‹ Citoyens, animaux, phénomèmesChapitre 2 sur 39 · LES DEUX FRÈRES SIAMOIS · texte numérisé non relu

LES DEUX FRÈRES SIAMOIS

rouge au front, était obligé de zigzaguer avec lui, pour ne pas se faire de mal à leur membrane.

Edward devint un érudit distingué. Mais on ne put l'inviter longtemps aux banquets des Sociétés savantes, où le crapuleux Edmund, dès le potage, commençait tout de suite à raconter de ces histoires obscènes que les gens convenables réservent d'ordinaire pour la fin du repas.

L'année dernière, Edward demanda la main d'une belle et riche jeune fille. Le mariage eut lieu en grande pompe. On fut bien forcé d'inviter Edmund, qui se tint d'ailleurs assez bien pendant la cérémonie. Il semblait que sa belle-sœur lui en imposât un peu. Dans le cortège nuptial, la femme d'Edward, Edward lui-même, Edmund et sa demoiselle d'honneur s'avancèrent, tous quatre sur un rang, au milieu de l'admiration générale.

Edmund, le soir du mariage, fut très convenable et très discret. Il s'endormit le premier, et fit semblant, le lendemain matin, de se réveiller très tard. Pendant la lune de miel de son frère,

il s'adonna moins à la boisson, surveilla ses paroles et s'habilla proprement, puisqu'il sortait avec une dame.

La jeune femme — ai-je dit qu'elle s'appelait Gecily? -— exerçait sur Edmund une grande influence... Au bout de quelque temps, il advint ce qui arrive bien souvent quand on introduit un célibataire dans un ménage. Des relations coupables s'établirent entre Gecily et le perfide Edmund.

Pendant six mois, Edward ne s'aperçut de rien.

Mais tout finit par se savoir.

Edward trouva des lettres dans un tiroir mal fermé, et apprit d'une façon irrécusable que sa femme et son frère le trahissaient tous les jours.

Quel parti lui restait-il à prendre?

Se battre en duel avec Edmund, ce n'était guère conforme aux usages anglais. Il craignit aussi les discussions chinoises des témoins. Le duel au pistolet, à vingt-cinq pas, n'était guère possible, non plus que le duel à l'épée, avec l'interdiclion habituelle des corps- à-corps.

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