandis que les délices et la paix promises aux célibataires sont exagérées au point de tenter l'esprit et le cœur les plus froids. Tous les honneurs de la terre, toutes les joies du ciel sont promis à ceux que l’on veut attacher, par ce vœu irrévocable, au service de l'Église. Les applaudissements du monde se mêlent aux sourires des anges, dans l’imagination de la jeune victime, pour l’exalter, la séduire et l’enivrer. Le pape la fait, pour ainsi dire, gravir le sommet de la plus haute montagne, et de là lui montre toutes les gloires de la terre et tous les plus beaux trônes du ciel, en lui répétant les paroles mêmes de Satan à Jésus-Christ: « Je te donnerai toutes ces choses, si, prosterné à mes pieds, tu me promets de m'obéir parfaitement, » et det’enchaine à ma volonté par le vœu du célibat.

Mais, avant de fermer complètement les yeux, pour se précipiter dans cet abime doré et fleuri, qu’on a creusé sous ses pieds, la malheureuse victime éprouve quelquefois comme un sinistre pressentiment des terribles misères qu’on lui prépare Car la voix de d'intelligence et du sens commun, les cris de la cons-

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Pendant que Satan redit à l'oreille de l'âme ses paroles séduisantes et mensongères, qu’il ne parle que de joies célestes, de couronnes d’anges, de trônes au ciel, la voix de la raison et la voix de Dieu se font entendre aussi Pour parler des combats, des chutes, des hontes, des désastres, qui ne sont que trop souvent la conséquence de la témérité, de l'ignorance, de la faiblesse de notre pauvre nature déchue,

Comme autrefois, les victimes humaines, à l’approche du terrible sacrifice, faisaient entendre des cris plaintifs, et se débattaient pour éviter le couteau sanglant du prêtre des idoles: ainsi la victime du célibat romain sent, à mesure que s’avance l'heure de l'immolation, son cœur frémir de terreur. Avec un visage pâle comme la mort, des lèvres tremblantes, des sueurs froides sur son front, elle dit à ses supé rieurs : « Est-il bien vrai que Jésus-Christ me demande un tel sacrifice? »

Oh! que l’impitoyable supérieur ecclésiastique se fait alors éloquent pour dépeindre le célibat comme la seule route du bonheur, la porte du ciel! ou pour décrire les horreurs d’un enfer éternel, sûrement ré servé au lâche qui, après avoir mis la main à la char rue du célibat, regarde en arrière.

Mais, il ne s’arrête pas là : afin de mieux convaincre sa victime, il lui montre le désapointement des parents et des amis, et sa propre honte, si elle retourne dans ce monde dont elle sera l’éternelle risée. Puis il l'évlouit par les plus séduisants sophismes, par les plus pieux mensonges, en lui faisant le récit des miracles opérés par Jésus-Christ en faveur des vierges.

Enfin, il l’écrase sous une véritable avalanche de textes qui n'ont pas le moindre rapport avec les vœux du célibat, mais que l'Église romaine, par un abus sacrilége de la Parole de Dieu, détourne de leur vrai sens, afin de persuader que rien n’est plus difficile que de se sauver en dehors des vœux du célibat.

Un des textes dont les théologiens romains font l’usage le plus étrange, est celui de Matthieu XIX, 12, 13: «Il y a des eunuques qui le sont dès le sein de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par la main des hommes; et il y en a qui se sont rendus tels euxmêmes, à cause du royaume des cieux, Que celui qui peut comprendre ceci le comprenne. »

Un jour, notre supérieur, appuyé sur ces paroles, nous fit un chaleureux discours pour nous prouver que si nous voulions obtenir l'honneur d’être prêtres de Jésus-Christ, il nous fallait faire serment de ne jamais avoir d’épouse,

Le discours, quoique plein de feu, nous parut cependant excessivement faible de logique.

Le lendemain étant un jour de congé, les étudiants en théologie qui se préparaient comme moi à la prêtrise, causèrent longuement sur les arguments du discours de la veille, Les conclusions ne nous paraissaient nullement en rapport avec les textes de l’Ecriture dont on s'était servi: nous résolûment donc de présenter respectueusement à la première conférence nos vues à ce sujet; et je fus choisi pour parler au nom des autres.

J'ai heureusement conservé les notes de ce discours ; les voici:

< Bien cher et vénérable directeur, vous nous avez assurés que les paroles de Jésus-Christ: «Il y à des hommes qui se sont fait eunuques pour le royaume des cieux, » doivent nous prouver jusqu'à

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« Permettez-nous de vous faire observer que notre Sauveur, dans ce texte, n'approuve ni ne désapprouve ceux qui se font eunuques avec l'intention d'aller au ciel par ce Moyen. II laisse à notre sens commun le soin de juger par quelque partie plus claire de l'Évangile si véritablement l'eunuque est plus certain de son salut que l'homme qui vit dans l'état naturel où Dieu lui-même le plaça au paradis terrestre.

(Il en est de ce texte comme de celui où Jésus- Chrisi dit à ses apôtres: «Ils vous chasseront des synagogues : même le temps vient où quiconque vous lera mourir, croira servir Dieu » (Jean xvr, 2).

« Permettez-moi de mettre ces deux textes en face l'un de l’autre :

« Ils se feront eunuques «Ils vous feront mourir pour le royaume de Dieu.» Pour servir Dieu. »

(Matth x1x, 12, 13.) (Jean xvr, 2)

« De ce que notre Seigneur dit de certains hommes qu'ils feront mourir ses disciples pour plaire à Dieu, devons-nous conclure que faire mourir un disciple de l'Évangile soit une chose très agréable à Dieu? Non, assurément. Eh bien ! il nous semble qu'il ne

nous esl pas plus permis de penser que le célibat conduise plus facilement au ciel que l’état dans lequel Dieu créa l’homme primitivement ; car le Sauveur 4 dit simplement que certains hor.mnes s'imagineront gagner le cie! en mutilant leur corps.

« Le christianisme n’a-t-il pas toujours repoussé avec horreur l’action d'un homme qui se fait eunuque?» Ne serait-ce pas un crime, punissable par les lois de tous les peuples civilisés, que de prêcher vuvertement que c'est une chose sainte et agréable à Dieu que de se mutiler aussi ignominieusement ?

«Gomment donc oser penser et dire que Jésus-Christ ail pu encourager et sanctionner une pareille iniquité ?

