Cités ouvrières
Quelque soit l’ouvrage de Fourier que l’on lise, il est nécessaire d’avoir une idée nette sur sa manière d’envisager le mouvement des sociétés humaines. Loin de faire table rase du passé, comme l’ont prétendu certains polémistes qui n’ont jamais lu ses écrits, il en tient au contraire grandi compte ; il suit pas à pas le mouvement progressif qui, de l’état sauvage, a amené une partie de l’humanité a 1 état civilisé, où se trouve aujourd’hui l’Europe, et après lequel elle doit arriver, suivant lui, à un état plus perfectionné et plus heureux.
Fourier a divisé le passé historique en cinq grandes périodes; il a assigné à chacune d'elles des caractères spéciaux qui doivent aider à déterminer d’une manière aussi précise que possible à laquelle appartient tel moment, telle phase, de la vie d’an peuple.
Voici ces cinq périodes :
Première période, eden ou Paradis terrestre. — C’est le premier moment de la création de l’Humanité. Son histoire est perdue ou restée enveloppée dans les symboles obscurs des traditions et deslivres sacrés. Dans cette période, l’humanité devait jouir d’un bonheur assez étendu, s’il faut en croire les souvenirs confus et les regrets qu’elle a laissés. Après la chute , dont les causes sont encore indéterminées , l’humanité se trouve dans un état inférieur appelé Sauvagerie.
Deuxième période, sauvagerie.
Troisième période, patriarchat. — Le Patriarchat est un progrès sur l’état sauvage ; il comporte les cultures, le soin des troupeaux, une certaine industrie.
Quatrième période, barbarie. — La tribu ou le clan est remplacé par la nation ; les villes, les empires se forment, l’industrie augmente; des relations plus étendues s’établissent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Cinquième période, civilisation. — Les mœurs s’adoucissent, les arts se perfectionnent, l’industrie prend d’immenses développements.
Après avoir assigné les caractères spéciaux qui distinguent chacune des cinq périodes, et avoir démontré qu’elles ont sans cesse tendu à s’engendrer l’une l’autre, Fourier se demande si l’humanité doit rester dans la cinquième appelée Civilisation. Il ne le croit pas, et il cherche à déterminer quelles seraient les périodes supérieures, ou, autrement dit, quels seraient les moyens de s’élever à un état plus parfait.
Il indique tout d’abord trois autres périodes.
Sixième période, garaatisme. — Sous ce nom de Garantisme, il trace tout un ensemble d’institutions d’où ressortirait une solidarité plus complète entre les membres de la société, telles que banques, comptoirs communaux , asiles ruraux , associations de ménages dans les villes, etc.