‹ Civilité du premier âgeChapitre 11 sur 11 · NEI S I E · texte numérisé non relu

NEI S I E

Quoi! c'est Marguerite , de la ferme , à qui maman donne une mesure de blé par semaine ? Elle n est plus si pauvre î

CHAR LES

Oui , c'est elle; et son fils , le bon petit Jacques ; qui Ta nourrie deux ans sans le secours de personne , et qui travaille à présent au jardin !

il est bien heureux depuis que nous le connoissons!...

Mme BE SAIN TE - LUCIE.

Laissons cela, mes ënfans ; reprenons les règles de la civilité.

Les yeux sont le miroir de l'âme ; il faut donc s'efforcer de rendre son regard doux et modeste , comme aussi d'avoir un air affable et prévenant.

Evitez de vous défigurer en faisant des grimaces ; ne louchez point non plus pour faire rire vos camarades : de semblables contorsions sont indignes d'un enfant bien élevé, et font beaucoup de tort à la vue.

Ne fixez point un objet avec affectation; n'ayez point non plus l'air hagard : c'est un signe de folie. Ne regardez point fixement le soleil ou la lumière : rien n'est si dangereux pour la vue.

Neregardez personne en fermant un œil ou en clignant les yeux; celaestincivil et marque du dédain.

11 faut encore moins regarder par-

dessus l'épaule : cela annonce une hauteur méprisante qui ne sied à personne.

Il ne faut pas parler de .90/ sans nécessité : dans le monde on doit s'oublier entièrement 3 et toujours être occupé des autres.

Si quelqu'un dit ou fait quelque chose dont il ait honte ensuite , n'ayez pas l'air de vous en apercevoir, et paroissez occupé d'autre chose.

11 est ridicule de se vanter. Si quelqu'un vous loue, il faut changer adroitement de discours. Si c'est une personne fort au-dessus de vous, ou plus âgée , il faut baisser les yeux et garder le silence , après avoir fait un salut respectueux.

Si l'on vous fait un présent , quelque léger qu'il soit , montrez-

en de la reconnaissance , à cause de l'intention , et ne cherchez pas à connoître s'il a de la valeur.

Ne parlez jamais des présens que vous faites; faites-les, s'il se peut, de manière à rester inconnu.

Il faut être d'une humeur sociable ; entendre la plaisanterie, et ne point se fâcher d'un léger badinage; surtout ne point y répondre par des paroles piquantes.

Les en fans doivent être polis et prévenans, même entre eux ; éviter les querelles, et entretenir la bonne intelligence, sans laquelle la société ne peut se soutenir : rien n'est préférable à une humeur égale , à un joli caractère.

Toute personne plus âgée que vous a droit à vos égards, quel que soit son rang ou sa fortune.

Souvenez-vous de ne jamais souf-

fier une bougie ou une chandelle avec la bouche: si on veut l'éteindre, il faut se servir des mouchettes, et s'y prendre assez adroitement pour ne point laisser de mauvaise odeur.

Il est très mal de faire des questions sur ce qui ne vous regarde pas. En général, il faut s'habituer à tout voir et tout entendre en silence, et ne jamais répéter ce qui s'est passé, ou ce que l'on a dit dans l'endroit où l'on étoit.

KELSIE.

Maïs, maman, vous nous avez dit plusieurs fois que vous aimiez que vos enfans vous fissent des questions ?

Mme de SAINTE-LUC IE.

Oui , ma petite ; mais sur ce qui peut vous instruire, et jamais sur mes affaires ou celles des autres;

car c'est une impertinence intolérable , qui attire aux en fans mille mortifications; c'est aussi la marque la plus sensible à laquelle on puisse reconnoître un enfant mal élevé.

Poursuivons.

Il est extrêmement malhonnête de tracer des lettres avec son doigt sur un meuble où il y a de la poussière, ou même de l'essuyer : on doit éviter de paroître s'apercevoir de ce qui peut blesser l'amourpropre des personnes chez qui l'on est. Il est aussi fort déplacé de parler de la mauvaise odeur d'un lieu, ou des désagrémens qu'on y remarque. On doit éviter de même de montrer à quelqu'un un trou , une tache, ou toute autre chose qui dépare ses vêtemens : cela n'est permis qu'avec ses égaux.

11 faut éviter de donner des épithètes humiliantes , surtout aux malheureux : par exemple , un homme qui demande son pain ne doit pas être appelé un mendiant , mais un pauvre.

Si un enfant donne l'aumône à un pauvre , il faut qu'il le salue en lui offrant sa petite pièce, et que son air exprime la compassion : il seroit indécent de s'approcher d'un malheureux, en sautant et en ricanant; il est déjà assez à plaindre , sans lui montrer qu'on est insensible à ses maux.

Il est grossier et inhumain de contrefaire ceux qui ont des ridicules, ou qui sont disgraciés de la nature.

Il ne convient qu'aux polissons de faire des grimaces derrière les gens.

Avez soin , mes enfans , de ne point faire répéter deux fois la personne qui a parlé, en lui disant :

que dites-vous? C'est une impolitesse.

îl n'est pas plus poli de parler bas à l'oreille de quelqu'un en présence d'autres personnes.

On doit aussi éviter de faire des gestes en parlant , ou d'éclater de rire.

Gardez - vous de rien dire de désobligeant à personne; saisissez, au contraire , toutes les occasions de vous rendre agréables.

Un enfant qui a bon cœur doit être gai avec ceux qui sont gais, et sérieux avec ceux qui sont dans la tristesse.

Ne mentez jamais , mes chers enfans, pour quoi que ce soit au monde; mais gardez-vous daffir-

mer la vérité par un jurement !

Dites simplement : cela est , ou cela n'est pas , sans ajouter en vérité '* ou sur mon honneur, ce qui seroit très mal l

En général, soyez très sévères pour vous-mêmes et très indulgens pour les autres: avant de reprendre vos camarades, songez à travailler à votre perfection. Souvenez-vous qu'on voit souvent une paille dans l'œil de son frère , et qu'on ne voit point une poutre suspendue sur sa tête : l'indulgence est la première des vertus : c'est la charité chrétienne!...

Voilà , mes chers enfans, ce qu'il est indispensable de savoir et de pratiquer dans le monde , si l'on veut s'y faire aimer et estimer.

Quand vous serez plus avancés en âge, vos devoirs seront plus éten-

dus; mais pour le présent, les règles que je vous ai données vous suffisent.

Madame de Sainte -Lucie termina la semaine comme elle avoit fait chaque soirée, en embrassant son aimable famille. Les jeux les plus bruyans succédèrent aux sages conseils , sans que ceux-ci s'effaçassent de la mémoire de ces bons et charmans enfans.

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