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Circulaire au clergé [microforme]

Le premier de février de l’année dernière, j'adressai quelques mots au clergé réuni à l'Evèché, sur le projet d’un nouveau journal dont il était aiors question. L'exécution du projet me souriait, comme à beaucoup d’autres, parceque Jy voyais le bien de la religion, qui devait y trouver une arme puissante, dans les terribles combats qu’il lui faut soutenir contre le journalisme impie. Aussi, ce projet était-il à mes yeux comme un bouquet de fête, que bénirait le glorieux St. Ignace qui a écrit ces admirables lettres dont la simple lecture, après dixhuit siècles, embrâsent tous les cœurs d'amour pour Notre- Seigneur et Sa Sainte Eglise.

La bénédiction de ce généreux défenseur de l'enseignement du Christ dont le nom était gravé dans son cœur, en lettres d'or, a produit son fruit, comme vous avez pu le voir, par le Rapport de gestion de l’'Administrateur de la société du Journal le «Nouveau Monde,» qui vons fut adressé le 15 mai dernier. Vous aviez d’ailleurs sous les yeux, dans la circulation de ce journal, une preuve sensible du succès qu’il obtenait chaque jour. Ilen faut conclure que chacun en sentait intimement l'importance et la nécessité.

On a compris en effet que ce Journal était l'organe du patriotisme religieux ; qu’il associait le Prêtre au Citoyen, pour promouvoir les intérêts religieux et civils du pays ; qu’il consacrait ces sentences si vraies que la patrie et la religion ne peuvent être séparées, sans jeter le peuple dans un abime de maux ; que le Prêtre ne peut se passer du Citoyen, et que le Citoyen ‘ne peut se passer du Prêtre, et autres qu'il faut admettre comme des axiômes.

Ce journal paraît avoir rempli sa mission, en établissant les vrais principes sur lesquels doivent reposer les sociétés pour être solides, en défendant les droits du St. Siége, contre les ennemis de la religion qui attaquent avec un si grand acharnement ; en justifiant les laïques qu'une presse impie ne se lasse pas de charger d'injures; en vengeant l'honneur du clergé qu'outragent ceux qu'il a comblés de bienfaits; en encourageant les bons citoyens, les vrais patriotes, dans l’accomplissement des saintes et belles œuvres qui s'offrent chaque jour à leur charite, et qui attirent tant de Bénédictions sur la patrie qui nous est si chère à tous. Ainsi, c’est lui qui le premier a élevé la voix, pour favoriser le mouvement des Volon-

taires Canadiens, et les a dirigés jusqu'aux portes de la Ville Eterneile.

Ainsi, ce journal a marché à grands pas dans la voie qui lu a été tracée par ses fondateurs. Il a rempli, autant que possible, sa noble tâche. Il a répondu à l'attente de ses abonnés, autant du moins qu’il lui fui donné de le faire, avec les ressources qui ont été mises à la disposition de ses directeurs par les actionnaires. 11 a fixé l'attention de N.S. P. le Pape, qui a daigné le reconnaître comme un des deux journaux de notre Amérique, dévoués spécialement au St. Siége. A l'heure qu'il est, il attire les regards du public qui s'attend à un plus grand développement, par les efforts qu'ont à faire ceux qui, dès le principe, se sont si généreusement dévoués à cetteœuvre éminemment religieuse et nationale,

Il s'ensuit que, si ce journal, si bien encouragé jusqu'ici, venait seulement à languir et à végéter, il perdrait beaucoup de son prestige ; et par une conséquence nécessaire, il s’affaiblirait beaucoup dans la lutte incessante, dans laquelle il se trouve engagé pour l'honneur et les intérêts de la religion. Le déshonneur qui en résulterait, rejaillirait infailliblement sur le clergé et les bons laïques qui se sont associés pour cette œuvre.

Comme vous aurez pu vous en convaincre par le rapport mentionné ci-dessus, ce journal a toutes les chances d’un succès complet. Mais, comme toute autre entreprise humaine, il lui faut surmonter les obstacles qui se rencontrent nécessairement dans toute œuvre qui commence. Plus cette œuvre est grande, et plus les difficultés se multiplient pour l’entraver dans sa marche, jusqu’à ce qu’elle ait eu le temps de s’organiser et de s’affermir sur ses bases.

Telles sont les principales raisons pour lesquelles j'ai cru devoir appeler votre attention sur le Nouveau Monde, qui est votre œuvre, et qui assurément vous fait honneur. Vous l’aiderez, je n’en doute pas, par tous les moyens en votre pouvoir : par exemple, en lui procurant de nouveaux actionnaires, en augmentant vos actions, si vous le pouvez, en faisant vos versements, s'ils n'étaient pas encore faits, en ménageant quelqu’ emprunt, à des conditions avantageuses et faciles, et autres que votre zèle vous inspirera.

Je vous écris la présente au milieu des travaux et exercices de la Visite Pastorale. C’est vous dire que j'ai besoin de votre indulgence pour couvrir toutes les négligences que vous y découvrirez.

Je n’en serai que plus cordialement,

Monsieur,

Votre très-humble et dévoué serviteur,

j IG, ÉV. DE MONTRÉAL.

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