« D'ailleurs, si les eunuques étaient plus certains d'eller au ciel que le reste des hommes, Dieu ne serait-il pas injuste de ne pas nous avoir donné à tous le privilége de devenir des saints à si bon marché, en nous faisant tous naître eunuques ?

< Mais notre Seigneur nous fait bien connaître qu'il n'attache aucun privilége sanctifiant au célibat, puisque, d'un membre qu'il nous a donné lui-même lorsque dans le même chapitre, répondant à la question du jeune homme: « Bon maitre, que faut-il que je fasse pour être sauvé? » il lui dit tout simplement: «si tu veux avoir la vie éternelle, garde les commandements » el non : « Fais serment de ne jamais te marier, »

« N'est-ce pas encore là la réponse que le Sauveur me ferait en ce moment, s’il était à votre place et si je lui demandais ce qu’il me faut faire pour avoir la vie éternelle et en montrer la voie à mes frères ?

« Ne me dirait-il pas: «Garde les commandements: Tu ne tueras pas; tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne déroberas pas; tu ne rendras pas de faux témoignaze contre ton prochain; bonore ton père et ta mère? »

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qui assurent la possession du ciel, Jésus-Christ no pense pas aux vœux du célibat : il n'en dit pas un seul mot,

« Permettez-nous donc de vous demander avec tout le respect possible : Si le célibat eût occupé dans la pensée du Sauveur la place que vous lui donniez dans votre discours, aurait-il oublié d'en parler à ce jeune homme, qui lui demandait d'une manicre gi sérieuse : « Bon maitre, que faut-il que je fasse pour avoir la vie éternelle ? »

« Il nous semble étrange que l’on mette tant d'im- Porlance à nous faire faire des vœux sur lesquels l'Ancien comme le Nouveau Testament sont absolument muets, et dont notre Seigneur lui-même n'a jamais parlé, même aux moments les plus solennels de sa prédication? Nous ne pouvons comprendre

pourquoi on exige de nous des sacrifices qu'on n'a pas même demandés aux plus grands et aux plus Saints apôtres de Jésus-Christ, »

Il me parut évident que mon discours avait autant embarrassé notre vénéré supérieur qu'il avait fait plaisir aux jeunes gens qui se préparaient avec moi à la prêtrise. Il me demanda vivement :

— Às tu fini tes objections ?

— Non, pasentièrement, lui répondis-je; mais je vous prie d’éclaircir nos doutes et de nous donner plus de lumière sur les questions que j'ai touchées, Je vous Proposerai ensuite quelques autres difficultés touchant les vœux du célibat, si vous avez la bonté de me le permettre.

— Tu parles comme un véritable hérétique! me répliqua M. Leprohon, et si je n'avais pas l'espoir que tu cherches à dissiper tes doutes plutôt qu’à les soutenir, sur une question aussi grave, j'avertirais Mor-

seigneur de te mettre de côté et de ne pas t'élever à la prêtrise. Tu parles de l’Écriture sainte comme un vrai protestant ! On dirait que tu as oublié qu'outre la Parole de Dieu écrite, il y a la tradition, dont j’autorité est la même que celle de l'Écriture,

Tu as raison lorsque tu donnes à entendre que es vœux du célibat ne se trouvent pas dans la Bible l'une maniêre positive et directe. Mais si le com-

mandement du célibat n’est pas dans la Bible, il est dans la tradition.

C'est un article de foi que le célibat est imposé par Jésus-Christ, puisque les saintes traditions de l'Église nous l’assurent. La parole de l'Église, c'est la parole de Jésus-Christ même, puisque notre Seigneur a dit: « Celui qui n'écoute pas l'Église doit être regardé comme un paien et un publicain. » In'ya donc pas de salut possible pour quiconque ne soumet pas sa raison à ce dogme de l'Église,

On ne vous demande pas de comprendre pourquoi le vœu du célibat est commandé à ceux qui veulent être prêtres, on vous demande seulement de æ croire, Votre devoir n’est donc pas de raisonner sur ces matières, mais d'obéir à l'Église, comme des enfants dociles obéissent à leur mère,

D'ailleurs, le vœu du célibat exigé par l’Église de tous ceux qui aspirent à l'honneur d’être prêtres, se comprend lorsqu'on se rappelle que les apôtres furent obligés eux-mêmes de quitter leurs femmes, comme on le voit par les paroles de saint Pierre à Tésus-Christ : € Maitre, nous avons tout quitté pour pe vous suivre; que nous donnerez-vous?» (Matt. x1x, 27.)

Le prêtre n'est-il pas le représentant de Jésus- Christ? Par la prêtrise, n'est-il pas l’égal, j’oserais dire le supérieur de Jésus-Christ sous certains rapports, puisque, quand il dit la messe, il commande à Jésus-

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Christ, et le fils de Dieu est obligé d'obéir? Il n'est pas même au pouvoir de Jésus-Christ de résister à l'ordre du prêtre! 11 descend du ciel chaque fois qu: le prêtre le lui commande! Le prêtre le porte où il veut, le fait rentrer dans le saint tabernacle, ou l'en fait sortir, à son gré; et Jésus-Christ ne peut résister. Par là, le prêtre est au-dessus des anges. Et, puisqu'il est au-dessus des anges, qu'il jouit de priviléges refusés aux anges mêmes, ne doit-il pas en avoir la sainteté et les vertus ?

Or, Jésus-Christ ne dit-il pas positivement, en parlant des anges, qu'ils ne se marieront pas: Neque nubent, neque nubentur? Et n'est-ce pas des prêtres que le Sauveur voulait parler quand il disait: «lis seront comme les anges de Dieu ? » (Matt. xx, 30.)

Saint Paul ne dit-il pas que l’état de virginité est plus saint que celui de mariage? N'est-ce pas nous dire clairement que le prêtre, dont les mains, aprés la consécration, touchent et portent tous les jours le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, doit se tenir au plus haut degré de la vertu par les saints vœux du célibat? Car ce vœu est comme le lien sacré qui attache l’âme au ciel et l'élève au-dessus de la terre. Jésus-Christ, par la bouche de son Église, impose ce vœu à ses prêtres comme un des remèdes les plus efficaces contre les inclinations naturelles de notre nature déchue. D'après les saints Pères, le vœu du célibat est comme une haute et puissante tour, qui, tout en nous mettant à l'abri des traits de l'ennemi, nous permet de le combattre et de le vaincre plus sûrement,

Si vous avez encore quelques doutes sur cette grave question, soumettez-les moi: je me ferai un plaisir de les résoudre.

