‹ Claire d'AlbeChapitre 3 sur 56 · SUR HAUTEUR · texte numérisé non relu

SUR HAUTEUR

d'admiration. Par une bizarrerie assez extraordinaire, il a obtenu plus de succès dans les paA^s étrangers , et surtout en Angleterre, que dans la patrie de Fauteur. Il en a paru à Londres plusieurs traductions et plusieurs éditions : tous les journaux anglais en ont Ïj'i le plus pompeux éloge, et il est devenu classique dans un pays qui a produit, dans ces derniers temps, un ^i grand nombre d''ouvrages du niéme genre.

©""autres écrivains oiit mieux connu que madame Cottin le monde et ses ridicules ; mais personne n'est allé pins avant dans les secrets du cœur, et n''a rendu les senti mens et les passions avec plus d^élof|uence et de vérité. Elle avait une si grande facilité , que ses ouvrages ne lui coûtaient presque point de travail. Elle ne déroba jamais un instant ni à se? devoirs , ni à la société de ses amis. Quoiqu'elle ait beaucoup écrit y

lo NOTICE IITSTORÎQUE

elle nvail pour maxime qii''une femme ne doit point écrire. Dans la première édition iWimélie de Mausjicld ^ elle faisait une censure très— amcre des femmes auteurs , et ne songeait point à faire une exception j)0ur elle. C'est avec beaucoup de peine qu'houe consentit dans la suite à supprimer ce passage qu^on lui reprocliait comme une inconséquence. Elle élait de si bonne foi dans celte opinion, qu'acné ne pouvait se consoler d^avoir publié des ouvrages , surtout des romans ., et de s^être livrée aux jugcmens des lecteurs. La raison qu\'lle en donnait fait I)ien connaître son caractère : « IjorsquVn écrit » des romans , disait— elle , on y met » toujours quelque chose de son pro-

> pre cœur : il faut garder cela pour

> ses amis. » Son plaisir était de composer un roman: lorsque Touvrage élait publié , sa crainte et son ennui étaient

SUR L'AUTEUR. xi

cVen entendre parler. Lorsque ses amis louaient un de ses ouvrages, elle n^en était touchée que lorsque , dans leurs éloges , elle voyait une marque de leur amitié. Personne ne redoutait moins qu''elle une critique purement littéraire. Lorsc[iî^un de ses ouvrages était jugé avec sévérité dans les journaux , elle était toujours de Favis des critiques, et s^accusait ini^énument d'avoir mérité leur censuie. Pour se faire pardonner ce qu^elle appelait ses torts, elle avait associé les pauvres au succès de ses ouvrages, et le produit en était toujours employé à des œuvres de bienfaisance.

Dans les dernières années de sa vie , elle avait entrepris d'écrire un livre sur la religion chrétienne, prouvée par les sentimens : elle avait commencé aussi un roman sur Féducation , dont elle n'avait fait que les deux premiers volumes : une maladie cruelle la surprit

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