‹ Clairette et Clairon comedie en deux actes, melee de chantChapitre 37 sur 49 · CLAIRON, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

CLAIRON, LE MARQUIS

CLAIRON, uu rôle à la main.

Enfin, j’ai pu me débarrasser de ce terrible marquis ! l’ennuyeux personnage! La sotte habitude que de contraindre une comédienne à paraître dans les deux genres. J’ai joué Bérénice, on veut que je joue Célimène, sans doute parce que ce sont deux Coquettes... OÙ en suis-je? (En ce moment Clairon s’asseoit. Le marquis, à genoux, mesure l’appartement et arrive aux pieds de Clairon qui recule son fauteuil.)

LE MARQUIS

Huit pieds de large sur quatre de long...

CLAIRON

Je vous gêne. Monsieur.

LE MARQUIS, levant la tète et se trouvant aux genoux de Clairon.

Pas du tout!...

CLAIRON

Alors, c’est moi que vous gênez. Levez-vous, s’il vous plaît.

LE MARQUIS

Je trouve la place bonne.

Qu’est-ce que cela signifie?

LF. MARQUIS.

Ne vous fâchez pas. Mademoiselle, mais en vous admirant sur la scène, en vous applaudissant avec enthousiasme, comme tout Paris, combien de fois me suis-je dit : Je donnerais ma vie pour être une minute à ses pieds!... et j’y suis.

CLAIRON

Je suis bonne fille et j’aurais mauvaise grâce à me fâcher d’un hommage rendu à mon lalent; mais la minute est passée, mon ami, levez-vous.

LE MARQUIS

Il y a des minutes qui devraient durer des siècles. (11 prend la

main de Clairon.)

CLAIRON

Eh bien!... (Elle se lève.) Comment, lui aussi, un ouvrier.

LE MARQUIS, se levant.

Oui, Mademoiselle, un ouvrier, un brave garçon, qui a un

* Peccadille, Clairon, le marquis.

** Le marquis, ClatroD.

cœur comme un comte ou un marquis, et qui ne peut pas 1 empêcher de battre quand il est si près de vous!...

Il est amusant... mais. Monsieur, j’aurais déjà mis un marquis à la porte.

LE MARQUIS

Et vous auriez bien fait. Je ne dis pas qu’un marquis ne puisse éprouver un sentiment véritable, mais ia vanité est presque toujours le mobile de la passion d un grand seigneur, et il est juste de punir la vanité qui prend le masqne de 1 amour. (Mouvement de clairon.) Mais un ouvrier, Mademoiselle, un pauvre ouvrier... qui n’a ni figure...

CLAIRON, le regardant.

Hein!...

LE MARQUIS

Ni éducation...

CLAIIPN.

Mais si!...

LE MARQUIS

Ni esprit...

CLAIRON

Mais si... mais si...

LE MARQUIS. t

Celui-là, s’il s’expose à être méprisé, chassé.... cest quiL aime véritablement, c’est qu’il met son amour au-dessus de sa vanité.

CLAIRON, à part.

Quel langage!

LE MARQUIS

Ah! si j’avais seulement le bonheur de ne pas vous déplaire !...

CLAIRON

Finissons, Monsieur. Je suppose que vous n’avez pas la fatuité de croire qu’il a suffi de quelques minutes pour vous faire aimer?

LE MARQUIS

Oh! je n’ai' pas cette prétention. Je vous donnerai le temps.

CLAIRON

Vous êtes bien bon... mais ce serait inutile, j’aime quelqu un.

LE MARQUIS

En êtes-vous bien sûre?

CLAIRON, souriant.

Autant qu’oo peut être sûre de ces choses-là?

LE MARQUIS, tombant & genoux.

Ah ! Clairon.

CLAIRON

Encore, Monsieur! Ah! c’en est trop et je vous cède la place.

LE MARQUIS

Écoutez-moi, de grâce.

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