‹ Cinquantenaire des oblats de Marie Immaculée en Canada [microforme]Chapitre 76 sur 92 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

PRONONCÉ PAR L’ABBÉ JUL. GUIHOT, PRÊTRE DE ST-SULPICE, A L'OCCASION DU CINQUANTENAIRE DES OBLATS A MONTRÉAL LE 8 DÉCEMBRE 1891.

In omnem terram exivit sonus eorum ‘et in fines orbis terræ verba eorum.

Leur voix a retenti dans tout l’univers, et leurs paroles se sont fait entendre jusqu’aux extrémités du monde,

Ps. XVIII, V. 5,

Messeigneurs, (1) Mes Révérends Pères, Mes Frères,

C'était en 1810. Napoléon au comble de la puissance et de la gloire a été sacré empereur depuis déjà quelques années. Les honneurs et les succès l’ont rendu despote. Devant lui tout doit se courber, se taire ou disparaître.

Le 11 juin, parlant de St-Sulpice: ‘Il faut, s’écria-t-il, qu’au mois de juillet cette congrégation soit dissoute et le séminaire détruit.” Il avait dit: sa volonté allait s’exécuter. Celui qu’elle visait tout d’abord c’était un prêtre que le César couronné estimait ‘‘si sage,” de si grand mérite, qu’il voulut plus tard le faire enterrer au Panthéon. Celui que pat le premier l’arrêt impérial, c'était M. Emery.

I] allait partir, il allait quitter ses confrères et ses enfants, après avoir laissé tomber sur eux dans une suprême réunion ses derniers conseils et ses dernières tendresses, quand on vit s’avancer vers lui, au milieu du plus solennel silence et de la plus vive émotion, un jeune

(1) Mgr Fabre, archevêque de Montréal ; Mgr Taché srqhesaqus de St-Boniface ; Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa ; Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières ; Mgr Moreau, évêque de St-Hyacinthe ; Chen évêque de Rimouski ; Mgr Lorrain,évêque titulaire de

homme. Il est diacre de la veille, il se nomme l’abbé de Mazenod, et il est là debout devant son supérieur, et il parle, et dans ses accents, tous les regrets, toutes les sympathies, tous les sanglots de ses condisciples et de ses maîtres ont trouvé leur voix.

Cette scène date de plus de quatre-vingts ans, et peutêtre serait-on tenté de se demander à quel propos je la rappelle ?

ui, mes Révérends Pères, cette scène est bien éloignée de nous, mais pour moi elle est inoubliable. Et si je la cite avec complaisance, c’est qu'elle m’impose à votre égard un devoir bien doux, celui de la reconnaissance. Si je la cite avec complaisance, c’est pour justifier ma présence dans cette chaire, en ce jour et à cette heure.

Personne ne fut surpris de l’attitude de M. de Mazenod, dans cette douloureuse circonstance de la vie de ma famille religieuse. Au souvenir de cette sympathie donnée aux miens, à un pareil moment, par celui qui fut notre si brillant et si vertueux élève, avant d’être votre modèle, votre fondateur et votre père, qui donc pourrait s'étonner de me voir, moi sulpicien, me faire auprès de vous, au milieu de cette universelle allégresse, l’interrète de tous les évêques, de tous les religieux, de tous es prêtres de ce pays, de tout ce peurnle qui vous acclame ?

Ah! que n’ai-je la délicatesse, la chaleur, l’éloquence du futur évêque de Marseille consolant, à son départ de Saint-Sulpice, la grande et belle âme de M. Emery pour chanter dignement les mérites et la gloire des religieux ses frères et ses enfants |

J’ai du moins à leur égard son admiration, sa reconnaissance et son amour vis-à-vis ses anciens maîtres. Puissent ces dispositions suppléer à ce qui me manque afin de célébrer, commeil convient, ce jubilé qui nous rassemble !

Il y a cinquante ans, vous arriviez.

Qu’étiez-vous, que veniez-vous faire? Telle est, mes Révérends Pères, la première question que je poserai.

Qu’avez-vous fait depuis lors? Seconde et dernière question dont j’essaierai de résumer la réponse.

Monseigneur l’Archevêque, il m'est particulièrement agréable de vous voir présider cette manifestation gran. diose. Cette place vous était naturellement réservée.

N'est-ce pas, en effet, dans votre archidiocèse, que se recrutent surtout ces Oblats généreux, ces apôtres intrépides que nous fêtons en ce jour? N'est-ce pas aux portes de votre cité qu’ils ont placé le lieu de leur formation religieuse et de leur préparation à l’apostolat et quelquefo's

au martyre ? N'est-ce pas d'ici qu’ils s’en vont, comme d’un centre, à leurs lointaines et périlleuses missions ? N'est-ce as votre paternelle bénédiction qui les accompagne et es protège ?

ous avez tenu à assister au triomphe de vos enfants. Soyez-en publiquement remercié, ainsi que tous vos vénérés collègues dans l’épiscopat, qui ont bien voulu se joinà vous pour la circonstance. Oui, soyez-en remerciés publiquement, Messeigneurs, au nom des Révérends Pères, l’objet de cette magnifique démonstration, au nom de ce comité d'organisation dont le zèle a été sans borne, au nom, enfin, de cette foule immense qui nous entoure et partage nos sentiments.

Qu'’étaient-ils ? Que venaient-ils faire ?

Ils étaient quatre, les quatre fils d’une famille fondée par le jeune diacre que nous avons salué tout à l'heure, et avec lequel il nous faut faire plus ample connaissance.

Charles-Joseph-Eugène de Mazenod descendait d’une famille noble de Provence. Encore enfant, la Révolution lui fit connaître les chemins de l’exil, et sur ces chemins, presque la misère.

A vingt ans, il en revint, non pas comme tant d’autres pour revendiquer des indemnités et des privilèges, mais pons demander à sa patrie le seul droit de se dévouer au

onheur de ceux-là même dont les erreurs et les crimes avaient ruiné sa famille, et jeté sa jeunesse dans les hasards de l’émigration.

En 1802, le sacerdoce n’était plus une carrière politique où les vieilles races poussaient leurs cadets, comme elles précipitaient leurs aînés sur les champs de bataille. Ce n’était plus la route de Versailles et des antichambres du Roi. C'était la route des églises à relever, la route du renoncement logeant dans une chaumière, et mourant au service du peuple.

Toutefois, sur cette même route, il restait encore des hauteurs; et si la naissance de M. de Mazenod ne l'y établissait pas naturellement et comme de droit, ses talents pouvaient l’y conduire. Eh bien, non, ce fils de noble ne veut pas seulement être un prêtre à la disposition de tout le monde, il veut être un prêtre au service du peuple, au service des pauvres, au service des plus malheureux et des plus abandonnés. S'il se croit une mission, ce n’est pas pour

monter sur les sommets où son éloquence pouvait briller parmi les plus éclatantes, c’est pour descendre dans la pee dans les campagnes, dans les bourgades, dans les

ôpitaux et dans les prisons : evangelizare pauperibus, c'est sa devise. Et comme Le peuple est innombrable, comme la misère est partout et qu’un seul dévoûment, si multiplié soit-il, n’agit que sur un point à la fois, s’il se croit une mission, ce sera celle d'organiser, de fonder une tribu de prêtres, qui seront les prêtres, les apôtres des humbles et des petits. Et encore Héatraidde tt non pas certes leur zèle, mais les frontières de leur activité. Ses fils seront comme lui les missionnaires de la Provence, parlant au peuple sa propre langue, cette langue harmonieuse et sonore qu'ils ne choisissent pas parce qu’elle est belle, qu’ils choisissent parce qu’elle n’est plus que l’idiome des ignorants.

Et bientôt des bouches du Rhône au pied des Alpes, des rives de la Méditerranée aux bords de la Durance,

ar les vallées et les collines, dans toute la terre de

rovence leur voix a retenti, in omnem terram exivit sonus eorum. Déjà la foule les connaît, les suit, les acclame, elle salue en eux ses apôtres, ses hommes consacrés à son service, ses Oblats, les Oblats de la Provence.

