SCÈNE X
Une jeune actrice qui croyait trouver encore scs camarades , se présente ; elle juge au maintien
de Germano que c’est M. le Duc : elle le saine comme tel. Germano, loin de la détromper, affecte de la grandeur, et avec bonté il l’engage k s’approcher; elle obéit d’un air modeste. Il loue sa figure et l’élégance de sa taille. La jeune personne ne répond que par des révérences , et les yeux baissés , qu’elle lève cependant assez à propos pour que Germano les trouve très-expressifs. 11 apprend qu’elle est danseuse , et la prie d’exécuter quelque chose de son art. Sans se faire prier, elle danse différens caractères ; Germano , charmé de sa danse , lui en fait compliment ; elle le prévient qu’elle sait aussi par des gestes, exprimer les passions, et elle exprime aussitôt, par son jeu, une partie du duo de Colombine et de Pierrot, du Tableau parlant : Je briderai d’une ardeur éternelle , et jamais je ne changerai : jusqu’au tombeau je te serai fidelle etc. Elle s’identifie tellement avec l’esprit de ce rôle , qu’elle prend le prétendu Duc pour son Pierrot , et se laisse aller amoureusement entre ses bras. Germano vivement ému, et déjà enflammé d’amour, s’identifie, de son côté, au personnage de Pierrot; a l’instant ils sont brusquement séparés : c’est Betti qui se présente d’un air impérieux et menaçant. La jeune actrice se plaint k M. le Duc de la brutalité de cette soubrette. Betti, outrée de cette impudence, découvre la veste de livrée de Germano , et fait voir k
l’actrice qu’il n’cst que le valet du Duc. A cet aspect, l’amoureuse confuse et honteuse s’enfuit précipitamment.
Betti demande h Germano s’il compte se conduire ainsi lorsqu’ils seront mariés ; elle lui déclare d’un air déterminé qu’elle s’en vengerait, qu’elle le poignarderait; tout en gesticulant elle le bourre si rudement, que Germano lui demande pardon à genoux ; l’assure que ce n’était qu’une plaisanterie, et lui jure d’être constant et fidèle. Betti se calme, et ils s’expriment mutuellement leur tendresse. -