LETTRE XXV T
CLAIRE A Ér.ISE.
Ou suis-je ? Elhe , et qu'ai-je fait? Une effrayante faîalite me poursuit; je vois le précipice où je me plou«e , et il me semble qu'une main invisible m'y pousse malgré moi ; c'était peu qu'un criminel amour eût corrompu mon cœur , il me
manquait (Ven faire l'aveu. Entraînée par une puissance contre laquelle je n'ai point de force , Frëde'ric connaît enfin l'excès d'une passion qui fait de ton amie la plus mc'prisable des créatures... Je ne sais pourquoi je t'écris encore ; il est des situations qui ne comportent aucun soulagement , et la pitié ne peut pas plus m'arracher mes remords que tes conseils réparer ma faute. L'éternel repentir s'est attaché à mon cœur; il le déchire, il le dévore ; je n'ose mesurer l'abîme où je me perds , et je ne sais où poser les bornes de ma faiblesse J'adore Frédéric ,
je ne vois plus que lui seul au monde; il le sait , je me plais à le lui répé(cr : s'il était là , Je le lui dirais encore ; car , dans l'égarement où je suis en proie , je
ne me reconnais plus moi-même Je
voulais t'écriie tout ce qui vient de se passer ; mais je ne le puis , ma main tremblante peut à peine tracer ces lignes mal assurées.... Dans un instant plus calme peut-être... Ah! qu'ai-je dit? le calme, la paix , il n'en est plus pour moi.