Mais quand des conquérants partent d’un tel élan, quand l’amour leur met au cœur une ardeur semblable, vont-ils arrêter leurs pas aux limites d’une province? Sontce des montagnes et des fleuves qui vont les retenir ? Non, mes frères. ni fleuves, ni montagnes, pas même la Médi- . terranée, pas mêmes les océans les plus vastes et les plus lointains.

Bientôt ils ne sont plus simplement les Oblats de la Provence. Ils sont nés il y a dix ans à peine, et il leur faut un nom nouveau, un nom qui signifie que rien ne pourra limiter leur apostolat et leur dévoñment, un nom qui prophétise sur leur berceau la dilatation de leurs tentes et l’extension de leurs pavillons. Et voilà pourquoi üne inspiration providentielle transformant les Oblats de Provence en Oblats de Marie immaculée, leur prédit pour royaume le royaume de celle qui courbe sous son sceptre toutes les îles et tous les continents.

Oui, maintenant leurs paroles vont voler jusqu'aux limites de la terre, et in fines orbis terræ verba eorum.

Comment donc ? :

Parce que du midi au septentrion, de la Corse à l’Angleterre, ils occuperont toutes les frontières, toutes les extrémités de l’Europe occidentale ?

Non, non, le temps n’est plus où les aigles romaines

fermaient leurs serres satisfaites, parce qu’en saisissant les îles bretonnes, elles croyaient avoir saisi les dernières terres sur lesquelles se couchaïit le soleil. C’est plus loin maintenant qu’il faut pousser ses voiles et son audace pour se croire et se dire le conquérant du monde.

Comment donc les Oblats de Marie deviendront-ils les missionnaires de tout l’univers, et in fines orbis terræ verba eoruin ?

Sera-ce parce qu’ils occuperont les extrémités de l’Asie, perse qu’au sud de cet immense continent, ils s’établiront

Ceylan, cette Corse de l’Inde? Non, c’est plus loin, plus loin encore qu’il faut aller pour rencontrer ces bornes du monde ot pieds doivent toucher. et in fines orbis terræ verba eorum.

Comment donc vont-ils la remplir cette parole ?

Sera-ce parce qu’ils occuperont les extrémités de l’Afrique, et qu’au sud du continent noir ils évangéliseront cette terre depuis la colonie anglaise du Cap jusqu’au cours du Zambèze, comme ils se sont établis aux premiers jours depuis la colonie phocéenne de Marseille, jusqu’au cours du Rhône et de la Durance ? Non.

Sans doute, dans un sens, c’est bien déjà une réalisation de la parole prophétique tombée sur eux avec le nom de Marie, à leur second baptême; mais ce n’est pas encore sa réalisation complète. parfaite, intégrale.

Comment donc enfin va-t-elle venir cette réalisation ?

Chose étrange! Pour s’en aller occuper ces extrémités lointaines et brûlantes, cette île de Ceylan et cette Cafrerie, cette terre du Transvaal et du pays Zoulou, il leur faudra passer par une autre terre, l’évangéliser comme une nouvelle terre de Provence et se répandre jusqu’au fond de ses extrémités glacées.

Comment donc une dernière fois ?

En 1841, qu’étaient-ils ?... Uniquement encore des missionnaires de la Provence, ou pour être plus strictement exact, du midi de la France et de la Corse. C’est à cette date que Monseigneur Bourget part de Montréal. Il va chercher des auxiliaires. Et c’est à la France qu’il s'adresse. Oh! il la connaît bien cette terre du dévouement et du sacrifice, qui sait toujours trouver, quand il est nécessaire, des apôtres et des héros.

Le voilà donc sur le chemin de l’Europe le cœur plein d’angoisses. Il en a laissé éclater les sanglots et les cris dans la retraite ecclésiastique de 1840; et à son départ il supplie tous ses fidèles dans une lettre touchante d'obtenir du ‘saint et immaculé cœur de Marie ” de nouveaux apôtres pour les besoins de son vaste diocèse dont la

population augmente sans cesse. C'est surtout pour les petits et les pauvres qu’il veut des prêtres, car leurs nécessités sont plus grandes et leurs misères aussi.

A peine arrivé en France, il s’en va frapper, mais en vain, à la porte de plusieurs communautés. Désolé de ces refus, il se dirige vers l’Italie et s'arrête à Marseille. Là, il ne peut s'empêcher d’exhaler #a douleur.

O providence de mon Dieu, l’homme auquel il se plaint est un prêtre, c’est un Oblat de Marie immaculée, de celle qu’à cette même heure implorent les fidèles montréalais, c'est un dignitaire de la congrégation. Monseigneur Bourget en apprend l'existence qu'il ignorait alors. ‘* Peut-être, lui dit l'assistant, peut-être pourrions-nous répondre à vos désirs?” Peut-être, peut-être ?.. Mais c’est l'espérance qui se ranime, c’est la confiance qui renaît. Peut-être! Il en faut plus à l’âme de l’évêque. El lui faut voir le supérieur, le presser, le prier, le supplier. Où estil, qu’il aille à lui sur le champ?

Il est là, tout près, à Marseille même dont il est devenu le Pontife. Et voici Monseigneur Bourget en face de Monseigneur de Mazenod demandant au fondateur d’une congrégation d’apôtres des pauvres, des apôtres pour ses pauvres.

Sans doute, il n’a qu’à parler. Sans doute sa cause est gagnée ? Non, mes frères. Il faut qu’éclate ici la prudence du fondateur, il faut qu’éclate plus haut encore la charité dont il a rempli ses disciples.

Quand il les a groupés, il ne les a pas réunis pour les jeter aux quatre vents du ciel. Il ne se croira donc pas le droit de leur demander une obéissance plus large que leurs promesses. Il ne les enverra pas.

I1 leur demandera, il demandera à chacun d’entre eux s’il veut y aller, s’il veut or cette terre de Provence, ce sol de la patrie auquel leur cœur a le droit de tenir pe des liens qu’il sait trop sacrés pour oser les trancher.

e se souvient-il pas ? N’a-t-il pas été exilé ? Il consultera ses fils, c’est tout ce qu’il promet, tout ce qu’il peut pro mettre. Et Monseigneur Bourget s’en va vers la ville éternelle emportant cette promesse.

Quelques mois après, il s'embarquait de nouveau. Il revenait ici. Il se hâtait joyeux, dans l’allégresse du retour et dans l’allégresse de Palbéthnoe. Et il avait raison, car sur ses pas, ils arrivaient aussi les apôtres des pauvres, les fils de Marie immaculée. Car de toutes ses maisons, du cœur de tous ses enfants, le fondateur avait reçu la même réponse. Que dis-je ? la même dent#ade, le même cri, la même supplication : “ Moi, moi, envoyez-moi ! ”

Il en a choisi quatre et les voici qui viennent. Voûtes de ce temple, entendez les noms de ces pionniers de l’Evangile, et vous, mes frères, gravez-les profondément dans votre souvenir, car ils étaient l’avant-garde de cette petite armée qui a depuis parcouru le Canada en tous sens, déposant partout sur son chemin le germe de la sanctification et du bonheur. Ils s’appelaient les Révérends Pères Telmont, Beaudrand, et Lagier. Le Père Honorat était leur supérieur. Les Frères Louis et Basile les accom ient.

Nous savons qui ils sont. Que viennent-ils faire ici ? Nous le savons aussi, ou plutôt non, nous ne le savons pas encore, pas complètement du moins. Ce que nous savons, c’est qu'ils viennent se fixer au C a, l’évangéliser comme ils le firent de la Provence. Maïs écoutez... écoutez et apprenez: ‘‘ Vous êtes chargés d’implanter la congrégation dans ces vastes régions ; car Montréal n’est peut-être que que la porte qui introduira la famille à la conquête des âmes dans plusieurs pays. Il faut d’abord bien s'établir où on nous appelle. Nous verrons plus tard.”

