ANNÉES
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dont 14 victimes
des bombes.
dont 10 victime.s
des bombes.
dont 1 victime des bombes.
dont 38 victimes
des Lombes.
(1" trimestre).
dont 12 victimes
des bombes.
trimestre).
(1) En 1917, la mortalité est très élevée par suite des décès, à l'hôpital, des prisonniers civils amenés de tous les côtés et des évacués de CroisilLes et environs.
désert ; nous ne devons pas les ravitailler, cela crée des situations extrêmement critiques, dans lesquelles les abus sont nombreux. Nous faisons de notre mieux, sans avoir la satisfaction de pouvoir faire ce qu'il faudrait.
S'il fallait encore passer un hiver dans ces conditions, je me demande comment il serait possible d'éviter les actes de colère des révoltés contre leurs souffrances.
Nous entendons encore très fort le canon dans la direction de Bapaume, AiTas, sans rien connaître de ce qui se passe. Les aéroplanes viennent de plus en plus, leur tir est aussi précis que possible ; nous avons encore passé une semaine sans avoir de victimes civiles.
18 juillet 1918. — La lutte d'artillerie, dans la direction Arras- Albert, s'est fortement intensifiée, depuis quelques nuits principalement. Nous ne savons pas s'il y a d'autres combats! Nous avons encore été émus en apprenant que les Allemands, il y a deux jours, avaient pu passer la Marne et avaient fait 13 000 prisonniers ; de puisnous avons appris que cette nouvelle offensive avait été immédiatement enrayée. Mais comment se fait-il que toujours
OFFENSIVE ANGLAISE (NOVEMBRE 1917) oTl
ils aient un commencement de succès? Quand notre tour viendrat-il de prendre la grande, la vraie offensive?
Nous avons bien quelques personnes qui subissent une forte dépression, chez elles la -détresse morale s'accentue de plus ea plus, elles sont fatigués d'être constamment leurrées.
Notre quatrième 14-Juillet sous la domination boche a encore été plus triste que les autres.
Les esprits se montent de plus en plus, les caractères s'aigrissent, la révolte est à l'état endémique dans beaucoup de villages et il faudrait énormément de doigté aux maires pour détourner de la manie des pétitions, je m'astreins à les toutes examiner, comme du reste je le fais pour toutes les plaintes, je prêche la concorde et la diplomatie. Que deviendrons-nous s'il nous faut passer l'hiver avec la fatigue au milieu de privations qui s'accentuent de plus en plus?
J'ai vu vendre des bottines de dame 320 francs ; elles étaient très ordinaires.
Pour ne point laisser de repères aux aviateurs, les Allemands ont fait sauter les cheminées d'usines à Cambrai. Les escadiùlles ne se lassent pas dans leurs visites ; très souvent elles réussissent leurs exploits. Nous n'avons pas eu d'accidents aux civils, c'est extraordinaire.
Ils prennent de plus en plus à partie l'Archevêque. Trois jours de suite, la semaine dernière, il a dû se rendre chez le major de place pour subir chaque fois pendant quatre heures un interrogatoire rempli de pièges : le juge de guerre y assistait pour l'inculper s'il avait eu une petite défaillance. Officiellement ils faisaient une enquête sur la véracité et l'origine des plaintes portées contre eux, mais réellement ils ont voulu édifier sur les réponses faites un échafaudage de réfutation reposant sur leur fourberie. Ils ont commencé par dire qu'ils rédigeaient un procès-verbal sans importance qui n'aurait même pas à être signé. En fin de compte, après avoir promis d'en remettre un double, ils ont exigé qu'il soit signé sur l'original rempli de ratures, additions, rectifications non approuvées. Deux jours après, ils ont fait savoii' que l'autorité supérieure s'opposait à ce qu'il fût remis une copie. Ils ont mêlé à cela le Pape et le ministre de la Guerre sans dire jamais ce qui en était. Maintenant il faut craindre qu'ils ne publient une défiguration des dires, des intentions de l'Archevêque, et que cette publication soit faite sous sa signature.
21 juillet 1918. — C'est décidément le dimanche 11 août qu'aura lieu la remise officielle par l'autorité allemande, à la municipalité de Cambrai, du cimetière créé par les soldats route de Solesmes. Les invitations en forme convenable ont été faites. Il y aura une cérémonie solennelle qui est annoncée devoir durer quarante*-cinq minutes.
Une douzaine de personnes ont été arrêtées, puis relâchées huit jours après. La prévention était encore de télégraphie sans fil.
Les trente-quatre malheureux habitants de Noyelles qui étaient encore à Cambrai ont reçu un ordre définitif de rentrer demain à ce qui a été leur village. Il n'y a plus rien à faire pour empêcher cette cruauté. Que vont-ils devenir? Ils partent courageusement. L'isolement sera complet, ils sont privés de tout. A quel mobile obéissent les Boches? Y en a-t-il un? Je crois que cela répond au caprice de l'officier qui, qualifié de commandeur, n'a personne sur qui exercer sa commandanture ! Le major Graemer, qui est toujours chez moi, m'a proposé de me conduire de temps en temps visiter ces exilés ; mais je dois donner par ordre ma délégation de maire à l'un d'eux.
Notre situation militaire sur notre front semble s'être beaucoup améliorée, aussi chacun est réconforté et enclin à voir pour assez prochainement notre délivrance. C'est aller vite en besogne, car après la victoire il faudra leur infliger le châtiment auquel ils ont droit.
Un soldat français, artiste caricaturiste, a orné le réduit de ses chefs, dans une tranchée du côté de Lihons, près Péronne, de fresques représentant un poilu tirant par une corde passée au cou le kaiser, son fils, et d'autres seigneurs de sa sorte. Ils ont trouvé cette caricature très artistique et l'ont fait enlever pour l'envoyer en Allemagne. J'ai pu m'en procurer des photographies.