— Nous vous sommes reconnaissants de votre bonté, lui répondis-je. D'abord, nous vous remercions de nous avoir avoué que le célibat ne se trouve commandé à personne dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, et que ce n’est que par la tradition de l’Église que nous connaissons la volonté de Dieu à ce sujet.

Il nous avait semblé que votre intention était d'appuyer la nécessité de ce vœu sur l'Écriture sainte. Si vous nous le permettez, nous traiterons la question de la tradition, à ce sujet, une autre fois. Aujourd’hui, nous prendrons encore la liberté de discuter sur le sens que vous donnez à certains textes de l'Évangile en faveur du célibat.

D'abord, lorsque saint Pierre dit: «Nous avons tout quitté,» il n’entendait assurément pas avoir quitté sa femme, comme vous l'avez assuré, par un vœu perpétuel. Car saint Paul nous dit positivement, longtemps après, que saint Pierre non seulement vivait avec sa propre femme danssa maison, mais qu'il voyageait avec elle, quand il allait prêcher l'Évangile, Les paroles du Nouveau Testament à ce sujet sont d'une telle clarté, qu’il n’est possible de les obscurcir ni par les interprétations les plus ingénieuses, ni par les traditions les plus respectables. Vous connaissez ces paruivs; permettez-nous de les citer :

« N’avons-nous pas le droit d'être nourri à vos dépens? N’avons-nous pas le pouvoir de mener partout avec nous une femme, notre sœur en Jésus- Christ, comme le font les autres apôtres et les frères de notre Seigneur, et Céphas? Serions-nous les seuls, Barnabas et moi, qui n’aurions pas le pouvoir d'en user de la sorte ? »

Saint Pierre, disant à Jésus-Christ: « N’avons-nous pas tout quitté pour vous suivre,» ne veut donc pas

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donner à entendre, comme vous semblez nous l’assurer, qu'il avait fait vœu de ne plus vivre avec sa emme, mais seulement que son cœur était tellement détaché de toute chose, que notre Seigneur y tenait la première place: que tout le reste, même ce qu'il uvait de plus cher au monde, comme son père, sa méère, son épouse, n'était que secondaire,

Votre second texte, que les anges de Dieu ne se marient pas, et que les prêtres, élant les vrais anges de la terre, ne doivent pas se marier, ne nous semble pas avoir plus de force que le premier en faveur des vœux du célibat. Car si vous avez la bonté de relire ce texte, vous verrez que Jésus-Christ dit : « Vous êtes dans l'erreur, ne comprenant pas les Écritures. ni la puissance de Dieu. Car après la résurrection, les hommes n'auront point de femmes, ni les femmes de maris; mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel. » (Mat. xxrr, 29, 30.) ,

Vous voyez que lorsque notre Seigneur parle d'hommes semblables aux anges, qui ne se marieront pas, il a bien soin d’avertir que ce ne sera qu'après la résurrection qu’aura lieu cet état de choses,

Si l’Église avait pour nous la même compassion que Jésus-Christ avait pour les hommes-anges dont il parle, si l'Église où notre saint père le pape avait la bonté d'attendre après la résurrection pour faire de nous des anges, par le vœu du célibat, je crois ètre le fidèle interprète et le fidèle écho des pensées de tous mes amis, en vous disant que nous aurions à l'égard de ces vœux bien moins d'objections que nous n'en avons. Que l'Église nous fasse faire des vœux solennels de ne pas nous marier après la résSurrection, voilà ce qui nous paraît raisonnable et

parfaitement conforme à Ja parole de Jésus-Christ. Mais qu’elle veuille absolument nous élever à l’état

de sainteté des anges, pendant que nous ne sommes que de pauvres pécheurs dans des vases d'argile, c’est absolument contraire aux pensées et aux paroles de notre Seigneur, au moins dans le texte dont vous vous êtes servi.

Vous nous affirmez que le vœu du célibat est la meilleure garantie possible contre les penchants de uotre faible nature. Mais ne craignez-vous pas que ce remède ne soit absolument et directement contraire au remède que l’Esprit-Saint lui-même nous offre à ce sujet? Ne lisons-nous pas dans l'Évangile : Propter fornicationem aulem, quisque suam uxorem habeat, et unaquæque virum suum habeal? » — Pour éviter la fornication, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son époux.» (1 Cor. vit, 2.)

N'est-ce pas vraiment étrange ? Dieu nous assure que le meilleur, sinon le seul remède qu'il ait jamais trouvé conire notre concupiscence, est le mariage. Et voilà que l'Église nous affirme, au contraire, qu’elle a découvert un remède bien plus simple et plus efficace, bien plus digne de l’homme et de Dieu; un remède que Dieu lui-même ignorait quand il parlait à Adam, dans le paradis terrestre, et que le Saint-Esprit ne connaissait pas encore lorsqu'il dictait à saint Paul sa première épitre aux Corinthiens! Et ce remède nouveau, dont notre saint père le pape a seul trouvé le secret, c’est le vœu du célibat!

Mon dernier mot était à peine échappé de mes lèvres, que notre directeur, oubliant sa modération ordinaire, m'interrompit brusquement et me parla avec une véhémence que je ne lui connaissais pas.

— Je regrette infiniment, dit-il, de t'avoir permis ces misérables objections. Mais ce ne sont pas des objections que tu fais, ce sont des blasphèmes que tu prononces! car je vois que tu es sérieux dans ce que tu dis.

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N’as-tu pas honte de vouloir interpréter l’Écriture sainte autrement que les saints Pères et toute l'Église l'interprètent? Est-ce à toi ou à l’Église que Jésus- Christ a promis de donner son Saint-Esprit jusqu’à la fin des siècles? Est ce à toi de gouverner l’Église, et à l'Église de t’obéir? N'est-ce pas plutôt à toi d'obéir, et à l'Église de commander ?

Mon pauvre Chiniquy! s'il n’y a pas bientôt en toi un changement complet, ainsi que chez ceux dont tu te prétends l'organe, je crains sérieusement pour

votre avenir. Vous montrez un esprit d’incrédulité et de révolte qui m'épouvante !