De qui cette lettre ?— Vous le devinez : de Monseigneur de Mazenod. A qui ?—Vous le devinez de même: elle est adressée aux premiers missionnaires canadiens. Voilà dix jours seulement qu'ils sont partis de Marseille, et déjà son cœur n’y tient plus, il faut qu’il leur parle, qu’il leur écrive, qu’il leur ouvre son âme, qu’il leur ouvre en même temps les horizons immenses où par la porte de Montréal, ainsi qu'il s'exprime, pénètrent déjà ses ambitions, ses désirs, j'allais dire ses instincts prophétiques sur l’avenir des siens.

Quand je vous disais, il y a quelques instants, que pour se rendre au Cap et à Ceylan les Oblats devaient passer par ici, avais-je tort ?

sappoce qu’ils eussent répondu négativement à la prière de Monseigneur Bourget, jamais ensuite leur fondateur fât-il revenu solliciter un zèle qu'aucune puissance n’avait le droit de forcer ? S'ils s'étaient, à cette première heure de l’appel héroïque, voulu cantonner dans la terre de Provence, Dieu eût-il daigné les appeler plus tard aux extrémités de l'Afrique et l’Asie, et cette même année aux extrémités de l’Europe en leur ouvrant l’Angleterre ?

Du moins pouvons-nous nous poser la question quand Monseigneur de Mazenod la le premiér, fait plus, bien plus que la poser, y répond quand 1l écrit que *‘ Montréal n’est peut-être que la porte qui introduira la famille À la conquête des âmes dans »lusieurs pays.”

Mais avant de sortir ‘‘ il faut d’abord bien s’établir où l’on nous appelle,” ajoute le prélat. “ Nous verrons plus

tard.” Or mes frères, c’est précisément ce qui nous reste à considérer.

Nous avons constaté, en effet, dans cette rapide première partie, ce qu’étaient les quatre missionnaires qui venaient ici en 1841 et ce qu'ils y venaient faire: évangéliser cette terre canadienne. Regardons-les maintenant à l’œuvre, voyons-les s'établir, voyons-les travailler: nous les admirerons, nous les applaudirons ensuite rayonnant et s’élanler jusqu'aux extrémités du continent américain, tenant

’Amérique septentrionale depuis le golfe ardent du Mexiaue jusqu'aux bords glacés du détroit de Melville audessous pa dernières îles de la mer arctique, comme ils tenaient déjà l’Europe occidentale depuis le golfe du Lion jusqu'aux froides rives du canal du Nord entre les dernières îles de la mer atlantique.

IT

Qu'ont-ils fait ?

Nous sommes au 2 décembre 1841. C’est ici même à Montréal. Le prélat qui est allé chercher ceux qui arrivent les accueille avec quelle douceur, avec quelle bonté, avec quelle âme de père, nous le savons, nous le voyons, puisque nous voyons & vec quelle douceur, quelle bonté, quelle âme de père l’héritier de son siège et de ses vertus ne cesse de les traiter.

Les prêtres et les fidèles de Ville-Marie unirent leurs félicitations et leurs remercîments à ces Oblats, aux félicitations et aux remercîments de leur évêque, comme ils s'unissent en ce jour à son successeur pour fêter ce cinquantième anniversaire de leur arrivée.

Toutefois, ce n’est point à Montréal que les quatre Oblats plantent d’abord leur tente. Un autre lieu les attire. Et, pour moi, ce n’est point sans raison. Derrière la main tendue de Monseigneur Bourget qui indique à nos missionnaires le montSt-Hilaire, je découvre le bras de la Providence qui guide les hommes de sa volonté. Au.sommet du mont, en effet, dominant la rivière et la plaine, se dresse une croix, la croix, le signe du Maître qui prit avec Cartier possession du pays ; la croix, lesigne de l’amour que blasphèment trop souvent l'ignorance et l’impiété et que les Oblats viennent faire respecter ; la croix, le signe sacré dont la débauche et l’ivrognerie ont traîné l’honneur dans toutes les boues et dont les missionnaires viennent venger la gloire ; la croix, le signe du Dieu qui vint évangéliser les

pauvres. Disciples de ce Dieu, apôtres des pauvres, où donc iraient-ils mieux placer leur berceau ?

Et puis cette croix de St-Hilaire, ce n’est pas seulement le signe de Dieu, c’est encore le souvenir du grand missionnaire dont ils ne sont en quelque sorte ici que les héritiers et les échos, de ce condisciple et ami de leur fondateur, de cet évêque de Nancy, Monseigneur de Forbin-Janson dont l’éloquence populaire promena triomphalement la parole sainte d’un bout à l’autre de ce pays accourant tout entier pour l’entendre, et se précipitant tout entier sous sa voix dans le repentir et la pénitence. |

Il est parti l’homme à la voix puissante, mais quand du haut du mont, après avoir béni la croix, il contemplait la foule et la vallée, si, dans une vision prophétique, il la vit s'élancer dans cette vallée et dans mille autres encore que ses pieds n'avaient pas foulées, s’il la vit s’élancer pour attirer autour d’elle de nouvelles foules,s’il les vit s’élançer, à leur tour, ces hommes dans la poitrine desquels son cœur battrait encore, sur les lèvres desquels ses accents vibreraient toujours, s’il les vit, dis-je, comme il dut partir consolé de son propre départ !

Quoi qu’il en soit, nous, nous les avons vus s’élancer d’abord du pied de cette montagne, pour s’en aller à ces missions, à ces retraites qui, depuis un demi-siècle, ont remué sous le souffle de leur apostolique parole, à peu près toutes les paroïsses, tous les collèges et toutes les communautés.

Les suivrons-nous envahissant déjà les townships, et allant secouer la lumière de la vérité et les flammes de leur dévoûment sur l'indifférence engourdie des centres américains ? Le suivrons-nous en particulier ce Père Lagier qui, dans l’espace de 32 ans, prêcha plus de mille missions, sans épuiser jamais ni sa voix admirable, ni son infatigable poitrine, ni son zèle plus admirable et plus infatigable encore.

Mais le vénéré fondateur l’a déclaré: “il faut d’abord bien s'établir ”. En 1842, les Pères ont quitté St-Hilaire. Les voici à Longueuil. En 1843, ils songent à évangéliser Bytown. Déjà ils sont au Témiscamingne et sur les bords du Saguenay. À mesure qu’ils avancent, leur zèle les pousse davantage, car ils rencontrent à mesure de nouveaux pauvres à évangéliser, et nous ne l’avons pas oublié, evangelizare pauperibus, évangéliser les pauvres, c’est là leur devise, et leur devise, c’est leûr vie. 1

Etablis à Bytown, établis à Tadoussac comme ils le sont à Longueuil, c’est de là qu’ils s’en iront maïntenant non plus seulement aux paroisses et aux missions, mais à ces

chantiers perdus au fond des”/bois, près de la source de quelque fleuve, à ces chantiers où ils arriveront le soir après un voyage quotidien de huit à dix heures dans la neige et la glace, les bois et les fondrières ; à ces chantiers où parmi l'ignorance et la grossièreté, dans une atmosphère empestée, sur ge branches de sapin, il faudra prendre un repas misérable et un repos plus misérable encore, entre les conversations, les prédications, les confessions du soir et la messe et les communions à quatre heures et demie du matin.

Chantiers du Témiscamingue, saviez-vous que c'était un héros, cet homme qui pendant 18 ans, avait chaque hiver, trois mois durant, recommencé les mêmes courses, et qui vous arrivait enfin malade pour la première fois, mais malade pour la mort? Saviez-vous que c'était un héros, cet homme ainsi frappé, conversant encore de son lit de douleur, prêchant et confessant, et reprenant chaque matin son traîneau pour reprendre chaque soir les gaîtés de la conversation et les iabeurs du dévoûment, sans que ses horribles souffrances le laissassent un instant ? Sous les chocs et sous les cahots des routes défoncées, il ne pourra plus retenir ses gémissements, mais si les chocs et les cahots forcent ses plaintes, ils ne forceront du moins sa volonté ; ils seront impuissants à ralentir son zèle. Une dernière fois il dira la sainte messe, et ce sera dans un de ses pauvres chantiers, et ce sera sur un coffre à farine. Oui sur un coffre à farine, c’est là qu’il a placé, c’est là le seu endroit qu’il ait pu trouver pour placer la pierre sacrée.