Il est répandu à profusion en Belgique des jetons de papier sur lesquels le Lion néerlandais et le Coq gaulois sont entourés de l'exergue suivant : « Tout homme a deux pays, le sien et puis la France. »
Je rentre de Valenciennes, où j'ai pu aller deux jours pour m'occuper du ravitaillement. Toujours si bien accueilli par mes amis, j'ai pu faire énormément de choses. J'avais beaucoup de commissions pour des particuliers mais surtout des missions d'intérêt général.
Je suis allé d'abord à la prison, où j'ai pu voir Mlle L'Hôtellier. cette excellente Française a été ramenée d'Allemagne, il y a environ un an ; fort maltraitée, elle a énormément souffert. Depuis quelques semaines, la colère contre elle s'est un peu apaisée. Je l'ai trouvée bien changée, malgré le traitement moins dur qui lui est imposé maintenant. De multiples démarches en vue de la faire relâcher ont échoué.
J'ai conféré avec le maire au sujet de ses organisations spéciales, telles que la vente des légumes.
A Valenciennes, tous les fonctionnaires travaillent pour le bien public.
2 août 1918. — Je suis allé revoir le musée de \'alenciennes
transformé par, les Allemands. Ils ont remisé dans les caves les œuvres d'art exposées en temps de paix et ont garni les murs avec les objets, ramenés par eux, de Cambrai, Douai, Lille, Laon, La Fére, Péronneet des châteaux de la région. Un catalogue a été lait. Le tout est mis en valeur ; les caisses confiées par les particuliers et le clergé sont intactes dans les caves. Tant que le sergent-major docteur Burg sera là, nous pouvons compter sur une surveillance, mais on pai'le déjà beaucoup xlu danger des obus, des aéroplanes, et de l'utilité qu'il y aurait à éloigner ces richesses !
Ici beaucoup de personnes ont déposé des caisses d'objets d'art et d'archives dans les caves de notre musée. Ce n'est pas très bien gardé et le degré de sécurité est très limité, cependant jusqu'à présent il n'y a pas eu de mal.
Les longs jours se suivent et se ressemblent tellement, qu'ajoutés les uns aux autres, on a quand même la sensation qu'ils fuient très vite. La vie est tellement anormale qu'il arrive d'avoir la sensation d'être en villégiature, mais les événements chassent vite ce sentiment pour rappeler à la triste réalité.
Une révision des meubles et métaux qui restent dans nos maisons est faite très sévèrement par un soldat accompagné d'ou\Tiers civils qui doivent nous dévaliser !
Les prix des denrées autres que celles de la C. R. B. s'aggravent toujours, j'ai pu trouver 2 kilogrammes de sucre à 30 francs le kilogramme.
Demain sera fait le service pour dix victimes des bombes tombées hier. Le onzième aura un enterrement civil. Les aéroplanes venus trois fois dans la nuit ont jeté cinquante-six bombes, malheureusement beaucoup sont tombées dans les environs des voies ferrées et des gares, quelques-unes même en plein dans la ville. Les dégâts sont très importants. Dans les gares il y avait en stationnement deux trains. Nous ne pouvons connaître combien d'Allemands ont été tués, le chiffre de 118 est donné comme- provenant de bonne source. Quelques-uns se plaignent amèrement de ce manque de précision du tir des aéroplanes. Ils oublient qu'en plus grand nombre que les Allemands nous sommes mêlés à eux, et que, tout en visant leurs étabhssements, les aéros, pas plus que les canons ou même les fusils, ne peuvent mettre à tout coup dans le but. Toujours est-il que ces catastrophes sont bien regrettables comme tous les actes de guerre. Le major Graemer m'a conduit hier visiter ma colonie de trente-quatre habitants de Noyelles. II est de plus en plus incompréhensible que les Commandantures aient eu l'exigence de les faire rentrer dans ces ruines. Dix, à peine, sont à même de travailler, les autres, dont de tout jeunes enfants, ne peuvent être qu'un embarras. Les 400 prisonniers anglais et italiens campés dans les ruines de la sucrerie pourraient suffire aux besoins des troupes de passage et de la Commandanture. Mes
malheureux concitoj'^ens sont très courageux et ne se plaignent pas. Il est curieux, à cette occasion, de remarquer combien le paysan, quand il fait le sacrifice de tout ce qui lui appartenait, de\àent indifférent à tout ce qui peut lui arriver ensuite.
Nous sommes revenus par Marcoing ; ce grand village détruit et désertique est impressionnant.
Je suis rentré très émotionné de ce voyage fait par un beau soleil d'août !
8 août 1918. — Malgré le dire des journaux allemands qui tiennent à représenter les opérations actuelles comme de grands succès stratégiques pour eux, leurs chants de victoire sont très amoindris, et, sans connaître par le détail les dernières opérations, nous ne pouvons pas douter que les choses ne se modifient en notre faveur.
Nous devons craindre les imaginations qui, insuffisamment satisfaites par des réalités, font raconter des choses qui seront vraies bientôt peut-être, mais qui aujourd'hui tendent à prendre nos désirs pour des réalités. Les actions d'aéroplanes se multiplient d'une façon stupéfiante et terrifiante. Notre malheureuse ville reçoit dans certaines incursions de soixante à quatre-vingts bombes. Le résultat n'est pas toujours ce qu'il faudrait, mais, si les progrès des aviateurs continuent avec la rapidité que nous constatons, cette arme aura bientôt la supériorité sur toutes les autres.
