‹ Clairette et Clairon comedie en deux actes, melee de chant (volume 2)Chapitre 37 sur 106 · CLAIRON, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

CLAIRON, LE MARQUIS

CLAIRON, uq rôle à la main.

Enfin, j'ai pu me débarrasser de ce terrible marquis! l’ennuyeux personnage! La sotte habitude que de contraindre une comédienne à paraître dans les deux genres. J’ai joué Bérénice, on veut que je joue Céliraène, sans doute parce que ce sont deux Coquettes... OÙ en suis-je? (Eu ce momeut Clairon s’asseoit. Le marquis, à genoux, mesure l’appartement et arrive aux pieds de Clairon qui recule son fauteuil.)

LE MARQUIS

Huit pieds de large sur quatre de long...

CLAIRON

Je vous gène, Monsieur.

LE MARQUIS, levant la tête et se trouvant aux genoux de Clairon.

Pas du tout!...

Alors, c’est moi que vous gênez. Levez-vous, s’il vous plait.

LE MARQUIS

Je trouve la place bonne.

CLAIRON

Qu’est-ce que cela signifie?

LE MARQUIS

Ne vous fâchez pas, Mademoiselle, mais en vous admirant sur la scène, en vous applaudissant avec enthousiasme, comme tout Paris, combien de lois me suis-je dit : Je donnerais ma vie pour être une minute à ses pieds!... et j’y suis.

CLAIRON

Je suis bonne fille et j’aurais mauvaise grâce à me fâcher d’un hommage rendu à mon talent ; mais la minute est passée, mon ami, levez-vous.

LE MARQUIS

11 y a des minutes qui devraient durer des siècles, (u preud u

main de Clairon.)

CLAIRON

Eh bien!... (Elle *e lève.) Comment, lui aussi, un ouvrier.

LE MARQUIS, se levant.

Oui, Mademoiselle, un ouvrier, un brave garçon, qui a un

* Peccadille, Clairon, le marquis. . • • •

*’ Le marquis, Clairou. .

cœur comme un comte ou un marquis, et qui ne peut pas l'empêcher de battre quand il est si près de vous !...

CLAIRON

11 est amusant... mais, Monsieur, j’aurais déjà mis un marquis à la porte.

LE MARQUIS

Et vous auriez bien fait. Je ne dis pas qu’un marquis ne puisse éprouver un sentiment véritable, mais la vanité est presque toujours le mobile de la passion d'un grand seigneur, et il est juste de punir la vanité qui prend le masque de l’amour. (Mouvement de cuiron.) Mais un ouvrier, Mademoiselle, un pauvre ouvrier... qui n’a ni figure...

CLAIRON, le regardant.

Hein!...

LE MARQUIS

Ni éducation...

CLA1MPN.

Mais si!...

LE MARQUIS

Ni esprit...

CLAIRON

Mais si... mais si...

LE MARQUIS

Celui-là, s’il s’expose à être méprisé, chassé.... c’est qu'il aime véritablement, c’est qu’il met son amour au-dessus de sa vanité.

CLAIRON, à part.

Quel langage!

LE MARQUIS

Ah! si j’avais seulement le bonheur de ne pas vous déplaire !...

CLAIRON

Finissons, Monsieur. Je suppose que vous n’avez pas la fatuité de croire qu’il a suffi de quelques minutes pour vous faire aimer?

LE MARQUIS

Oh ! je n’ai pas cette prétention. Je vous donnerai le temps.

CLAIRON

Vous êtes bien bon... mais ce serait inutile, j’aime quelqu’un.

LE MARQUIS

En êtes-vous bien sûre?

CLAIRON, souriant.

Autant qu’on peut être sûre de ces choses-là?

LE MARQUIS, tombant à genoux.

Ab ! Clairon.

CLAIRON

Encore, Monsieur! Ah! c’en est trop et je vous cède la place.

LE MARQUIS

Ecoutez-moi, de grâce.

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