Va, va, prêtre héroïque, tu es de ceux qui méritent qu’on , place un jour la pierre sacrée sur leurs tombeaux. N’es-tu pas du sang des martyrs, toi qui le soir de cette même messe, agonisant sur ta couche de sapin, au fond de la forêt, sans secours, sans soulagement, disais à ton compagnon: ‘‘ Faites comme si rien n’était, tâchez d’intéresser nos jeunes gens le plus possible; ne craignez pas de me fatiguer par le bruit.”

rois jours après, aucun bruit ne pouvait plus le fatiguer : le missionnaire des chantiers allait recevoir la récompense promise par le Maître aux ouvriers bons et fidèles.

En vérité, ce fut un bon et fidèle ouvrier ce même Père Reboul qui,se trouvant à Hull, en face de tout à commencer, commença tout et poussa tout si loin, qu’il ne s’arrêta qu'après avoir mis debout l’église, la sacristie, la résidence, le collège et jusqu’à un pont de 800 pieds.

C'était à Hull dont il fut le premier curé, pendant qu’à côté de lui, son frère le Père Guigues occupait comme premier évêque le siège d'Ottawa. Que dis-je ordi ?—

Ottawa à cette époque n'était encore que Bytown et heureusement ; car si dès lors Ottawa eût été la grande ville, la belle capitale d'aujourd'hui, jamais le Révérend Père Guigues n’en fût devenu le pontife. Monseigneur de Mazenod en effet n’accepta ce siège pour son fils que lorsqu'il eut appris de Monseigneur Bourget que ‘‘ Bytown ne devait être considéré que comme un pays de mission où tout était à fonder.”

Telles sont textuellement les étranges raisons données par l’évêque de Montréal à l’évêque de Marseille. Telles sont les étranges raisons qui mettent fin aux hésitations des saints, et qui mirent fin aux siennes. Il y avait des pauvres à évangéliser et la devise des Oblats est toujours: evangelizare pauperibus.

Voilà le secret, la cause de la promotion à l’épiscopat de Monseigneur Guigues.

Ce serait à vous, vénéré Père Dandurand, à vous le premier Oblat canadien, qui fûtes durant de si longues années le conseiller discret et le collaborateur zélé de l'illustre prélat, de nous raconter les grandes choses accomplies par lui dans ce diocèse qu'il eut à créer de toutes pièces, si je puis pes de la sorte.

Que ke détails pleins d'intérêt ne pourriez-vous pas nous fournir aussi, Monseigneur d'Ottawa, vous l’un des élèves du premier collège qu’il érigea, avant d’être un de ses curés les plus remarqués, et enfin son digne successeur !

Le fait seul que vous avez voulu transmettre à lu postérité ses traits aimés, en les faisant graver dans le bronze, n'est-il pas un témoignage irrécusable et de la bonté de votre-cœur qui sait se souvenir, et des mérites incontestés du premier évêque de la capitale fédérale ?

. Ce que le Père Reboul avait étéà Hull, le Père Léonard le, fut ici. Ici, oui, ici même, il y a 43 ans, le 8 décembre 1848, qu'y avait-il ?— Comme aujourd'hui il y avait foule; mais en dehors de cette réunion considérable de fidèles, qu'y avait-il qui pût faire pressentir ce que nous voyons aujourd’hui ?

Au lieu de trois archevêques, de quatre évêques, il y avait un seul prélat, Monseigneur Bourget ; au lieu de cette vaste et belle église, il y avait un horrible hangard. Et pourtant quand je vous disais tout à l'heure que rien ne

uvait faire pressentir ce que nous voyons aujourd’hui, je me trompais. Sous ce hangard, tout près de l'évêque, au milieu de cette assemblée, il y avait un homme, il y avait un dévoûment, il y avait un cœur qui laissait deviner, que dis-je, qui promettait, que dis-je, qui assurait tous les progrès, toutes les merveilles qui se sont accom-

lies depuis ce jour, dans ce faubourg Québec ; il y avait e dévoûment du Père Léonard, le cœur du père du fau-

bourg, |

Dé nhve du faubourg, ainsi le. ru. me en effet. Le

uple a de ces mots plus éloquents dans leur brièveté que

es plus beaux discours, Cette fois en particulier sa peinture était exacte, et je n’en veux pas d’autres,

N'attendez donc pas que je vous le montre, ainsi que le Père Bernard et ses autres confrères, dans leurs différents emplois où ils firent tant de bien. Regardez-les plutôt ces tre Oblats, la soutane recouverte d’un tablier, servir de manœuvres aux maçons, et porter aux constructeurs ss: sr uen que nous admirons, les matériaux dont ils ont

esoin.

Si le hangurd qui servait au culte divin dans ce quartier, a été remplacé si glorieusement, n’oubliez pas que les travaux et les sueurs des Oblats ont été le ciment de ce nouveau temple, comme leurs travaux et leurs sueurs furent la rosée bienfaisante qui fit grandir les vertus chrétiennes, dans cette partie de Montréal où les désordres régnaient en maître.

Décidément, mes frères, les faubourgs sont bien à eux, le peuple est bien vraiment à ces Oblats de Marie à ces apôtres des pauvres. Car ce que le Père Reboul a été pour Hull, le faubourg d'Ottawa; ce que le Père Léonard a été pour ce faubourg de Montréal, le Père Durocher le sera à Québec pour le faubourg St-Sauveur, à partir de 1853, date de son arrivée, édifiant et réédifiant, le feu avait ruiné de fond en comble en 1866 ce. qu'il avait bâti une première fois ; édifiant, dis-je, et réédifiant les temples matériels, tout en préparant à Jésus-Christ d’autres temples spirituels jusque-là bien indignes de le recevoir.

Mais ce n'est pas assez de vous avoir dépeint le Père Durocher transformant deux fois son faubourg. 71 y aurait là de quoi faire la gloire d’un homme, d’un apôtre, et cependant ce n’est qu’une partie de la sienne.

uis-je passer sous silence les missions du Labrador et du lac St-Jean, où il se rendait chaque été tout en étant Supérieur de St-Sauveur ? Premier missionnaire oblat de ces contrées à peine explorées, il n'y trouve que de pauvres sauvages sans instruction aucune, et à son départ trois mille savaient lire et écrire, etil avait doté le golfe St-Laurent de dix chapelles à la construction desquelles il avait lui-même travaillé,

Est-ce assez vous les avoir montrés s’établissant graduellemént dans toute cette terre du Canada, in omnem terram exivit sonus eorum À

Sans doute ce n’est là qu’un troprapide tableau; mais la faute en est à leur zèle encore plus qu’à ma parole.

Déjà depuis 1844, ils ont regardé du côté de cet immense

8, où il nous faut regarder à notre tour, pour y suivre Le onne nouvelle semée par eux, par delà la hauteur des terres, jusqu'aux extrémités du Nord-Ouest, et in fines orbis terræ verba eorum.

De l’ouest à l’est, en chiffres ronds, la largeur de ce pays est de 1200 milles anglais ; du sud au nord la longueur de 1800 mailles. La superficie totale vous présente 1,800,000 milles carrés.

Ne cherchez rien dans la partie septentrionale, elle est inculte ! Partagez en trois la partie méridionale: 60,000 milles tout à fait au sud, un désert; au-dessus, encore 60,000 milles, des prairies; et au-dessus 480,000 milles, des forêts.

Ainsi donc entre deux immensités, l’une inculte au nord, l’autre déserte au sad, des immensités encore de prairies et de forêts.