Un bel exploit d'une de nos escadrilles a été dans la destruction d'un aérodrome à Épinoy : trente à quarante avions ont été brûlés ou rendus inutilisables. Malgré tout, il y a encore des personnes pour déplorer ces visites de nos cocardes. Hier et cette nuit il y a eu alerte, le mouvement des troupes est sans discontinuité, les transports par automobiles sont très répétés. Il a dû se passer depuis quarante-huit heures quelque chose d'important dans la direction de Péronne. Quoi?
L'aspect des soldats est nonchalant et triste, le relâchement est inmaense dans leur tenue. Il ne faudrait pas une bien grande victoire de nos troupes pour mettre le complet désordre dans leurs rangs. Quelques officiers ne cachent plus leur découragement. Nous n'avons toujours aucune nouvelle des nôtres, c'est terrible pour nos cœurs et pour nos nerfs.
Ils font tout pour nous cacher les clauses de la convention de Berne, et nous n'arriverons pas à la connaître, il nous a été dit qu'elle permettait à quelques-uns de nos concitoyens de rentrer en France. En attendant, quinze à vingt Cambrésiens, partis depuis six mois pour la France, sont cruellement retenus en Belgique sous de fallacieux prétextes.
Depuis quelques jours nous voyons leurs nouvelles bicyclettes
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sans pneumatique ; ils ont obvié à leur manque de caoutchouc en faisant des jantes en fer rattachées aux roues par une série de ressorts à boudins ; les roues de devant de leurs camions automobiles sont aussi d'une construction spéciale tendant à amortir les secousses. Bref il n'y a plus rien de brillant dans leurs allures.
Le commandeur Gloss se préoccupe beaucoup de savoir s'il y aura des Français dimanche à la cérémonie de remise du cimetière de la route de Solesmes à la ville ; ce matin il a fait arrêter son auto pour me demander si j'irais, et il vient de m'envoyer la traduction de son discours.
Depuis quelque temps ils paraissent fatigués de placarder des affiches d'ordres et de menaces. Le commandeur se contente d'envoyer des notes à faire afficher dans les lieux servant au ravitaillement. L'aspect de la ville est de plus en plus triste, énormément de maisons ont des planches pour remplacer les carreaux brisés, et le nombre de celles en ruines augmente terriblement, il doit être actuellement de 350.
14 août 1918. — Comme c'était prévu, dimanche a eu lieu à 9 heures la remise solennelle du cimetière au maire. Toutes les tombes étaient fleuries. Cinq discours ont été prononcés, dont trois étaient récités par les Allemands en face des objectifs photographiques ! Le meilleur a été celui du doyen de Saint-Géry.
La cérémonie, très bien préparée, a eu beaucoup de solennité. Le commandeur colonel Gloss était accompagné de l'inspecteur des étapes de la 11^ armée venu de Valenciennes ; il y avait également trois ou quatre généraux et beaucoup d'officiers. De la troupe et un bataillon d'infirmières assistaient également à la cérémonie. Il y avait suffisamment de Français pour ne pas laisser isolés ceux qui étaient présents par nécessité ; les curieux faisaient heureusement défaut.
Nous verrons des photographies, car on en a fait à profusion.
Pendant la remise des couronnes au pied des différents monuments, les avions qui bombardaient la ville ont jeté un certain désarroi, et les départs ont été plus que précipités.
Bref, cérémonie très allemande dans un cimetière très allemand. Les soldats inhumés à Cambrai depuis quatre ans sont aujourd'hui au nombre de 4 850 dont 3 950 allemands.
.Le travail des aviateurs est devenu incessant, jour et nuit. Il est impossible de dormir, ceux qui ne couchent pas dans les caves et qui malgré cela veulent être prudents descendent quatre ou cinq fois par nuit dans leurs caves ; chaque visite dure environ une heure et le total de bombes jetées varie de 50 à 100. Cette existence est très fatigante, quelques-uns s'en énervent mais le plus grand nombre supporte cette épreuve avec vaillance. Les dégâts matériels sont très importants, chaque jour nous avons cinq à dix mai-
sons détruites, et quantité d'autres atteintes. Relativement, les accidents de civils restent rares. Par exception la nuit dernière, nous avons eu un tué et trois blessés. Dimanche, il est tombé trois bombes dans ma rue, dont une en face de chez moi. La maison que j'habite, comme la mienne, dont j'ai été chassé, ont eu tous les cai'reaux brisés. J'avais par prévoyance quelques feuilles de verre que je fais mettre en place, mais on bouche surtout les fenêtres avec des planches que nous trouvons très difficilement. La grande consolation générale à cet état de choses réside dans les pertes allemandes, énormes, sur les routes, et importantes en ville.
Il y a quelques jours, la gare de Lourches a été détruite avec une quantité très importante de matériel et de munitions. Ici la gare annexe brûle depuis trois jours, quarante-huit wagons de munitions ont explosé et brûlé, un train sanitaire a été détruit, les bâtiments de la gare n'existent plus. Un dépôt très important de réserves alimentaires a été brûlé ou volé, les dégâts sont évalués à plus de 50 millions. Les abords de la gare sont couverts d'obus exploses.