Au lieu de vous soumettre à ce que votre supérieur vous dit, lorsqu'il ne vous répète que ce que tous les saints Pères, les théologiens et l'Église toute entière ont enseigné pendant tous les siècles, vous n'écoutez que votre faible et orgueilleuse raison. Semblables à Lucifer, qui crut pouvoir résister à Dieu daus le ciel, vous cherchez à lui résister sur la terre. Encore une fois, je tremble pour votre avenir!

Mais je n'ai plus qu'un mot à vous dire, et je vous laisse à vos propres réflexions.

Si vous acceptez les enseignements de l’Église et si vous êtes décidés à lui obéir comme des enfants soumis, cette Église sainte, qui est l'épouse de Jésus- Christ, deviendra votre épouse : elle vous prendra dans ses bras; elle vous pressera sur son cœur; elle vous élèvera à la sublime dignité de prêtres du Nouveau Testament; elle vous donnera sur la terre un honneur supérieur à celui des rois et des empereurs. En la servant avec fidélité, vous êtes assurés de recevoir la plus glorieuse couronne au ciel, après avoir été sur la terre, l'objet du respect et des hommages du peuple chrétien.

Mais, si vous rejetez les doctrines de l’Église pour suivre les fausses lumières de votre raison orgueilleuse, dans l'interprétation des Écritures, vous devenez des hérétiques, des apostats, des protestants ! Vous vous déshonorez sur la terre, pendant cette courte vie, et vous vous perdez pour l'éternité !

Notre supérieur, après ces foudroyantes paroles, nous laissa. Mais, à peine était-il sorti, que plusieurs des ecclésiastiques se mirent à rire aux éclats.

Deux d’entre eux, dégoûtés de la faiblesse des raisons apportées à l’appui du célibat, quittérent le séminaire peu de semaines après, et rentrèrent dans les rangs de la vie laïque.

Pour moi, je restai interdit, comme si un coup de foudre m’eût frappé. Je pleurai amèrement d'avoir si publiquement blessé mon supérieur, mon ami et mon bienfaiteur tout à la fois; mais je n'étais pas moins affligé et profondément humilié d’avoir osé opposer ma faible raison à celle du pape et de l'Église.

Je n'avais d'abord cru combattre que les idées de mon supérieur; et, comme il m'était permis de le croire faillible, il me semblait que je pouvais légitimement opposer ma faible raison à la sienne. Mais je m'étais aperçu, trop tard, que ce n'était pas ses opinions, mais les doctrines de l'Église qu'il avait développées. C'était donc réellement contre ma grande et infaillible Église que j'avais lutté, ou plutôt, dans ma pensée, c'était contre Dieu même que j'avais eu l'audace de raisonner, puisque mon Église n’était que la voix infaillible de Dieu.

Après une nuit d'angoisse, ma première action fut d’aller me jeter aux pieds de mon confesseur, pour le conjurer de me pardonner le crime que je croyais avoir commis. Je reçus une sévère réprimande, qwil adoucit pourtant, à la fin, quand il vit ma sincére douleur, par les paroles les plus paternelles.

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Si j'eusse écouté la voix de mon intelligence et de ma conscience, j'aurais assurément quitté le séminaire à cette époque: mais j'étais sincèrement catholique-romain, Il me fallait donc de nouveau livrer un combat à mort à mon intelligence et à ma conscience.

Il m'avait pourtant bien semblé les avoir déjà complètement immolées et tuées plus d’une fois; mais elles revenaient chaque fois à la vie avec une ténacité qui m'épouvantait. Après une lutte terrible, j'espérais de nouveau les avoir terrassées pour toujours, Il se fit bientôt en moi un profond silence, c'était le silence de la mort. Mon confesseur m'assura que c'était Ja paix de Dieu, et je le crus. Je me décidai donc à n'avoir plus d'autre volonté, d'autres désirs, d’autres projets que ceux que mes supérieurs voudraient me suggérer, bien persuadé que Je ne serais pas responsable devant Dieu de mes erreurs, tant que je serais parfaitement docile à la voix du pape me parlant par mes supérieurs.

Qu'avais-je, en effet, à craindre, en immolant entièrement ma raison et ma “onscience au pied des autels de mon Eglise, pour ne plus suivre qu’elle? J'étais faillible, elle était infaillible; j'étais faible, elle avait la force de Dieu; j'étais petit comme un atome, elle couvrait le monde de sa gloire; j'étais ignorant, elle avait toutes les lumières du Saint Esprit. Je me décidai donc à ne plus penser que ses pensées, à ne plus vouloir que sa volonté, à ne plus vivre que pour elle et par elle. Et ce fut avec ces sentiments de profond respect et de sincère dévouement à mon Eglise que je résolus de me consacrer entièrement à son service, et que je fis le vœu du célibat, le 18 mai 1839, en recevant l'ordre du sousdiaconat.

XIV. Immoralité de la théologie de Rome; la mère des impudicités et des abominations de ia terre.

(Apocalypse XVII, 5.)

C’est le front couvert de honte et le cœur plein d'un dégoût inexprimable, que Je me sens forcé par ma conscience de révéler les turpitudes de la théologie de Rome.

Elles sont tellement immondes, qu’il ne m'est pas même possible de les exprimer dans une langue comprise par le peuple.

Quelque corrompues qu’aient été les nations païerines, il n'y a rien dans leur histoire de comparable à la dégradation du théologien et du prêtre de Rome,

Avant que la théologie de l'Eglise romaine fût sortie des antres ténébreux de l'enfer, le monde avait sans doute connu bien des souillures; mais jamais le vice n'avait élé réduit en système; jamais la corruption la plus éhontée n'avait été publiquement enseignée dans les écoles de prêtres, sous le prétexte de sauver les âmes.

Non! les prêtres de Sodome même n’avaient jamais été forcés d'assister à de longues discussions où les sujets les pius immoraux, les horreurs les plus inconcevables, sont l’objet des études les plus minutieuses, et cela sous le prétexte d’honorer Dieu.

Que ceux qui comprennent le latin lisent les pages qui font suite à ce chapitre, et qu'ils disent s’il n’y a pas là de quoi faire rougir le libertin le plus débauché. Et qu’on se rappelle bien que ces horreurs sont étudiées, apprises par cœur, par des hommes appelés à vivre sans femme, voués à un célibat perpétuel.....! Car ne n’est qu'après lui avoir fait faire

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logie à ces mystères d’iniquité !