C’est 1à!... Comment c’est 1à ?— Oui, c’est là, c’est-à-dire que c’est à travers ces steppes et ces bois qu’ils vont s’en aller à tous les abandonnés qu'ils y rencontreront : français, anglais, métis ou sauvages, reste de 24 tribus que la guerre, la misère ou la débauche ont peu à peu décimés.

C’est de l’ouest à l’est, et du nord au sud, qu’ils fourniront en raquettes, en traîneaux à chiens ou en canots d’écorce, des courses de 400 lieues, n'ayant pour toute lumière, même en plein midi, que le crépuscule d’un soleil qui n’ose pas paraître ; voyant quand les hivers se font doux, le thermomètre centigrade osciller entre 30 et 40 degrés au-dessous de zéro ; ne trouvant d’autre abri la nuit que la forêt, si la forêt est là, d’autre couche que la terre ou la neige glacée, se gelant parfois presqueentièrement levisage, mais l’âme se fondant de bonheur quand au terme de leurs rudes étapes, ils entendent, comme le Père Gasté, quelque vieux sauvage s’écrier: ‘ Oh! que je suis heureux que tu sois venu vers nous. Mon cœur aurait pleuré si tu t’étais montré paresseux; mais en te voyant, en voyant surtout ton visage défiguré, je connais aujourd’hui que ta religion est forte, puisque ni la longueur de la route, ni la rigueur du froià ne t’arrêtent.”

Au reste, si vous voulez savoir à quel prix on est missionnaire en ces contrés, écoutez à quel prix on y est évêque et même archevêque.

Qu'on s'appelle Monseigneur Taché ou Monseigneur Grandin, Monseigneur Faraudou Monseigneur Clut, Monseigneur d’Herbomez ou Monseigneur Durieu, un jour ou

l’autre on aura eu ‘‘ pour palais épiscopal une cabane de vingt pieds de long, vingt pieds de large et sept pieds de haut; quand encore ce palais n’aura pas été une simple tente de toile au milieu de la neige, ou une hutte faite de troncs d'arbres informes, ayant pour vitres de grossiers morceaux de parchemin, pour parquet le sol glacé, pour fauteuil une bûche, pour nourriture habituelle des aliments que le dernier des serviteurs eût rejeté avec mépris.” Et pour domestique? Suivez bien l’énumération du personnel épiscopal: ‘ Dans ce palais où tout peut vous paraître petit, tout au contraire est empreint d’un caractère de grandeur. Ainsi, mon secrétaire est évêque ; mon valet de chambre est évêque; mon cuisinier lui-même est aussi quelquefois évêque, Ces illustres employés ont tous de nombreux défauts; néanmoins leur attachement à ma personne me les rend chers, et me les fait même regarder avec complaisance. Quand ils paraissent fatigués de leurs emplois respectifs, je les mets sur le chemin; et me joignant à eux, je m’efforce de faire diversion à leur ennui.”

Monseigneur de St-Boniface, sije m'écoutais, ce ne sont point seulement ces quelques lignes de vos Vingt années de missions (1) que je me bornerais à citer; j'en voudrais faire tout mon discours. Chacun aurait à s’en réjouir; votre humilité seule pourrait s’en plaindre.

Vous avez beau essayer de tout voiler ce qui vous concerne, d’atténuer la difficulté des obstacles renversés, et la grandeur des succès obtenus, l’œil le moins exercé y découvre la distinction de votre esprit, la délicatesse et la sensibilité de votre cœur, et, par-dessus tout peut-être, ce zèle si ardent que les glaces de vos hivers ne sauraient refroidir, et si vaste qu’il ne pourrait être contenu dans les limites de votre immense archidiocèse.

L'histoire impartiale et reconnaissante vous conservera, Monseigneur, le titre de second fondateur des missions du Nord-Ouest, que vous ont donné vos contemporains.

Ne méritait-il pas cette gloire, mes frères, celui qui en 1849, n'étant pas encore évêque, écrivait de concert avec le Père Faraud, à son supérieur privé de ses ressources ordinaires, ct annonçant à ses confrères qu'il serait probablement obligé de les rappeler auprès de lui, du fond de leurs chrétientés naissantes : ‘ Mon révérend Père, nous ne pouvons supporter l’idée d'abandonner nos chers néophytes, et nos nombreux catéchumènes. Nous espérons qu'il vous sera toujours possible de nous procurer des

(1) Titre d’un ouvrage de Mgr Taché,

pains d’autel et du vin pour le saint sacrifice. À part cette source de consolation et de force, nous ne vous demandons qu’une chose: la permission de continuer nos missions. Les poissons du lac suffiront à notre existence, les dépouilles des bêtes fauves à notre vêtement. De grâce, ne nous rappelez pas.” |

Vous ne me pardonneriez pas, Monseigneur de St-Boniface, d’omettre ici le nom de l’ange de l'Eglise des Trois- Rivières que vous vous plaisez à appeler votre mentor, votre guide dans la vie de missionnaire, et dont vous écriviez au Supérieur général de votre congrégation: ‘Ce vertueux ecclésiastique a fait un bien immense à plusieurs de vos enfants, et bien mérité de toute la famille.” | Pouvais-je vous séparer dans mon éloge, Messeigneurs, vous qui partageñtes jadis les fatigues et les privations, les consolations et les joies, dans votre commun apostolat près des tribus sauvages ? Ensemble vous 'fûtes à la peine, ensemble s6yez à l’honnéur !:

T1 me suffira de vous retracer maintenant quelques pages de la vie de Mgr Grandin pour vous convaincre que ces évêques oblats se ressemblent tous.

Le voyez-vous, le pieux évêque de St-Albert, se faisant orter de son lit où la maladie Pa cloué, à la voiture qui e conduira au canot dans lequel il doit s'embarquer pour

une expédition de soixante-sept jours de contretemps, de difficultés, d'accidents de tous genres?

Préférez-vous que jé vous le montre dans son voyage au grand lac des Esclaves ?

Il est parti en compagnie de plusieurs officiers de la Baie d'Hudson. ‘Surpris par une furieuse poudrerie sur le lac même, séparé de la caravane, seul avec un tout jeune homme à son service, errant à l’aventure jusqu’au

out de ses forces, s’arrétant enfin épuisé, confessant son petit compagnon, implorant pour lui-même la miséricorde divine, renversant son traîneau, seul abri contre la tempête, s'étendant là sous ses couvertures avec son jeune homme qui pleure et ses chiens qui hurlent de froid, et attendant la mort ou la vie selon qu’il plaira à Dieu de leur envoyer l’une ou l’autre.

Ce fut la vie qui vint avec le crépuscule, la vie que ses pieds presque gelés lui permirent pourtant d'aller chercher sur le rivage enfin retrouvé.”

Et cependant cet apôtre héroïque craïignait ‘‘que Dieu ne fût irrité de voir parmi les prélats de son Eglise, un sujet aussi indigne que lui de L'épiscopat ; il craignait que les fautes du pasteur n’attirassent les châtiments de l'Eternel sur le peuple qui lui était confié.”

Un jour brisé par les souffrances, s’apercevant que ses oreilles commençaient à devenir paresseuses, et à lui refuser leurs services : ‘ Je crains beaucoup plus de devenir sourd, écrivait-il, que de passer à trépas ; car dans le premier cas je sd À embarrassant, dans l’autre au contraire, je débarrasserais.”

Mes frères, devant tant de dévoñment et d’humilité, n’y a-t-il pas qu’à se. taire et à pleurer d’admiration ? Nous sommes en face du sublime ou je n’y comprends rien.