19 août 1918. — L'incendie en gare annexe est à peine terminé, les dégâts ont été encore plus considérables que les premières évaluations. Le pillage par les soldats des magasins d'approvisionnement a donné lieu à des scènes d'insubordination extraordinaires : non seulement les officiers étaient insultés, lorsqu'ils risquaient une observation, mais le colonel Gloss, commandeur,, ayant prétendu aller faire la police, a été hué, on lui a crié de fermer sa g..., et pour faciliter la chose on lui a jeté une boîte de conserves à la figure ; il a cru alors préférable de partir. Depuis, il a la main bandée, et ce matin il m'a dit qu'il s'était brûlé à la gare 1
Ils ont fait un grand nombre de très belles photos de ce sinistre. Les troupes ont une telle crainte de partir au front et de voyager à pied ou en chemin de fer, par peur des aéroplanes, que les actes d'indiscipline sont fréquents et collectifs. Il y a deux jours, des troupes couchées à terre devant la gare en attendant le train ont refusé de se lever pour s'embarquer, des cris séditieux et grossiers ont accueilli les ordres des officiers, et ils ne sont pas partis. Qu'est-il arrivé après? La veille, à Marcoing, les aéroplanes avaient détruit un train de troupes, chaque jour sans répit ils bombardent et mitraillent les régiments en route. La destruction est grande, mais la démoralisation encore pire. Après les nombreuses nuits passées, pour ceux qui ne couchent pas à la cave, à s'habiller et à se déshabiller, nous avons eu, la nuit de samedi à dimanche, un peu de repos, grâce au temps couvert, avec grand vent. Depuis, les exploits ont repris de plus belle ; deux ouvriers civils de service la nuit à la gare annexe ont été tués, trois autres furent blessés ; quatre locomotives ont été détruites. Mais on ne parvient toujours
pas à connaître le nombre de leurs morts ; dans la gare annexe, ils en auraient plus de 200.
Les aviateurs jettent quantité de petits papiers décourageants qui, font dans l'esprit très fatigué des soldats, une grande impression. L'administration allemande poursuit toujours l'idée de faire habiter les villages évacués depuis novembre dernier ; l'exécution s'en fait très lentement, tellement ils sont réellement inhabitables. Les denrées sont encore plus rares que jamais, j'ai acheté 20 kilogrammes de mauvais sucre pour 370 francs.
Notre sécurité est de plus en plus aléatoire et précaire : samedi soir, M. Léon Bonnel, après avoir lu le communiqué allemand affiché, était entré chez un pharmacien pour regarder sur une carte où se trouvaient les localités énoncées dans le communiqué ; il avait été suivi par la police secrète et ai'rêté sous inculpation d'espionnage. L'affaire n'a pas eu d'autre suite que vingt-quatre heures d'incarcération parce qu'on a fait des démarches, mais cela donne la mesure de notre sécurité.
Hier j'ai eu une grande joie, il m'a été remis une longue lettre de ma fille me donnant de bonnes nouvelles de tous les miens et d'Alphonse (par convention Alphonse désigne la France). Cette lettre me laisse dans l'esprit bien des points d'interrogation, mais j'espère que la source découverte ne va pas tarir, et qu'il m'en viendra d'autres.
26 août 1918. — Il y a aujourd'hui quatre ans que nous sommes tombés sous le joug boche. Pour la cinquième fois nous disons que l'année ne s'achèvera pas sans que nous soyons délivrés des oppresseurs. Il n'est plus possible que nous soyons déçus. Les symptômes de la fin ne sont pas douteux.
Non seulement la force des armées alliées se fait sentir depuis quelques semaines, mais la désagrégation des leurs est certaine. Ils sont cependant encore forts. Mais le nombre des soldats qui n'en veulent plus est très grand, et également beaucoup d'officiers sont au bout de leurs forces morales. Dans mon quartier, qui possède en dehors de la caserne du grand séminaire une multitude de petites casernes établies dans les nombreux établissements d'écoles de toutes espèces, ils ont dû affecter le pensionnat Jeaime-d'Arc à une prison pour déserteurs révoltés. I^es mesures les plus sévères sont exercées pour rattraper ces déserteurs qui se cachent partout. Les moyens de coercition, très apparents, semblent être une véritable excitation à la chose. Nous les voyons ramenés sous la garde de soldats ou de gendarmes, et, chose extraordinaire, ils n'en paraissent pas gênés !
On ne voit plus ces belles troupes passant en rangs réguliers, marquant leur discipline de fer, ce sont maintenant des allées et venues de troupeaux d'hommes marchant en désordre, chargés
comme des mulets, la faiblesse constitutionnelle d'un très grand nombre est pénible à voir.
A part deux nuits d'orage, pendant lesquelles les aéroplanes n'ont pu venir, notre vie est terrible, les nuits sont vraiment affreuses pour nous. Les buts des aéronautes sont souvent atteints^ mais trop souvent encore il y a place pour des destructions fort impressionnantes. Il y a trois jours, une bombe, tombée sur le mur de séparation de la maison que j'habite, l'a détruit ; une autre sur le devant a démoli une maison voisine. Il en est ainsi un peu partout, très heureusement les accidents de personnes sont rares.
Les vitres deviennent de plus en plus rares; garantis avec du papier, ou du carton, ou des planches, nous restons dans l'obscurité. L'A. 0. K. de la XVI I^ armée Marwitz, revenue il y a une dizaine de jours, s'est hâtée de repartir, elle trouvait la ville trop dangereuse. Il y a encore de nombreuses histoires de pigeons voyageurs déposés avec instructions, etc., au miheu des champs. On n'est pas d'accord pour savoir s'ils viennent 'des aéronautes, ou s'ils constituent des pièges allemands ; quelques-uns, persuadés qu'il en est ainsi, s'empressent de leur porter ces trouvailles. On dit même que des aviateurs sont descendus en parachute ! En attendant des jours moins mauvais, il y a de nombreux jeunes gens qui, sous prétexta de charité, trouvent le moyen de se distraire en donnant des concerts et des comédies. Trois sociétés se réunissent ainsi dans les caves de trois brasseries.
Mais la fatigue physique et morale du grand nombre s'accentue chaque jour.
