‹ Clairette et Clairon comedie en deux actes, melee de chantChapitre 26 sur 49 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PECCADILLE, seul.

Me voici dans le temple de la divinité! Ouf!... mon cœur fait un tapage!... Tout beau, mon cœur, comme dirait Don Rodrigue. Voilà cependant plus de six mois que j’aspire à ce moment fortuné! O Chimènc!.. ôRoxane!.. ô Cléopâtre!.. Pourvu que Cléopâtre n’aille pas me faire avaler quelque couleuvre!.. Bah!., cet habit de cour que j’ai emprunté au valet de chambre de M. le duc d’Aumont me déguise à merveille, et il est impossible que Clairon se doute que ces flots de dentelles {cachent un tapissier galant. Ah! la femme tragique me perdra. Je m’étais bien juré , après mon mariage avec mademoiselle Alcindor, de n’y plus revenir. Un regard de Clairon a suffi pour réveiller la passion qui dormait sur l’oreiller conjugal; en vérité! je crois que j’ai ôté mordu par quelque tragédie enragée. Enfin, puisque je suis ici , tâchons de bien prendre nos mesures... Hein? voilà un mot qui sent la boutique! mesures!... Il s’agit de bien prendre nos dispositions. Récapitulons: je me nomme d’Ambcrville , je suis marquis, j’ai toujours aimé les beaux vers et les belles femmes, je mets aux pieds de Melpomène mon cœur, ma fortune et mes deux mains. C’est à merveille!... quand je songe aux distractions que je vais me procurer loin de ma pauvre petite femme, de ma jalouse Lucrèce, qui s’imagine que je pose en ce moment des tapis à Versailles, chez M. le duc d’Aumont , le propriétaire de mon habit!... Ah! les maris sont des coquins!... Le mot est lâché et je ne le rattrape pas : les maris sont d’affreux coquins! (se retournant.) Dieu! ma princesse!...

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