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A-t-on jamais va une comédie plus sacrilége ? Obliger un jeune homme de vingt ans à faire un vœu de chasteté perpétuelle, puis, un instant après, mettre sous Ses yeux les choses les plus impures! jeter dans son âme les ordures les plus sales! remplir sa mémoire des infamies les plus dégoûtantes ! chatouiller lous ses sens, souiller ses oreilles, son corps, non pas par des fantômes, mais par des réalités capables d'effrayer des prostituées!

Car, que l’on ne s’y trompe pas, il est impossible, absolument impossible d'étudier ces questions, d’approfondir :es mystères, sans que le corps, aussi bien que l'esprit n’en soient souillés.

D'ailleurs, l'Eglise de Rome ne le cache pas; elle n'en fait pas même un secret aux victimes de son incomparable corruption: elle leur dit franchement que l'étude de ces questions va agir d’une manière irrésistible sur eux! Mais pour les tromper et les perdre plus sûrement, pour les empêcher de voir l'abime creusé sous leurs pieds, elle ajoute « qu’il ny a pas de péché pour eux dans ces impuretés, » (Dens, Vol. I, p. 315)

Avant de corrompre le cœur et le corps de sa victime, Rome se voit obligée de l’ensorceler : elle met à ses lèvres sa coupe empoisonnée ; puis elle chasse Dieu de son âme et la tue.

Quelle réponse Rome donne-t-elle à ceux qui lui reprochent les inconcevables impuretés dont ses livres de théologie sont remplis ?

« Ces livres sont écrits en latin, dit-elle : le peuple ne peul les lire; ils ne font donc de mal à personne.»

Cette réponse n’est qu'un honteux subterfuge. En la faisant, Rome avoue que si le peuple avait accès à ces livres et pouvait les comprendre, il en résulterait un grand mal.

Mais tous ces détails d'une impureté sans égale, est-ce que tous les jours cent mille prêtres ne son! pas obligés, non seulement de les interpréter aux peuples dans toutes les langues, mais encore de les faire couler dans l'oreille, l'âme et le cœur de toutes les femmes et de toutes les filles que Rome tient dans ses fers ?

Je défie le plus hardi apologiste de l'Eglise romaine de nier :e fait: Sur cent femmes qui se confessent, il y en a quatre-vingt-dix-neuf à qui le prêtre est obligé, en conscience, de parler sur les matières traitées en latin dans le chapitre suivant. Or, en supposant que chaque prêtre confesse en moyenne cinq femmes par jour, ce qui est certainement audessous de la vérité, nous voyons que les cent mille prêtres romains entendent tous les jours la confession d’un demi-million de femmes.

Comment, après cela, être surpris de l’affreuse corruption qui règne dans l'Eglise catholique? Rien de plus naturel donc, que la rapide décadence des nalions soumises au joug dégradant du pape,

Les statistiques de tous les pays s'accordent à nous montrer qu'il y a deux fois plus de prostituées, de bâtards, de meurtres, de vols et de parjures chez les nations catholiques-romaines que chez les protestantes.

Comment les catholiques-romains pourraient-ils garder quelque dignité dans leurs mœurs, tant qu'il Y aura parmi eux cent mille prêtres obligés, en conscience, de souiller au confessional l’oreille, l’âme et le cœur de leurs mères, de leurs femmes et de leurs filles ?

Que l’on ne pense pas que je parle ainsi de la Corruption de la théologie de Rome par un sentiment de mépris ou de haine contre les professeurs de

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théologie qui m'ont initié à ces mystères d’iniquité. MM. les abbés Raimbault et Leprohon étaient et sont encore à mes yeux des hommes aussi vénérables qu'on peut l'être dans l'Eglise romaine. Ils élaient les victimes des mêmes illusions que moi Comme moi, et comme tous les prêtres de Rome, ils étaient plongés, sans le savoir, dans la plus dégradante ignorance morale; ils se débattaient comme moi sous un joug qui enchainait leur intelligence et :ouillait leur cœur. Nous étions, tous ensemble, embarqués sur un vaisseau magnifique en appar- .e; mais ce navire, mal piloté, devait se briser sur des rochers inconnus, où nous avons tous fait naufrage, et où j'aurais infailliblement péri moi-même, si le Seigneur ne m'eût sauvé comme par miracle.

Je puis les plaindre, mais les baïr, les mépriser, jamais ! Ce n’était pas plus leur faute si Rome nourrissait ma jeune intelligence de fables et d’ordures, que ce n'était la mienne s'ils n'avaient eux-mêmes jamais eu d’autres aliments.

Il était visible, d’ailleurs, que ces deux hommes souffraient profondément quand ils se voyaient obligés de nous entretenir de ces honteuses questions.

| Leur conscience d’honnête homme, qui voulait leur

imposer silence était évidemment en conflit avec leur conscience de prêtres et d'esclaves du pape. qui leur disait : « Parlez! »

Après chacune de ces leçons, nous nous retirions tout honteux de ce que nous venions d'entendre, car ces infamies s’attachaient à nos cœurs comme la rouille S'ätlauhe à l'acier le plus poli, pour le dévorer.

Plus d’un de mes compagnons d'étude en théologie m’a avoué, avec des larmes de rage et de honte, qu'il regrettait de s’âtre engagé, par les vœux du sous-diaconat, à servir l'Église de Rome.

Un jour, l’un d'eux, nommé François Désaulniers, se trouvant indisposé, et se faisant soigner dans m4 chambre, me dit, sans détour :

— Chiniquy, que penses-tu des matières qu'on nous fait étudier, depuis quelque temps? N'est. pas souverainement honteux de nous remplir l’imaginalion de pareilles ordures ?

— Je ne puis assez te dire, lui répondis-je, le dé. joût que j'éprouve. Si j’eusse pensé qu’on dût nous faire marcher dans une pareille boue, je ne me sesais assarément pas enrôlé sous la bannière à laquelle 4 ai cloué, comme toi, mon avenir.

— Dais-tu que je suis décidé à ne jamais être prêtre? me répliqua Désaulniers. Car lorsque je s:nge que les prêtres sont obligés de parler aux femmes qu'ils confessent de toutes cos matières, le cœur me manque d'avance.