31 août 1918. — Décidément la situation militaire se modifie avec continuité. Nousapprochons du moment où la situation de Cambrai par rapport au front va devenir ce qu'elle était il y a un an. Leurs infirmières quittent la ville ; ces Bochinettes, dont certaines catégories appartiennent à de bonnes familles, ont malgré tout le tact allemand. Une fête de nuit était donnée chez moi à quatre ou cinq avant leur départ. Forcé de descendre à la cave pendant le tir des aéroplanes, ma présence ne les a pas interrompues dans leurs beuveries et leurs chants. J'ai dû remonter et battre en retraite. Malgré cela, je continue à estimer que comparativement au grand nombre, les ofïlciers qui sont chez moi sont mieux. La multitude de soldats débandés est énorme, depuis quelques jours 25 à 30 000 hommes de troupes passent chaque jour vingt-quatre heures à Cambrai. Ce sont, je crois, des débris de régiments qui, reconstitués tant bien que mal, sont aussitôt renvoyés au front. De gros canons allemands placés près de Cambrai ont commencé cette nuit à gronder et tonner, comme l'an passé, lors de l'offensive anglaise de novembre.
Devons-nous espérer approcher du moment de la délivrance.'
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Personnellement je crains que la continuité de l'avance des Alliés n'aille pas sans arrêt jusque-là. Mais il faut être prêt à tout. Ce sera une dure période. Je crois que les courages seront à la hauteur du devoir.
Le mal démoralisateur progresse dans le milieu allemand, et pourrait amener de grandes modifications autrement que par les armes. Le sort des ouvriers civils dans le désert est de plus en plus précaire, beaucoup se sauvent pour éviter les obus, et tous n'échappent pas aux accidents, occasionnés par des faits de guerre, dans des postes où ils ne devraient pas être. Nous voici bientôt arrivés aux mois de mauvaise saison ; pourvu que nous soyons délivrés !
1^^ septembre 1918. — Il nous faut prendre les dispositions que comportent les complications qui peuvent surgir d'un jour à l'autre ; il nous faut être prêts à toute éventualité, depuis la destruction jusqu'à l'évacuation, en passant par le pillage complet. Nous devons donc chercher à mettre autant que possible en sécurité, loin des yeux ennemis, les objets et papiers auxquels nous tenons le plus. C'est, fort difficile ! Depuis quatre ans que nous cachons, nous souviendrons-nous de nos muches? Je ne sais toujours plus ce qu'il y a daïis chacune des miennes ! Quelle vie ! Quelle existence ! Hier le major de chez moi a bien voulu me conduire à Noyelles; nous étions accompagnés d'une vieille baderne de colonel, inspecteur des prisonniers. A la sucrerie, il a passé en revue les Anglais et les Italiens qui y sont campés. Il en a interrogé quelques-uns, mais la visite n'a pas été longue, et je crains qu'elle n'ait rien apporté de m.eilleur à une situation très malheureuse. Les Italiens reçoivent des colis, mais les Anglais n'en ont pas.
Ce qui fut la sucrerie a un aspect de plus en plus épouvantable. Ils ne cessent pas de construire des voies ferrées, pour faciliter les approvisionnements de munitions.
Les débris du pont, qu'ils ont fait sauter sur le canal au mois de novembre, viennent d'être déblayés.
Dans le village, ils logent, dans les maisons quelque peu relevées de leurs ruines, 2 à 3 000 hommes.
Mes trente-quatre concitoyens continuent à ne pas trop se plaindre, les Allemands ne les tourmentent pas.
La Commandanture locale e.ft en constante transformation ; le major qui commandait hier songeait à faire rentrer à Cambrai les habitants. Ceux-ci espèrent pouvoir faire comme ceux qui en novembre sont pai'tis avec les Anglais, et préfèrent ne pas être évacués une deuxième fois.
Nous sommes revenus à Cambrai en passant par Marcoing, Masnières et Rumilly. Quel sinistre aspect ont ces ruines inhabitées par les civils ! Il est très difficile d'apprécier que tel ou tel village
est plus OU moins détruit que son voisin. L'œil ne se repose que sur des destructions, j'avais le cœur très péniblement impressionné. Après avoir fait ce triste voyage, j'ai dû péniblement les remercier d'avoir bien voulu m'y conduire.
Les campagnes, les champs, coupés par des tranchées, des caves à munitions, des haies en fil de fer barbelé, et couverts de mauvaises herbes, ont un aspect désolé qui ferait pleurer, si on ne se raidissait pas contre le malheur.
Depuis quelques temps les affiches ont quelque peu chômé. Cependant une d'elles menace de toutes les peines les communes où des récoltes seraient incendiées, iine autre concerne les prix dans les magasins, un arrêté fixe la saisie des existences en papier, cartons et patrons de tissage, une ordonnance répète l'obligation de masquer toutes les lumières qui pourraient être visibles du dehors, une autre exige que les sacs aux dépêches laissés par les troupes soient reportés, un avis impose le cours forcé des bons de paiement autorisés, enfin une dernière menace les vols de récoltes. Le tout est, comme d'habitude, accompagné de promesses de peines très graves.
l'exode, la mise a sac
11 septembre 1918; Valenciennes. — Nous vivons les jours les plus angoissants que nous ayons encore vus.