Avec de tels pères vous devinez facilement le courage des fils. Sous des évêques comme ceux-là, les prêtres ne peuvent que faire des prodiges. : sic

.Il vous souvient, peut-être, de l'incident de Fourmies, qui causa naguère en France tant de bruit et d’éclat. Les ouvriers étaient en grève, et les troupes voulant mettre fin aux désordres qu’ils commettaient, une rixe eut lieu. L'armée poussée à bout, après plusieurs sommations, tira sur les fauteurs du trouble. C’est alors qu’on vit paraître entre les deux camps le curé de l’endroit, s’exposant aux projectiles pour ramener la paix, L'acte de ce prêtre fut acclamé par tous, et son auréole, en France le pays de la bravoure, est à jamais établie,

Les Oblats ne se bornent pas non plus à parcourir leurs immenses missions, et à convertir les Ames, au prix des fatigues et des dangers que vous connaissez désormais ;. ils savent eux aussi, à l’occasion, être pacificateurs.

Qui donc n’a pas lu le récit de cet.acte magnanime du R. P. Lacombe ?

La tribu des Pieds-Noirs venait d’en venir aux mains avec celle des Cris. Des deux côtés l’irritation était à son comble. La lutte menaçait de devenir effrayante, L’intrépide Oblat l’a compris. Il s’élance son crucifix à la main au milieu des combattants. Dès que les sauvages ont reconnu le missionnaire, dès qu'ils ont vu l’image du Christ qu’il tient haut et ferme, ils cessent le feu, le sang ne coule plus, et les ennemis se réconcilient.

Ah! je le sais, l’apôtre sans peur n’a pas été frappé à mort, victime de son zèle, comme l’archevêque martyr que Paris vit tomber sur les barricades. Mais savez-vous bien pourquoi ?—Ce n’est certes pas faute de danger, puisqu'il fut tout d’abord renversé par un projectile; c’est sans doute parce que la Providence voulait encore se servir du Père Lacombe pour calmer les tribus sauvages, et empécher un soulèvement général, lors de cette guerre récente du Nord-Ouest, pour laquelle nous avons vu nos jeunes gens s’enrôler,

D'ailleurs, mes frères, le révérend Père Lacombe n’est as le seul Oblat qui se soit montré pacificateur héroïque. Pa congrégation dont nous racontons l’histoire en ce pays, a l’honneur de compter dans ses rangs, comme les archevêques de Paris, des martyrs de la paix et de la charité. ons ate tous la fin glorieuse des Pères Fafarä et Marchand.

Mais ce que vous ne savez pas peut-être, c’est que nous avons la consolation de posséder au milieu de nous, le seul survivant des membres de la petite caravane de conquérants pacifiques qui arrivèrent à Montréal il y a cinquante ans.

Les Pères Honorat, Telmont, Beaudrand et Lagier ne sont plus; le Frère Basile est aussi allé recevoir sa récom-

ense.

% Quant à vous, vénérable Frère Louis, je ne pouvais vous oublier.

Le Seigneur se plaît à exalter les humbles, et le prêtre, son ministre, n’est jamais plus heureux que quand il a l’occasion, à son exemple, de féliciter les petits.

Par une attention délicate de sa providence, ce divin Maître vous a conservé jusqu’à cette heure, pour être témoin de cette fête, sans égale peut-être dans les annales de votre congrégation. Qu’il en soit béni !

En votre personne, laïssez-moi saluer avec respect et admiration tous ces modestes religieux, qui comme vota, sous le nom de Frères Oblats, ont partagé et partagent encore les travaux et les épreuves des révérends Pères, vos guides et vos modèles.

Vous seriez peut-être tentés, mes frères, de vous écrier : Pourquoi donc tant d’efforts, pourquoi tant de zèle ?

C’est le révérend Père Grollier, un vaillant parmi les vaillants, qui Ÿa répondre à vos inquiétudes. Tout jeune encore, des travaux excessifs nnt ruiné sa constitution ; il sent qu’il va quitter la terre. Après avoir recommandé de l’enterrer au milieu de ses sauvages, il expire en murmurant ces paroles: ‘Je mourraï content, maintenant que j'ai vu l’étendard de Notre-Se’gneu. ‘levé jusqu'aux extrémités de la terre.”

Et si l’étendard du Seigneur est élevé jusqu'aux extrémités de la terre, c’est que leurs mains l’ont porté jusque là. Et in fines orbis terræ verba eorum.

Et ce qu’ils furent au Nord-Ouest, et ce qu'ils furent ici, les Oblats le sont partout: en Europe, comme en Asie et en Afrique. Et l’héroisme de ceux dont j’ai dû me borner à faire l’éloge, sous peine de ne plus finir, est rem-

placé par l’héroïsme de ceux qui leur succèdent, ou complété par le dévoûment de ceux qui les accompagnent.

En faut-il davantage pour expliquer ce concours immense, cet enthousiasme universel, cette admiration que la parole ne sait pas rendre ?

e ne le crois pas et je m'’arrête, Mais avant de finir laissez-moi revenir à la scène qui m'a servi de début.

Je vous rappelais en commençant les adieux de monsieur Emery à ses enfants, et surtout la noble conduite du jeune de Mazenod vis-à-vis de son Supérieur.

À mon sens, je ne pouvais mieux choisir, puisque j’y trouvais l’explication et l’excuse de ma présence, ici et à cette heure. C’est aussi je crois la meilleure conclusion par laquelle je puisse terminer ce discours, puisqu'elle nous conduit aux pieds de la Vierge immaculée.

Lorsque monsieur Emery, cédant aux instances de l’abbé de Mazenod eut, à travers ses larmes, versé les bénédictions de son cœur sur ses confrères et ses enfants, il récita la prière accoutumée à la sainte Vierge,le Sub tuum præsidiumn. Ce sera aussi notre mot de la fin.

Sub tuum præsidium, c’est sous votre protection, Ô UT immaculée, que se plaçaient vos Oblats, au jour où le souverain Pontife daignait approuver leur règle.

Sub tuum præsidium, c’est sous votre protection que non seulement ils sont nés, maïs qu’ils ont grandi ; c’est sous votre protection, sub tuum præsidium, que la frêle barque déposée sur les flots du Rhône en est partie, qu’elle a traversé les grands lacs et les grandes mers ; c’est sous votre protection, sub tuum præsidium, que vos Oblats ont sans crainte et sans faiblesse descendu les rivières et sauté les rapides, regardant l’Etoile, confiants en Marie.

Rien de plus naturel, par conséquent, qu’ils aient choisi ce jour, votre jour et leur jour, à Mère: ur célébrer le souvenir de leurs travaux accomplis, de léurs souffrances endurées, de leurs triomphes obtenus, ici, pendant cin-

uante ans, à l’honneur du Seigneur Jésus, le fils de la ierge immaculée.

Sub tuum præsidium, sous ton égide, qui s’étend non pas seulement «a mari usque ad mare, d’une mer à une autre mer, d’une extrémité de la terre à l’autre, mais du ciel à la terre, sous ton égide, à Vierge, garde-les, protège-les, guide-les, garde-nous, protège-nous, guide-nous jusqu’en ce royaume où tu nous réuniras un jour.

Ainsi soit-il.

Après la messe, toute l’assistance s'étant lévée, M. l’échevin Martineau s’avança dans le chœur et lut une adresse à Sa Grandeur Mgr Fabre et aux autres évêques présents.

À Sa Grandeur Monseigneur l’archevêque de Montréal, à Nosseigneurs les archevêques Taché, Duhamel, et les évêques Laflèche, Moreau, Lorrain ét Blais.

Monseigneur l’Archevêque, Messeigneurs,

En voyant réunis ici de si illustres archevêques et évêques, tant de prêtres, qui font l’honneur de l'Eglise, tant de citoyens distingués, vous vous êtes demandé si le comité du cinquantenaire avait réfléchi, avant de convoquer cette réunion majestueuse.

Franchement non, Messeigneurs, le comité n’a pas eu d’abord la pensée qu’il remuerait le Canada. Îl a dû suivre l’impulsion de la divine Providence dans cette manifestation.

Que sommes-nous humbles citoyens du faubourg Québec, pour amener à nous les évêques du Canada et même du Nord-Ouest ?

La première idée de cette fête a pris naissance dans les cœurs reconnaissants de quelques personnes. C’est de leurs cœurs que sortit une étincelle ’amour et de reconnaissance, avec laquelle Dieu a illuminé lecinquantenaire.