— Je ne suis pas moins troublé que toi sur mon avenir, lui répondis-je. La tête me tourne et le cœur me manque aussi, lorsque j'entends les théologiens nous dire qu’il nous faudra questionner les femmes et les filles sur ces horreurs. Il me semble que c’est un rêve pénible, qui se dissipera. Je ne puis réellement croire que notre Église, si pure et si sainte qu'elle ne veut se faire servir que par des vierges, nous obligera à souiller notre langue, nos pensées, notre àme et notre corps même, en parlant à des femmes sur des questions dont la simple pensée fait rougir.… Mais voici l'heure où M. Leprohon à coutume de nous visiter; veux-tu me promettre de me soutenir dans les observations que je vais lui faire à ce sujet ? J'espère obtenir de lui l'assurance que nous ne serons pas obligés de nous souiller au confessional par ces questions, Ilest si honnête et si saint lui-même qu'il n'a jamais dû faire à ses pénitentes ces honteuses questions.

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En dépit de ce qu'affirment les théologiens, M. Leprohon a nous donner à espérer qu’il nous sera permis Je garder nos lèvres et nos cœurs chastes, même en sonfessant les femmes.

— Îl y a longtemps que j'ai la pensée d’en parter i netre saint directeur, me répondit Désaulniers ; nais il m'en coûtait toujours d'aborder cette ques ion. Je suis donc content que tu en prennes l'initiative Nous allons savoir mieux que jamais à quoi nous 2n tenir sur les mystères du confessional. Si on nous lispense d'interroger les femmes sur ces t«jois im noraux, je consentirui à être prêtre ; autrement, mon parti est pris, je ne le serai jamais!

Quelques minutes après, M. Leprohon entrait pour savoir comment nous avions passé la nuit. Après ui avoir exprimé notre reconnaissance de sa bonté envers nous, j'ouvris les volumes de Dens et de Liguori qui se trouvaient sur la table, et, montrant du loigt, tout en rougissant de honte, les infâmes quesions traitées dans ces pages, je lui dis:

— Après Dieu, c’est vous qui occupez la première place en mon cœur. Depuis que ma mère est morte, j'ai oncentré sur vous toute l'affection filiale que je lui portais. Vous êtes mon bienfaiteur et mon père ; vous allez donc me donner les lumières et les direcions dont j'ai besoin en cette heure de trouble, par laquelle le bon Dieu veut que je passe.

Sur votre conseil, j'ai reçu dernièrement l'ordre du sous-diaconat, et j'ai fait le vœu de chasteté perpétuelle ; mais, je dois vous l'avouer, je ne savais guère ce que je faisais, et Désaulniers vient deme dire la même chose. Avant ces dernières semaines, il ne comprenait pas mieux que moi la nature de ce vœu, ni les difficultés qui surgiront à ce sujet, à chaque pas de notre vie de prêtre.

Mais Dens et Liguori ont développé en nous de nouvelles connaissances ; ils nous ont fait marcher dans des régions toutes nouvelles et inexplorées pour nous. Et je suis bien convaincu que non seulement tous ceux qui ont fait les mêmes vœux depuis que je suis au

séminaire, mais encore tous les prêtres qui fréquen. à

tent cette maison, pourraient en dire autant.

Mais je ne parle pas ici pour eux, je ne parle que pour Désaulniers et pour moi-même, Dites-nous si nous serons réellement obligés de parler aux femmes et aux filles que nous confesserons, des matières impuresetindécentes mentionnées par ces théologiens?

— Suns aucun doute, nous répondit M. Leprohon: les vénérable- et saints théologiens dont nous avons les écrits sous les yeux sont positifs sur ce sujet, 1| faut de toute nécessité que vous interrogiez vos pénitentes sur ces matières. Car les femmes sont, en général, trop timides pour avouer d’elles-mêmes les péchés dans lesquels elles tombent encore plus souvent qu» les hommes,

— Mais. lui répliquai-je, vous nous avez fait faire serment de rester chastes toute notre vie, et voici que vous nous mettez dans l'impossibilité absolue de tenir ce serment! Car les théologiens sont unanimes à nous dire que les questions qu’il nous faudra adresser à nos pénitentes et les aveux qu'elles devront nous faire de leurs actions impures et secrètes, agiront puissamment sur nos organes, et que nos corps en seront souillés.

Ici Désaulniers m'interrompit, en disant à M. Le. prohon: Ce que Chiniquy vous dit là est justement ce qui me trouble et m'épouvante aussi. Ne serionsnous pas plus chastes et plus purs en vivant avec nos épouses? Je pourrai bien paraître chaste aux yeux des hommes, mais que serai-je devant Dieu?

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Le peuple me croira fort, honnête, pur; mais je do serai qu'un roseau brisé, et Dieu sera témoin qi : la confession d'une femme m'aura fait tomber dahs l'abime, en m'arrachant la couronne de chasteté qhe j'aurai pourtant payée si cher! Les hommes re " vénèreront comme si j'étais un ange de pureté; mi +: ma conscience me dira que je ne suis qu'un habile hypocrite, L4 +.

Le confessional est, de l’aveu de tous les théok., er à

giens, de votre aveu même, le tombeau infaillible 48

la pureté de l’âme et du corps. Je ne serai dc 1e AP

plus qu’un de ces tombeaux recouverts d'or et le parfums, mais rempli de pourriture et d'infection 7. Ce discours, d’une hardiesse sans pareille, a: visiblement affligé et surpris notre pieux supérie: Il était bien rare que ses élèves lui parlassent a cette indépendance. Il ne nous cacha pas la pe profonde qu'il éprouvait de notre hardiesse. AF nous avoir repris avec autant de ferreté et de char que possible sur ce qu'il appelait e notre attaipi anti-chrétienne contre une l'Eglise, » il réfuta de son mieux Désaulniers ; puis 4} me parla à peu près en ces termes : di

— Mon cher Chiniquy! je te l'ai déjà dit bien des $

fois, tu t'occupes trop à raisonner quand la religi te dit que tu ne devrais qu'obéir avec l’humilitt 4 la docilité d'un enfant.

Qu'est-ce que cela prouve? C’est que le démo, #,

La théologie de St-Thomas, de Dens et de Ligwor? %

s plus saintes lois «ie su 2

ee ds

. est approuvée par les évêques et les papes: elle est

… prouvée par l'Eglise toute entière.