11 y a huit jours, l'évacuation, épouvantablement pénible, des habitants de Douai nous laissait entrevoir le même sort pour nous. Au point de vue ravitaillement de la population, nous nous sommes empressés de pourvoir le Comité de la ville. Malheureusement le personnel de l'administration municipale a en partie abandonné son poste vingt-quatre heures après l'ordre d'évacuation donné le jeudi. La Commandanture n'a pas su préciser ses instructions, de sorte que pendant les trois jours accordés pour l'exode de la population, les ordres ont varié plusieurs fois par jour. Il a été presque complètement défendu de partir à pied pour ne pas encombrer les routes, mais, comme il n'y avait pas de moyens de transport, l'autorité allemande a fini par engager officieusement à partir à pied avec les bagages possibles à prendre. Les premiers jours, beaucoup trop de personnes ont pensé pouvoir échapper au départ, mais le samedi c'a été un sauve-qui-peut -général, et le dimanche, dès le matin, les gendarmes forçaient les habitants à sortir de leurs maisons. MalgTé les si grands besoins de leurs moyens de guerre, une quantité énorme de camions automobiles et de voitures se sont chargés de conduire à Valenciennes et ailleurs une petite partie de la population affolée. Les prix sont devenus vite abominables, il a été payé jusqu'à 1 000 marks par
personne. Le plus grand nombre d'autres partaient à pied en poussant un petit véhicule chargé de quelques provisions et de hardes. 11 faut avoir vu ces scènes pour s'en faire une idée, c'est inénarrable ! Bref, le dimanche matin, les huit dixièmes des habitants avaient abandonné leur domicile et tout ce qu'ils possédaient. Le lundi il ne restait pas en ville 800 habitants.
13 septembre 1918. — Le temps était mauvais et les pauvres piétons inspiraient la plus grande pitié. Sans discontinuer, ros émigrés arrivaient à Valenciennes, où chacun faisait d'immenses eiïorts pour alléger les souffrances des uns et des autres. La municipalité a été admirable, et son exemple suivi par la population. Le dimanche matin j'ai subi un marchandage éhonté afin d'obtenir un camion automobile pour transporter une famille qur je tenais à aider ; un ofllcier, qui disposait de deux de ces véhicules, a exigé uniquement que je lui vende six tableaux anciens, pour en mettre un à ma disposition. Il en dépendait un septième lorsque je Fai arrêté dans ses exploits. Il m'a présenté à signer un papier attestant que je lui avais vendu six tableaux et a eu l'audace de m'ofîrir 10 marks comme prix de vente. Il a ensuite recherché d'autres gogos et e^ venu prendre la famille indiquée par moi, lorsque le camion était déjà plein, en exigeant d'elle un pourboire de 150 marks pour le chauffeur ; il n'a pas été possible de prendre tous les bagages, ceux laissés ont été dévalisés avant le départ. Retenu l'après-midi à la Banque de France, j'ai voulu rentrer chez moi vers 5 heures ; dans la petite maison que j'habite, j'ai trouvé deux officiers avec quatre soldats occupés à dévaliser les meubles et à faire des malles qu'ils portaient dans une voiture qui stationnait à la porte. Les meubles étaient éventrés, et ce dont ils ne voulaient pas était jeté pêle-mêle dans les appartements. Après -les avoir chassés brutalement, je suis entré dans ma vraie maison ; deux autres officiers et cinq soldats, qui s'étaient introduits par les fenêtres, brisées la nuit par l'éclatement d'un obus à proximité, se livraient à la même ignoble besogne. Chassés comme les autres, ils m'ont menacé ; j'ai dû aller dîner et coucher à la Banque de France. Ces faits n'étaient pas isolés, toutes les maisons étaient traitées de même, la ville était mise à sac, le pillage était aussi atroce que complet.
La municipalité, très réduite, ne pouvait suffire à tout, malgi'é le zèle des employés Collot et Buffet. Le receveur des finances municipales Carrez, capitaine des pompiers, était des plus dévoués, mais faute d'aide et de moyens il avait dû faire inhumer huit civils sans être ensevelis, sans cercueils. A ce moment, comme tout le temps de cette horrible évacuation, la population a été très vaillante ; on n'entendait pas de plaintes, tous se défendaient de leur mieux contre la calamité. Il est bien regrettable que la fuite pré-
cipitée de ceux qui devaient pourvoir aux distributions des provisions n'ait pas permis de remettre à chacun tout le nécessaire.
La nuit s'est passée sans bombardement plus intense que précédemment ; il paraît du reste qu'il en a été de même les jours suivants.
Le lundi matin je suis parti en camion pour Valenciennes avec les archives de notre administration de ravitaillement et une partie de notre personnel.
Pour ne pas pleurer, on alTectait une sorte de liberté d'esprit. Les Valenciennois et ceux qui nous avaient précédés avaient préparé ce qu'il fallait pour nous caser.
Le mardi, convié par le maire à assister à la réunion du consortium., le président, M. Davenne, a souhaité la bienvenue à M. Bertin, maire de Douai, et à moi ; il a exprimé l'admiration de tous à l'occasion du courage si simple, si naturel de nos populations. Je lui ai répondu qu'il fallait attribuer la facilité et l'oubli de nos sacrifices à la pensée de la Patrie qui dominait tout chez nous, et au bonheur que nous éprouvions des succès de nos troupes, qui pronostiquaient le triomphe final, peut-être plus vite que nous n'osions l'espérer.
Nos malades et nos impotents avaient été mis dans trois bateaux, ils sont arrivés ici bien misérablement ; quelques-uns sont morts on route. Ils ont été l'objet des plus grandes prévenances.
Dès mardi soir, un ordre affiché disait qu'il fallait partir le lendemain matin. Par un temps aussi épouvantable, vu la brutalité dans l'exécution du départ, beaucoup ont obtempéré aux injonctions, mais évidemment le chiffre des partants a été limité. Hier et aujourd'hui il y a eu moins de rigueur et le temps était moins mauvais, mais quel spectacle terrifiant ! Le départ durera envù'on six jours. Quelqu'un qui a dû retourner à Cambrai nous rapporte qu'il n'y a eu rien de changé pendant ces derniers jours. Le bombardement est resté, limité et le pillage des habitations a continué. Les derniers Cambrésiens sont partis avant-hier, environ cinq cents. Ils ont été conduits à Rieux pour prendre le train, et sont arrivés à Vicque vers minuit. Il a été possible d'obtenir qu'ils ne descendent pas de leur compartiment, et ils ont dû être menés dans la journée d'hier en Belgique, à destination probablement de Liège.
