CLAIRON, LUCRÈCE
J’en ris d’avance. Maintenant, ma chère Lucrèce, ne nous laissons pas surprendre. Entrez dans ce cabinet.
LUCRÈCE
Je mets mon bonheur entre vos mains. Mademoiselle. (Elle
entre dans le cabinet à droite.)
CLAIRON
Allez! allez, mon enfant, et comptez sur Clairon... Le voici! SCÈNE XIX.
CLAIRON, LE MARQUIS DE BRIANT, au fond.
CLAIRON, seule un instant.
C’est singulier, il ne me semble plus aussi bien. Où donc avais-je rêvé cette distinction ! Il a l’air commun, ifne physionomie sans expression. (Haut.) Ah! c’est la réalité qui a pris la place du roman. Approchez, galant tapissier, (a part.) Ah ! vous voulez jouer la comédie avec une comédienne, on va vous
* Clairon, Lucrèce.
** Clairon, Jeannette, Lucrèce.
montrer comment cela se pratique. (Haut.) En vérité, mon cher Tircis, vous me négligez.
Je m’appelle Nicolas de mon petit nom, Mademoiselle, et non pas Tircis.
CLAIRC&.
Si ça vous est égal, Nicolas , je vous appellerai Tircis. Vous avez une physionomie de berger malheureux qui ferait le meilleur effet sur un écran ou dans un trumeau.
LF. MARQUIS.
Surtout à vos genoux, belle Iris.
CLAIRON
Je suis sûre que vous composez des pastorales à vos moments perdus.
LE MARQUIS
Non, cem’est pas mon genre, je suis plus vif que cela.
CLAIRON, à part.
L’impertinent!
LF, MARQUIS.
Parce que je suis plus amoureux.
CLAIRON
C’est une excuse; en vérité, M. Nicolas, je suis sotte d’écouter vos folies; quand on est si beau garçon, on se plaît à conter fleurette à toutes les femmes.
LE MARQUIS
Il n’en est pas d’aussi charmantes que vous!
CLAIRON. '
Prenez garde, j’ai pris en jouant Roxane la mauvaise habitude d’ètre jalouse.
Ah! Clairon, qu’ai-je entendu?
’ CLAIRON, minaudant.
Est-ce que j’ai dit quelque chose ?
LE MARQUIS
Oh! rien, mais vous avez laissé deviner...
CLAIRON, jouant de l'éventail.
Quoi donc?
LE MARQUIS, se jetant à ses pieds.
Que je suis le plus fortuné des hommes.
CLAIRON
Le plus fat.