SOUFFLOT, D'ALBE
SOUFFLOT , le suiuant.
Eh bien! quoi donc? qu'est-ce que ça signifie?
d'albe , sèchement.
Monsieur Sonfflot !
SOUFFLOT
Monsieur d'Alhe!
d'albe.
Comme parent du tuteur de ma femme , vous êtos venu chez moi, et c'est là que vous avez connu Lajaunay... C'est mon ami, un ami de collège... Qu'il ait quelques manies, de légers travers, soit... mais c'est un homme solide, sûr, et incapable de la moindre méchanceté j on «'en peut pas dire autant de tout le monde. Quant à sa
femme . je crois l'avoir bien jugée , et j ai la plus haate estime pour son caractère et sa conduite. Je ne puis donc apprendre, sans en être blessé, des insinuations qui portent une égale atteinte à son repos, et à l'honneur de mon ami. Si de pareilles calomnies se propagent. Monsieur, vous ne remettrez plus les pieds chez moi... Du reste, vous êtes le maître de parler sur mon compte, tout comme vous l'entendrez 3 je n'ai pas la faiblesse de vous craindre.
SOUFFLOT
Comment, Monsieur? Qu'est-ce que c'est que cette sortie-là ?
^4ir du Parnasse des Dames.
C'est presque me nieltre à la porte ; Nulle part encore 011 n'osa Agir envers moi de la sorte.
d'albe.
Peut-être la mode en viendra,
SOUFFLOT
Mais , Monsieur , le fait est notoire , Sur vous je n'ai jamais dit rien.
d'albe.
Ah! vous me flattez... Je vais croire Qu'on n'en peut dire que du bien,
SOUFFLOT
J'entends. . . Parce que je suis ouvert , expaosif , que j'ai la bouche facile , vous me regardez comme un rcéchnnt. . • si je l'étais, j'avais une belle occasion tout-à-rheure. d'albe.
Quelque nouvelle médisance?
SOUFFLOT
Non, non, des preuves positives 5 jugez-en. . . Hier , un peu avant votre départ, madame Lajaunay avait quitté le grand salon avec quelques-unes de ses amies, entr'autres madame d'Albe . . .
d'albe , sévèreinent.
Ne mêlez pas ma femme à tout cela, je vous prie.
SOUFFLOT
Pas le moins du monde... Les maris étaient au jeu.
L;ijjiunav gagnait, il gagnait beaucoup; mais Alfred, qui avait parié contre lui , gagnait bien davantage. . . Il n'était
plus dans le salon , depuis quelques minutes Moi , je
m'esquive, pour prendre l'air. Les médecins m'ordonnent d'aller souvent prendre Pair. Je monte au premier. . . d'albe.
Oui, pour prendre l'air.
SOUFFLOT
Ah î si vous me chicanes: sur les détails . . . Entin, je traversais un corridor sombre, lorsqu'un léger chuchottement. . . J'aperçois dans les ténèbres deux personnes qui avaient ensemble un entretien fort animé. . . Je n'ai pas pu distinguer leurs traits. . . C'est tout simple. . . A peine même si les paroles venaient jusqu'à moi... surtout celles de la
dame , qui parlait tout bas , et d'une voix tremblante
Pauvre petite femme ! . . . « Il le faut , je le veux , rendezla moi. . . Si mon mari. . . »
d'albe.
Kt c'était bien madame Lajaunuv?
SOUFfLOT.
Le moyen d'en douter?. . . Pour le jeune homme, c'est différent; il a eu quelques éclats de passion, qui m'ont fait reconnaître Alfred. «Vous l'exigez... Eh bien! c'en est fait. .. la voici... Je n ai plus qu'à mourir. » D'abord ils meurent tous, les amans; cest si commode: on meurt en amour comme on chante au théâtre , quand on ne sait plus que dire. Pour moi , trop délicat pour surprendre un secret, trop sensible pour interrompre un tête à tête , j'allais me retirer, lorsqu'au mouvement que j'ai fait, les deux amans se sont bruquement séparés ... et j'ai entendu à terre le son d'une clé qui tombait.
D ALBE , VLUcniClil.
D'une clé?
SOL-FFLOT.
Oui, un passe-partout que j'ai ramassé ensuite... J'espère que ce n'est pas équivoque.
d'albe, très-tigité.
Une clé ! dites-vous ? . . . J'ai peine h croire , à compren-
<lre m»*me Mais cette de, monsieur Soufflot, je vous
prie de me la remettre.
SOUFFLOT
Eli bien ! eb bien ! quelle agitation !. . . Monsieur d'Albe , qu'avez -vous ?
d'albe,
Rien , rien ; donnez la moi . . . Pas un mot de plus 5 choi^ sissez : cette clë à l'instant même , ou bien , votre beure , votre arme?
SOUFFLOT
Allons donc, monsieur d'Albe.
d'albe , lui saisissant le bras.
Pas de bruit. . . Cette cle' !
SOUFFLOT
Aie I aie ! doucement . . . Que diable ! je ne l'ai plus . . . Au bout du corridor , Alfred, qui m'attendait, me l'a redemandée d'une manière aussi aimable que vous; je lui ai repondu comme il le méritait, et je la lui ai remise, parce que je ne me soucie pas de me faire couper la i^orç^e pour des folies qui ne me rei;ardent pas... Je ne me mêie jamais des affaires des aufres. ( Se frottant le bras. ) Quest-ce que c'est que ça , donc?
d'albe.
Vous ne l'avez plus?
Ron , non , parole d'bonneur.
d'albe.
Je vous crois , mais si vous me trompiez ! . . Soufilot , que ceci reste entre nous; que personne ne soit compromis. . . qu'on ne sache pas un mot de cette aventure, pas un seul mot; car alors vous auriez ma vie , ou j'aurais la vôtre. ( // se jette dans un fauteuil.) Une clé I . . . SOUFFLOT, à part.
Par exemple, je vous demande un peu quel intérêt... Est-ce que lui aussi?... Madame Lajaunay .. . C'est cela. . . une passion.. . Il faut que leur amitié ait un motif. . . Je ne crois pas aux amitiés de collège , moi. ( Haut. ) Monsieur d'Albe , je pourrais me fâcber, je le devrais; je ne me fâcherai pas.
d'albe.
Air : Je saurai bien la faire marcher droit.
Que dites-vous?
souFfi^or.
Vous devez le savoir , Il laiit qu'à moi l'on se confie.
Oui , c'est un tort , n'importe je l'oublie ; Comme un ami , je reviendrai ce soir.
,' J pari. ) C'est un rival , d'Alfred, je suis au fait.
Faisons valoir ce que je viens d'entendre ; Car , s'il est doux de savoir un secret , Le bonheur , c'est de le répandre.
( Haut. ) Adieu , mon cher , vous devez le savoir. ,
d'albe , à pari.
Quel trouble affreux vient ici m'émouvoir?
Eh quoi ! ma femme , mon amie!
J'aurais perdu le bonheur de ma vie , A tous les yeux cachons mon désespoir.
SCEIVE Xî.
D'ALBE, seul. — // suit Soufflot des jeux.
Comnieut! est-ce qu'il oserait ? . . > Oh ! non , non ... La soupçonner I c'estirapossible. . . Et pourtant oui. . . moi !.. . moi-même ! . . . {Il cache sa tête dans ses mains. )