La reconnaissance des citoyens, et votre paternel encouragement, Monseigneur, ont fait le reste.

Notre inviolable attachement à la sainte Eglise catholique, notre profond respect et notre tendre affection pour vos personnes sacrées, Messeigneurs, la gratitude et l’amour envers nos Pères, tels sont les motifs qui nous ont portés à solliciter vos présences en cette mémorable occasion,

A vous d’abord, Monseigneur l’Archevêque de Montréal, nos remerciements sincères. Avec la foi du pasteur et la douceur du meilleur des pères, vous nous guidez vers notre patrie du ciel. Que nous sommes heureux de vous exprimer de nouveau, Monseigneur, notre profonde vénération, notre tendre attachement, notre inaltérable soumission et notre éternelle reconnaissance.

Merci à vous aussi, Monseigneur de St-Boniface. Vous l’ornement de l'Eglise du Canads, et la gloire de votre famille religieuse,

Merci à vous, Monseigneur d'Ottawa. Après avoir été le disciple distingué des Oblats, vous êtes devenu leur père et leur bienfaiteur insigne.

Merci à vous tous, Messeigneurs des Trois-Rivières, de St-Hyacinthe, de Pembroke et de Rimouski.

Merci à vous aussi, révérends Messieurs, d’avoir bien voulu répondre à notre appel et d’avoir ainsi donné un si vif éclat à notre démonstration.

Les CrroYEens DE MonTRÉAL-Esr.

Mgr Fabre répondit en termes émus. Il retraça brièvement les immenses travaux apostoliques des Oblats dans le Canada,

L’archidiocèse de Montréal possède un grand nombre de communautés, qui toutes travaillent, chacune dans sa sphère, sans nuire aux autres. Ainsi le bien se fait; la goire de Dieu est procurée, les âmes sont sauvées. Les

blats en particulier ont bien mérité du diocèse. Sa Grandeur fit une touchante allusion à Mgr de Mazenod, leur fondateur, et à Mgr Bourget, qui les a appelés à Montréal. Elle sut encore faire de Mgr T: ché, un éloge plein de délicatesse.

Nous regrettons beaucoup de ne pouvoir reproduire en entier le discours vraiment remarquable de Monseigneur l’Archevêque,

LE BANQUET

Nous avons fait une pâle description de l’illumination, du feu d'artifice, de la grandiose cérémonie dans l’église hier soir; nous avons montré toute la population sur pieds, rayonnante de joie et de bonheur. Nous venons de parler de la messe, qui laissera des souvenirs ineffaçables dans le cœur de tous ceux qui ont eu la bonne fortune d’être présents.

Des personnes sont restées étrangères à la jubilation générale ; elles n’ont voulu ni voir, ni être vues. Elles sont pourtant sympathiques aux Pères Oblats. Où sontelles et que font-elles? Vene: dans la vaste salle St-Pierre, où elles ont préparé de leurs mains un festin somptueux. Après avoir confectionné des habits pour les missions lointaines du Grand Nord, elles se sont imposé un travail énorme pour convier les Pères et leurs illustres visiteurs à

des agapes fraternelles ; elles réclament encore l’honneur et la joie de servir elles-mêmes. Vous reconnaissez les Dames et les Demoiselles qui font partie dm Comité.

En entrant dans la salle, vos regards sont étonnés à la vue de tant de belles et bonnes choses. Les décorations sont d’une grande richesse et d’un goût exquis. Rien que des mains d'artiste ont pu disposer avec autant d’art ces mille et mille parures.

Voyez, tout autour de la salle, cette double frise en feuilles d’érable aux couleurs variées. A l’entrée vous contemplez les portraits à l’huile de Sa Sainteté Léon XIII, de Sa Grandeur Mgr Fabre et de Mgr Bourget. Au-dessus de Léon XIII, vous voyez ses armes et sa devise et autour vous pouvez lire ces paroles : Vive Léon XIII! Il est le père des ouvriers. Qu'il règne! A la droite sont placées les armes de Mgr Fabre et à la gauche celles des Oblats. A l’opposé de la salle faisant face à Léon XIIT, adossé au trône de pourpre, est l’écusson de Son Eminence le Cardinal Taschereau avec inscription. A droite se trouvent les armes de Mgr Taché, avec celles de Mgr Duhamel a gauche. Enfin les écussons de tous les Evêques de la Province ecelésiaanique, avec des inscriptions appropriées décorent les murs. Des 50 en or, en fleurs et en verdure sont disposés ça et là. De magnifiques urnes, contenant des bouquets, ajoutent grandement à la beauté de la salle; un grand crucifix avec lance et éponge, forme les armes des Oblats. Les premiers Pères, disparus de la scène, ne sont pas oubliés: Ils parlent encore; leur mémoire, comme celle du juste, vivra éternellement ; précieuse a été leur mort devant le Seigneur, telles sont les. paroles que nous lisons à leur adresse. Des couronnes d’or et des palmes sont l'emblème de la récompense accordée à leurs travaux et à leurs vertus. Des Gaudete in Domino, des O. M. I., des ad multos annos, des Vivat, nous font connaître les dispositions des citoyens à l’égard de la Congrégation des Oblats. Enfin de longues et belles inscriptions à l’adresse des héros de la fête et des illustres hôtes disent assez que c’est la fête du cœur.

Que dire de la richesse des tables en fait d’argenterie, que dire du menu, que dire du goût artistique avec lequel tout est disposé ? Contentons-nous de donner le verdict général : le banquet a été beau, il a été abondant, il a été exquis ; ce festin était digne en tous points et de la mémorable circonstance, et des convives si illustres et si distingués qui y prirent part, et des personnes qui l’ont préparé. oïlà ce qu’on nous a répété à plusieurs reprises. Quant à nous, nous avouerons franchement que, jamais

de notre vie, nous n'avons vu rien d’aussi beau, d'aussi riche, d’aussi parfait. Gloire, honneur, reconnaissance à qui de droit.

A la table d'honneur prirent place, à la droite de Mgr Fabre, le R. P. Martinet, O. M. I. assistant du supérieur énéral, M. le président Martineau, Mgr d'Ottawa, hon. ÿ. Mercier, Mgr deSt-Hyacinthe, hon. M. Armand, Mgr de Rimouski, hon. juge Taschereau, M. le Vicaire général Maréchal, M. Desjardins, M.P., M. Colin, supérieur du grand séminaire, et le R. P. Lefebvre, O. M. Ï,, Provincial ; à auche, Mgr de St-Boniface, hon. Chapleau, Mgr des Trois-Rivières, hon. M. Tassé, Mgr de Cythère, Rév. M. Garneau, secrétaire de Son Eminence le cardinal Taschereau, Son Honneur le maire McShane, hon. juge Loranger, M. Thibaudier, administrateur du diocèse de Nicolet, M. Curran, M.P., M. Lonergan, curé, hon. Robidoux. Les deux tables du centre sont occupées par les membres du clergé et les citoyens marquants.

