ACTE II, SCÈNE XIV
pt profond : je me suis trompé ; chez elle, comme sur la scène, une actrice joue toujours la comédie.
clairon.
Où voulez-vous en venir avec ce beau discours?
LE CHEVALIER
Où j’en veux venir, vous le savez bien. Oseriez-vous nier au’ici, il y a un instant, quelqu’un vous parlait d’amour... déloyale!
CLAIRON, à part.
Il nous écoutait donc? (Haut.) Doucement, chevalier; pour manquer à sa promesse, il faudrait en avoir fait une. Je n’ai rien promis à personne, pas même à vous.
LE CHEVALIER
Il est vrai. Mais si vous ne partagez pas mon amour, vous devriez au moins épargner à mon amitié le spectacle d’une grande actrice qui oublie sa dignité au point de descendre jusqu’à un amour burlesque.
CLAIRON
En vérité, chevalier, je ne m’attendais pas...
LE CHEVALIER
Pourquoi, dès que cet ouvrier vous a déclaré sa ridicule flamme, ne pas l’avoir congédié!
CLAIRON
Des amants que je fais me rendez-vous coupable?
Puis-je empêcher les geus de me trouver aimable?
Et, lorsque pour me voir ils font de doux etforts.
Dois-je prendre un bâton pour les mettre dehors?
LE CHEVALIER
Non, ce n’est pas, Madame, un bâton qu’il faut prendre.
Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre.
Ah! l’on n’a pas oublié son Molière!
clairon.
Auriez-vous trouvé de bon goût qu’une comédienne fit la prude et jouât l’indignation pour quelques galanteries d’un simple ouvrier?.. Il m’a semblé plus spirituel et tout aussi vertueux d’en rire.
LE CHEVALIER
Eh! quoi! vous riez lorsque le mari d’une honnête femme oublie et ses devoirs et sa famille à vos pieds ! ..
CLAIRON
Mon tapissier est marié?...
LE CHEVALIER
Le mari d’une ancienne ainie !
CLAIRON
Le mari de qui?
LE CHEVALIER
Le mari de Lucrèce.
CLAIRON
Que dites-vous? C’était...
LE CHEVALIER
M. Peccadille!
CLAIRON
M. Peccadille! Ah ! le monstre! Savez-vous qu'il est charmant, chevalier?
LE CHEVALIER
En vérité, Clairon....
CLAIRON
Oh! c’est un homme affreux, mais charmant.
LE CHEVALIER
Pouvez-vous me parler avec cette légèreté !
CLAIRON
Chevalier, disposez de moi, ordonnez... (Lucrèce paraît ei écoute.) tout ce que vous voudrez, je le ferai pour ramener M. Peccadille aux pieds de sa femme. J’aime Lucrèce comme une sœur, elle a été si bonne pour Clairette. Je lui ai déjà rendu un petit service, je veux lui en rendre un plus grand encore en corrigeant à jamais M. Peccadille de son impertinence envers la tragédie.
LE CHEVALIER
Ah ! je reconnais Clairon !
CLAIRON
Envoyez d’abord chercher Lucrèce...