Aux lieux d'embarquement, à proximité de la frontière, tous les hommes de seize à soixante ans sont rassemblés, les Allemands font un triage et en retiennent quelques-uns pour la colonne. Cette opération est des plus cruelle, car il sera presque impossible que ces jeunes gens puissent retrouver leurs familles parties pour une destination inconnue.
Le maire de Cambrai, qui était allé à Vicque avec sa famille, a été ramené hier vendredi au soir.
L'EXODE, LA MISE A SAC o83
L'Archevêque avait demandé à être transféré à Valenciennes, mais iJ semble qu'on ait voulu le mettre en incarcération dorée ; il serait dans un château près de Fresnes avec ses vicaires généraux.
18 septembre 1918, — Très touchés du si généreux accueil des X'alenciennois, nous avons supporté les premiers moments de notre exil avec une facilité relative, mais aujourd'hui que tout s'est tassé, la réalité de notre triste situation nous pèse plus cruellement. Déjà beaucoup de nos compatriotes sont partis en Belgique, il nous est dit qu'ils vont camper dans la province de Liège. .\ous sommes ici un certain nombre retenus par l'autorité allemande, tout particulièrement par les officiers des affaires de banque. Notre vie financière est cependant close pour eux !
J'ai fait une demande pour aller habiter Bruxelles, avec l'espoir que de là il me sera plus facile d'être admis à regagner la France ; si l'autorisation m'est donnée, comme j'ai le droit de l'espérer, pendant combien de temps me sera-t-il interdit d'en profiter?
Évidemment, avec la bonne volonté de tous, nous avons pu nous installer relativement pas trop mal, mais notre pensée est constamment à tout ce que nous avons abandonné et qui est perdu à tout jamais. L'Archevêque avec son entourage est resté à Cambrai jusqu'à aujourd'hui, et définitivement, c'est à Gommegnies qu'il est séquestré dans une très belle propriété. Il reste encore à Cambrai quarante pompiers et une centaine de réfractaires, retrouvés cachés dans les caves ; ce sont principalement des évacués de la Somme. Ils vont être l'objet de violences pour les faire partir. Le bombardement de la ville ne s'est pas encore aggravé, il tombe quelques obus en ville, mais les points visés restent les mêmes.
Les Allemands, pour dire qu'ils ont protégé nos habitations, ont fait sortir de la ville presque toutes les troupes, et continuent à démeubler totalement nos maisons. Tout est concentré sur un point que nous ne connaissons pas, où ils puiseront parmi ce qui leur plaira, tout ce qui ne sera pas complètement brisé. Espérons que le bombardement aura effondré nos maisons sur nos cachettes avant qu'ils aient trouvé nos muches. L'ouverture par la violence des coffres-forts des banques s'est faite très vivement, et le contenu appartenant aux particuliers a été mis en sac et apporté ici. Jusqu'à quand ces dépôts resteront-ils intacts dans les banques locales?
On songe très sérieusement à transférer à Bruxelles tous les objets d'art provenant des différentes villes et déposés au musée de Valenciennes. Les colonnes ouvrières restent une grande menace pour nos jeunes gens ; jusqu'à présent il a été beaucoup parlé d'en prendre, mais le nombre a été limité.
28 septembre 1918. — Les trente-quatre habitants de Noyelles
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se sont montrés à Cambrai, alors qu'ils paraissaient oubliés, et ils ont été évacués sur Rieux, Le régime de Cambrai ne semble s'être modifié que depuis hier. Le bombardement est devenu beaucoup' plus intense. Le bruit court que les Anglais ont leurs batteries à Anneux, et que leur infanterie serait à Fontaine-Notre-Dame, et autres lieux aussi proches de Cambrai.
Antérieurement, quelques obus tombaient accidentellement en ville, mais les buts restaient limités aux gares et à leurs environs. Le pillage s'est poursuivi avec beaucoup plus de méthode que le sac des premiers jours. Une administration enlevait les tapis, une autre démeublait les maisons, et une troisième cherchait les cachettes. Ils ont prétendu avoir ainsi trouvé chez moi plus de mille bouteiles de vin !
Les 49 pompiers sont arrivés ici le 24 courant, avec environ 70 récalcitrants restés cachés parce qu'ils avaient une foi absolue que Notre-Dame de Grâce préserverait Cambrai. Les conduites d'eau étant coupées, la ville était devenue inhabitable.
La cloche du beffroi Saint-Martin a été jetée du haut en bas du clocher ; dans sa chute, elle ne s'est pas brisée. Martin et Martine ont été descendus du campanile de l'hôtel de ville, et le monument au souvenir des victimes de 1870 a été enlevé ! Actuellement la Commandanture paraît s'être mise à l'abri ici.
Aujourd'hui, je viens d'assister au départ d'environ 1 200 Cambrésiens. Ils sont partis dans des conditions moins mauvaises que les autres. Le temps était assez beau, ils n'ont été empilés qu'à raison de trente par wagon à bestiaux et ont pu prendre avec eux tous les bagages apportés de Cambrai. Ils continuent à être très vaillants, cependant ils partaient à l'aventure, car on n'a pas voulu leur dire où ils allaient. Je crois savoir qu'ils arriveront demain vers midi dans la région de Malines.