Comment ne vois-tu pas le ridicule, l'impiété et le danger de ta position? D’un côté sont rangés tous * © n0$ saints papes, nos vénérables évêques, nos savants théologiens et prêtres, sans compter les deux cent millions de fidèles, qui, comme une innombrable dfmée, les soutiennent ; — et qu'est-ce que je vois de l’autre côté, pour attaquer et renverser cette in- Macible armée de Dieu? Mon pauvre petit, quoique bién cher Chiniquy!!

Comment ne trembles-tu pas d'opposer ta faible

raison à la raison supérieure de tant de grands papes,

de saints évêques, de nombreux théologiens, de l’E-

. lise toute entière? N'est-ce pas comme si le petit

"grain de sable qui est là-bas, au pied de la mon-

#lagne, s’avisait de renverser la montagne? Ne dirait-

| oi pas que la petite goutte d'eau veut repousser

l'océan hors de son lit profond, ou changer les courants

#ésistibles des mers polaires ?

” Crois à mon expérience: suis mes conseils avant

.au'il soit trop tard, Que le petit grain de sable reste tranquille à la base de la montagne; c’est

ce qui convient à son extrême petitesse. Que la

. Foutte d’eau se laisse entrainer. sans murmure, par leS grands courants des mers sans rivages, et tout ira mieux pour elle,

Tous les bons prêtres qui ont confessé avant nous Se sont sanctifiés, bien que leurs corps ient été Snuillés par la confession des femmes. Ces misères ïe sont que des infirmités de la nature humaine, les ne peuvent souiller une âme qui veut rester unie à Dieu.

Le rayon de soleil se souille-t-il en descendant dans la boue? Non: ce rayon reste pur, et il retourne

sans | cœur père, il rest cident Dan d'état homm mère :

besoin et aux entend doivent sure q D'’ail de ces teur m' entre v J’ava nous ré par un de nos l'idée d océan, montagi tout à le je n’étai Et ce en desce pur vers blouissar l'âme « pressenti impostur hi le cor

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sans tache vers l’astre radieux d'où il émane, [Le cœur d’un saint prêtre comme sera le tien, je l’espère, est semblable au rayon de soleil dans la boue: il reste pur et sans tache, même au milieu des accidents inévitables à Ja confession.

Dans votre ordination, vous recevrez des grâces d'état qui vous transformeront en de nouveaux hommes; vous prierez la sainte Vierge, et cette bonne mère vous obtiendra toutes les grâces dont vous aurez besoin, Les faiblesses dont les théologiens parlent et auxquelles, je vous l'avoue, tous les prêtres qui entendent les confessions des femmes sont sujets, ne doivent pas vous troubler, puisque l'Eglise vous assure qu'elles ne vous seront pas imputées à péché,

D'ailleurs, je ne veux plus que vous me parliez de ces questions, et, autant que mon titre de directeur m’en donne le droit, je vous défends d’en parler entre vous.

J'avais eu l'espoir que notre cher M. Leprohon nous répondrait par de bonnes raisons; mais c'était Par un coup d'autorité qu'il voulait empêcher la voix de nos consciences de se faire entendre, Cependant l'idée de cette goutte d’eau en révolte contre le vaste Océan, de ce grain de saine voulant renverser Ja Montagne, m'avait singulièrement frappé et humilié tout à la fois. J’en restai tout anéanti et confus. Mais je n'étais pas convaincu.

Et ce rayon de soleil, qui ne se souillait pas, même en descendant dans la boue, et qui remontait toujours pur vers l’astre radieux d’où il émanait, tout en m’éblouissant par ses beautés, me laissait au fond de l'âme ün trouble inexprimable. J'avais comme le Pressentiment que j'étais en présence d’une grande imposture et d'un brillant Sophisme, dont je n’avais hi le courage ni la force d'approfondir et de réfuter la fausseté,

oo —

Presque tous les mois, depuis plus de dix ans que j'étais au séminaire de Nicolet, des prêtres du diocèse des Trois-Rivières et d’ailleurs venaient, par ordre des évêques, passer des semaines entières en retraite et en pénitences forcées, pour avoir eu des relations illicites avec leurs nièces, leurs servantes ou quelques-unes de leurs belles paroissiennes. Peu de temps avant cette conversation, le curé de St-François, M. l'abbé Amiot, n'avait pas eu moins de deux enfants dans la même semaine, de deux sœurs. (C'était même un fait public que l’une d'elles avait accouché au presbytère, pendant que l’évêque y était en visite pastorale.

Tous ces faits, qui étaient aussi évidents que la lumière du soleil en plein midi, s’harmonisaient bien peu avec les brillantes théories de notre directeur sur ces rayons de soleil qui ne se souillaient jamais, même en descendant dans la boue. Ils m’étaient plus d’une fois venus à la mémoire pendant son discours, et plus d’une fois j'avais ouvert la bouche pour lui demander si tous ces rayons de soleil (les prêtres) avaient réellement fait le voyage de la boue à l’astre lui neux sans emporter avec eux quelques grains de la poussière de la terre? Mais le respect que je lui portais m'avait chaque fois commandé le silence.

Lorsque je fus seul, je demandai pardon à Mieu d’avoir osé penser autrement que les papes et les théologiens de Rome, d’avoir osé un moment différer d'opinion avec ces deux mille évêques et ces deux cent millions de fidèles auxquels j'étais uni par les liens de la foi. Je m’en voulais d’avoir eu l’impardonnable présomption d’opposer un seul instant ma misérable petite intelligence à tant de grandes et saintes intelligences!

Ile Dieu âme, force ques tient une « regar âme impie c'est romai Dieu que se le pa pau vri Dieu son E que le blant, les or:

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[élas! je ne comprenais pas alors que lorsque le Dieu de la lumière et de la vérité descend dans une âme, il y répand plus de lumière, de vérité et de force qu’il n’y en a dans tous les papes, tous les évé. ques et les deux cent millions d'esclaves que Rowe tient dans ses fers. Il me semblait alors que c etait une damnable impiété de penser par moi-même, üe regarder les choses religieuses avec les yeux de mon âme et de mon intelligence, Quelque abrurde et impie que soit cette pensée, c'était la mienne, comme c’est encore celle de tous les malheureux catholiquesromains; oui, C'était ma ‘royance bie:: sincère que Dieu ne pouvait pas ::‘clairer directement mais que ses lumières de: 61: nécessairement passer pa le pape et son Eglise! Je croyais avec tous ces pauvres aveugles, qu’il y avait entre moi et mon Dieu deux inaccessibles Montagnes: le pape et son Eglise! Je n'avais pas le droit d'aller plus haut que les pieds du pape, et c'était Jà que, tout tremblant, le front courbé dans la poussière, j'attendais les oracles du ciel,

Les promesses et les lumières du Saint-Esprit n'étaient que pour le pape. Or, c'était par ses théologiens seuls que ce pape me donnait ses oracles : je venais de l’entendre de la bouche de mon supérieur. Ecouter la voix de ma conscience, qui me disait que ces théologiens étaient des menteurs, des assassins des âmes, des aveugles conduisant d’autres aveugles, c'était donc courir à ma perte éternelle.