Voici la liste à peu près complète des membres du clergé qui ont bien voulu nous honorer de leur présence :

Sa Grandeur Monseigneur l’Archevêque de Mortréal ; le plus illustre des Oblats du Canada, Mgr Taché, archevêque deSt-Boniface; Mgr Duhamel,arch.d'Ottawa; Mgr Laflèche, Ev. des Trois-Rivières; Mgr Moreau, Ev. de St-Hyacinthe ; Mgr Lorrain, Ev. de Pembroke ; Mgr Blais, Ev. de Rimouski. Le Rév. M. Thibaudier, administrateur de Nicolet; M. l'abbé P. B. Garneau, Secr. de Son Eminence le Cardinal Taschereau ; Le R. P. Drummond, $. J., Recteur du Collège Ste-Marie ; R. P. Schlickling, S. J.; R. P. Desjardins, $. J.; KR. P. Durocher, $S. J. de l’Immaculée Conception ; R. 2 Brault, $. J.; MM. L. Casaubon, A. Lamarche, H. Marsolaïs, Collège de l’Assomption; M. l’abbé Nantel, Supérieur du Collège de Ste-Thérèse ; M. l'abbé Colin, S. S., Supérieur ; M. Proulx, Supérieur du Séminaire de Nicolet; M. Ouellette, Supérieur du Collège de St-Hyacinthe ; M. le chanoïine Boucher, Louiseville ; M. Leclerc, St-Joseph de Montréal ; MM. Chevrefils, Ste- Anne de Bellevue; T. J. Gaudet, l’Epiphanie ; Dubuc, curé du Sacré-Cœur; Deguire, curé de St-Jacques ; Adam curé d’'Hochelaga ; R. P. Antoine, Trappiste ; Laporte, cur de St-Urbain; Bourassa, ancien curé; Hurteau, ancien curé; R. P. Jolly, C.S$. R. Côte des Neiges; Estevenon, prêtre du St-Sacrement; R. P. Désiré, Franciscain ; O’Donnell, vicaire ; Salmon, curé de Ste-Marie ; Callaghan, S. S., St-Patrice ; T. Kavanagh, chapelain ; de Repentigny,

vicaire; P. Bédard, curé de St-Constant; Tranchemontagne, S. $.; L. Lévêque, d'Ottawa ; À. Dugas, chapelain. M.Reeves chapelain, FANS curé de St-Louis; Geoffrion, vicaire; Décelles, vicaires ; ère André, école St-Brigide ; Frère visiteur des frères Maristes; Frère Surius, école St-Pierre; M. l’abbé Primeau, Boucherville; Bruchési, archevéché ; le chanoine Leblanc; M. Racicot, archevéché; Thérien, chapelain ; Reid, chapelain ; R. P. Strubbe, rédemptoriste ; Guihot, S.5,, St-Jacques ; M. A. Thérien, chapelain de la Réforme; G. Lesage, curé du Mile-End ; G. Dugas, Ste-Anne des Plaines; M. l’abbé Langevin, vicaire ; Descarries, curé de St-Henri; Trépanier, chapelain des Sourdes- Muettes ; Charpentier, chapelain des Sœurs de la Miséricorde; M. l'abbé Valois, Hochelaga ; M. le chanoine Rheault, Trois-Rivières; F. X. Leclerc, aumônier de l’asile St-Jean-de-Dieu ; M. Barcelo, Ste-Brigide ; M. Roux, de St-Vincent-de-Paul; Cloutier, de $St-Boniface; Lavallée, curé de St-Vincent de Montréal; Faubert, chapelain des Sœurs de la Providence ; R. Caisse, Séminaire des Trois-Rivières ; J. E. Foucher, préfet des études au Collège Bourget, à Rigaud; KR. P. fanseau, C. S. V., Mile-End ; N. Piché, curé de Lachine ; Latulippe, chapelain des Sœurs de St-Anne; R. P. Coutu, C. 8. V., Joliette : R. P. Schmidt, S. J.; M. Tétrault, curé de St-Jean-Babtiste à New-York; R. P. Geoffrion, congréation des Pères de la Ste-Croix; M, J. B. Morin; M. Jecelles, Secrétaire de Mgr Lorrain, Supérieur du Collège Ste-Marie ; Arthur Quesnel, vicaire à St-Jean; M. Morissette, de: St-Charles; M. Martin, de l'Hôpital Général; M. l'abbé J. A. Bertrand ; M. l’abbé Delavigne, directeur du : Séminaire de philosophie, Collège de Montréal ; P. Caisse, $S, J.; R. P. Plessis, dominicain. Parmi les Oblats: R. P. Martinet, 0. M. I., Asst. Général de Paris; R. P. Lefebvre, O0, M.I.,, Provincial ; R. P. McGrath, ©. M.1,. Provincial. ;Etats-Unis ; R.P. Nicoll , O. M.I., Dublin; R. P. Brady, O. M. I:, Dublin; R. P. MeGuckin, O. M. IL. Supérieur, d'Ottawa; R. P. Poitras, O. M. I., de Mattawa ; R Burtin, O. M. I., de Caughnawaga ; R. P. Joyce, Supérieur de la maison de, l’Immaculée Conception, Lowell, Mass; le R. P. Dandurand, ©. M. I.; KR. P. Grenier, O. M. I., de St-Sauyeur de Québec; R P, Nolin, 0,.M. IL, de l’Université d'Ottawa ; R. P. Fournier, O.M.I., de Plattsbourg, N. Y.; R. P. Harnois, O. M.I., d'Ottawa R Lacombe, O. M. I.; R. P. Guillet, O. M. I.; KR. P. L. Lauzon, O0. M. I. curé de Hull; R. P. Garin, O. M. I. Supérieur. de la maison de Lowell, Mass ; R. P. Gendreau, O0. M.L.; R.P. Tranchemontagne, O0. M. I.; R. P. Pian,

O. M. I. ; R. P. Lecompte, O. M. I.; R. P. Lagier, O.M. ; R. P,. Brault, O. M.I.; R. P. Lacasse, O. M. I.; R. P. Langevin, O, M. I.; À. P. Perreault, O0. M.I: R. P. Jodoin, O0. M. I. Supérieur; R. P. Royer, O. M. IL. de Québec ; R. P. Gladu, O. M.I., ce Québec; R. P. Langevin, O. M.I., d'Ottawa; R. P. Fafard, O. M. I., Supérieur Témiskaming ; Frères Talbot, Dubé, Peltier et Boissonneault, O. M. I.; Frère Louis, O. M. IL. le seul survivant des six premiers Oblats qui arrivèvent en 1841.

Plusieurs prêtres et surtout nombre de religieux n’inscrivirent pas leurs noms sur le régistre et nous sommes dans l'impossibilité de les consigner ici.

Parmi les laïques on remarquait :

Hon. M. Chapleau, Hon. H. Mercier, Hon. juge Loranger, Hon. J. Thibaudeau, Hon. juge Taschereau, Son honneur le Maire McShane, L. O. Taillon, J. J. Curran, Jos. Brunet, M. P.P.; N. H. Bourgouin, député Recorder ; L. O. David, Président de la Société St-Jean-Baptiste ; J. A. Martin, Union St-Joseph ; S. Chef Lapointe, Société St-Pierre ; J. A. Brault, Société des Artisans; Ech. J. Robert, Geo. Hughes, Chef de Police; Hon. Armand, Sénateur; Dr Hingston, Hon. Jos. Tassé, Hon. M. C. Desnoyers, M. Jac. Grenier, H. Beaugrand, R. Bellemare, Dr G. E. Desjardins, Dr Dagenais, Damase Pariseau, Président de la Chambre de Commerce; A. Bissonnette, A. Desjardins, M. P.; L.E. Beauchamp, Président de l’Association des Marchands ; Ech. Savignac, M. Bertrand, de la maison Cadieux et Derome, Ech. Clendenning, A. T. Lépine, M. P.; Dr J. Sadlier, C. B. Lanctôt. Dr Rottot, H. $S. Cadieux, L. A. Derome. L. Tixier, Echevin, de St-Jean ; N. Giroux, H. Laporte, Union St-Vincent ; Hon. Louis Beaubien, Hon. juge Jetté, Hon. Larivière, Manige . une foule d’autres, les convives étaient au nombre

Lorsque les convives eurent fait justice au menu exquis du festin, les Honorables Messieurs Chapleau, Mercier, Tassé, Robidoux, Loranger, McShane, Taïllon, ainsi que plusieurs autres, firent de magnifiques discours à la louange des Oblats. Tous firent allusion à l’union si désirable qui existe entre le Clergé et l'Etat. Le beau spectacle d'aujourd'hui ne se voit guère maintenant qu’en Canada, etc., etc.

Les membres du Comité et les dames et demoiselles reçurent leur part de compliment.

Nous avions espéré pouvoir nous procurer ces discours : la chose a été impossible. Nous le regrettons sincèrement.

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