A beaucoup de personnes, touchant à l'administration municipale comme aux nôtres, il nous a été signifié ce matin une défense écrite de quitter Valenciennes sans une autorisation spéciale du service des finances. Tous les autres Cambrésiens qui ne se sont pas rendus au train sont menacés de sévices graves. Décidément, jusqu'à présent, quoi qu'ils en pensent, le régime auquel les Valenciennois ont été soumis a été infiniment moins terrible que le nôtre, mais je crois qu'ils vont maintenant supporter toutes les mêmes rigueurs. Les nouvelles de la guerre sont depuis quelques jours très réconfortantes, nous espérons tous que nous tenons définitivement le succès. Il ne faut pas cependant se faire illusion : la fin n'est pas encore proche pour arriver au résultat nécessaire. En attendant je dois considérer qu'arrivé à Cambrai il y a quarantesept ans, uniquement propriétaire de mon petit baluchon, mais rempli de jeunesse ardente, j'en pars aujourd'hui après avoir tout perdu, ayant encore l'ardeur, mais épuisé par l'âge.
9 octobre 1918; Valenciennes. — H y a déjà un mois que nous sommes ici.
Tout arrive à se savoir ! Les Allemands n'ont pas eu la peine de chercher, ils sont allés directement à ma cachette de vins, liqueurs, cuivre, étain, dans la cage de l'escalier de service, sur les indications d'une voisine, qui le savait d'un bavardage de mon domestique, plus bête que méchant. Les habitants récalcitrants à l'évacuation ont été presque tous ramenés avec les pompiers. La ville n'avait pas encore été trop abîmée par les obus, mais le pillage méthodique des maisons s'était continué.
Tout le personnel de la Commandanture a quitté Cambrai, où il ne reste que cinq ou six personnes, dont le curé de Saint-Druon.
Le bombardement de la ville s'est fortement accentué depuis six jours et la destruction est très avancée. >i4ti?'^ -
Je suis très tourmenté de les savoir à la recherche des muches. Pourvu que celles des caves échappent !
Les évacuations de tous les villages de l'arrondissement de Cambrai se continuent sans interruption, le désarroi est complet, le désordre absolu. L'Archevêque, qui décidément est maintenu à Gommegnies, a télégraphié aux empereurs d'Allemagne et d'Autriche pour protester contre ces procédés ignobles. Les routes sont encombrées de ces malheureux. C'est lamentable au suprême degré. Quelques-uns, exténués ou malades, arrivent dans des chariots allemands. La crânerie de tout ce monde tire des larmes d'admiration. Leur attitude pourrait être prise pour de l'insouciance, alors qu'elle n'est que le résultat de leur vaillance.
La ville de Valenciennes fait l'impossible pour soulager ces misères, mais elle est absolument débordée, la difficulté pour fournir du pain est presque insurmontable, de sorte que la souffrance est épouvantable. En principe, pour faire de la place aux nouveaux venus, il est distribué à chacun trois jours de vivres, un pain, 300 grammes de saindoux, et une boîte de lait pour deux personnes, à la condition de reprendre le triste exode après vingt-quatre heures d'ai'rêt. Des églises et quelques hôpitaux improvisés reçoivent ces grandes victimes. Les Allemands ont abandonné une gi'ande partie du lycée Wallon où sont empilés, affreusement parqués, 4 à 5000 de ces passants. Ils ont pour litière un peu de paille de bois qu'il est impossible de renouveler. L'aspect est inimaginable, il faut avoir vu pour s'en faire une idée.
Les premières fois que j'y suis allé je ne pouvais pas leur dire des paroles d'encouragement, tellement j'avais la gorge serrée. Chassé de Valenciennes par nécessité, cet horrible troupeau part chaque jour à l'aventure, dans la direction de la Belgique. Dire qu'on ne peut rien pour les soulager ! Beaucoup, partis avec des poussettes mal établies, les ont vues s'effondrer en route et de ce fait ont dû laisser leurs bagages, sans que leur courage les aban-
SU Ut! LE JOUG ALLEMAND
donne. Comme je l'avais pensé, les premiers partis de Valenciennes ont eu moins de difllcultés à s'abriter en Belgique. Heureusement que le temps n'est pas trop mauvais et, que les échos de la guerre sont récont'ortants 1
Le Ritmeister Neuerburg se préoccupe de faire évacuer vers Bruxelles Je directeur du comité de ravitaillement de Douai et Cambrai. Il entrevoit la position de Valenciennes comme grave, et voudrait nous éviter d'être une deuxième fois dans la situation que nous avons vécue. Les autorités allemandes, avec la fourberie ordinaire, invitent les ouvriers mineurs à se présenter pour être envoyés aux mines de l'arrière ! On a pu savoir que les mines de l'arrière étaient les mines de Westphalie.
Deux iiU trois mineurs ont répondu à leur convocation. VraisembJabiement ils vont employer les moyens violents.
Après avoir saccagé et détruit les mines entre Douai et Valenciennes, pour avoir la faculté de faire le même travail à leur aise aux mines d' Anzin, ils ordonnent au personnel de prendre un train qu'ils forment à cet effet, avec l'intention, probablement, de les conduire provisoirement à Liège.
Ils transportent à Dusseldorf l'usine de guerre qui a été établie à \alenciennes, et connue sous le nom de -< Maroc «.
Notre personnel, réinstallé dans des bureaux de fortune, a pu continuer le travail de mise à jour de tous nos comptes avec les particuliers et surtout les communes.
L'état récapitulatif ci-dessous donne le relevé des avances faites aux communes pendant les hostilités.
l'' En bons de monnaie par les émissions : a) de la Chambre de commerce de Cambrai ; b) du Syndicat de communes de la région de Cambrai.
2° En fournitures de denrées par le Comité hispano-américain.
DÉSIGNATION des