Dieu seul sait quelle terrible nuit je passai entre les cris de ma conscience et la voix menteuse des théologiens de Rome. Je me roulais sur mon lit, que j'arrosais de mes larmes! Je criais à Dieu d’avoir pitié de moi!

dr AND. —

Et le Seifreur, qui est riche en miséricorde, a vu mes larmes, il a entendu les cris de ma douleur; il a eu pitié de moi.

Mais l'heure de mon salut et de ma délivrance n’avait pas encore sonné: Dieu voulait me laisser plus longtemps dans la terre d'Egypte, accablé par le joug pesant et dégradant de Pharaon. Il voulait que je connusse toutus les ténèbres et toutes les plaies de cuite terre d esclavage, afin de me faire soupirer davantage après les saintes lumières et les joies pures de la terre promise, dans laquelle sa miséricorde devait plus tard me conduire. Que son saint nom en soit éternellement béni!

François Désaulniers, qui, comme il me l'avait dit, n'a jamais voulu être prêtre, est resté dans les ordres du diaconat toute sa vie. Il professait la philosophie à Nicolet. C'était un homme qui parlait peu, mais qui pensait beaucoup. Il me semble le voir encore, se retirant à l’écart et restant seul et pensif des heures entières, pendant que les autres élèves et les professeurs s’amusaient, chantaient et se promenaient sur les bords enchantés de la rivière de Nicolet. Il était bon logicien et habile mathématicien. Mais, quoique affable envers tous, il était peu communicatif: j'étais probablement le seul avec qui il s’expliquât sur les doutes et les inquiétudes dont il était constamment assiégé sur les grandes questions de l'Église, de la foi, de l’histoire et de la discipline ecclésiastique.

Il me répétait souvent: Je voudrais n'avoir jamais ouvert un livre de théologie. Nos théologiens n'ont ni cœur, n' âme, ni logique. Les uns approuvent le vol, le mensonge, même le parjure. D'autres nous traînent, sans honte et sans pudeur, dans des marais de boue et d’ordures qui soulèvent le cœur.

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Presque tous voudraient faire de nous des assassins | Suivant eux, Jésus-Christ ne serait qu’un chef de brigands! Ses disciples ne devraient prêcher qu’armés du fer et du feu, afin d’exterminer les impies et les hérétiques! Si nous croyions les théologiens, nous devrions massacrer tous les protestants, pour les mêmes raisons qu'on assomme les loups qui rôdent autour de nos bergeries. Les mains encore teintes du sang de la Saint-Barthélemy, nos théologiens nous parlent de religion, de charité et de-Dieu, de façon à faire entenare qu'il ne peut y avoir au monde ni religion, ni charité, ni Dieu.

XV. Quelques-uns des sujets sur lesquels le confesseur doit interroger ses pénitentes.

Qu: les législateurs, les pères et les époux lisent ce chapitre, et qu'ils considèrent si le respect qu'ils doivent à leurs mères, à leurs épouses et à leurs filles ne leur fait pas un devoir de leur interdire la confession auriculaire.

Comment la femme peut-elle se conserver pure de cœur et d'esprit après avoir conversé avec un homme non marié sur ces matières? f

L'esprit plein de ces souvenirs, le cœur souillé. flétri par ces ordures, la catholique-romaine n'est-elle pas plus propre à habiter les repaires du vice qu'à figurer dans la maison d’un honnête homme ?

Voici quelques-uns des sujets sur lesquels Dens veut que les confesseurs interrogent luurs pénitents et pénitentes :

1. Peccant uxorces, quæ Susceplum viri semen bjiciunt, vel ejicere conantur. (Dens, vol. vu, p. 147.)

2. Peccant conjuges mortaliter, si copuld inceptd, prohibeant seminationem.

3. Si vir jam Seminaverit, dubium fit an femina lethaliter peccat, si se retrahat a Seminando ; aut peccal lethaliter vir non expeclando seminationem uæoris. (p. 153.)

4. Peccant conjuges inter se circa actum conjugalem. Debet servari modus, sive situs; imo ut non servetur debitum vas, sed copula habeatur in vase Præpostero, aliquoque non naturali. Si fiat accedendo & posters, à latere, stando, sedendo, vel si vir sit süczumbus. (p. 166.)

9. Impotentia. Est incapacitas perficiendi copulam carnalem perfectam cum Seminalione viri in vase Se debito, seu, de se, aplam gencrationi. Vel, ut si mulier sit nimis arcta respectu unius, non respectu alterius. (p 273.)

6. Notatur quod pollutio, in mulieribus possit perfici, ila ut semen earum non effluat extra men- Orum genitale. Indicium istius alleyat Billuart, si scilicet mulier sensiat seminis resolutionem cuin mMmagno voluptatis sensu, qud completd, passio satia- Lur. (Vol. 1v, p. 168.)

7. Uxor se ACCUSANS, in confessione, quod negaverêt debitum, interrogatur an ea: pleno rigore juris sui id petiverit. (Vol. VII, p. 168.)

8. Confessarius Pænilentem, qui confitetur se pec- Cusse Cum sacerdote, vel solicitatam ab eo ad turpia, potest interrogare utrum ille sacerdos sit ejus confessa-

rdus, an in confessione sollicitaverit. (Vol. vi, p. 294.)

Il y a dans les quatrième, cinquième et septième volumes des œuvres de Dens encore beaucoup de ces choses inexprimables, sur lesquelles ce casuiste exige que le confesseur interroge ses pénitents et pénitentes, mais qu’il vaut mieu

X passer sous silence.

Venons-en maintenant à Liguori, Ce fameux théo-

logien n’est pas moins ignoble que Dens, dans ses ques-

tions au de citer du pape

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