SCÈNE VIT
Le Duc , livré a de profondes réflexions , les bras croises, se promène à grands pas ; tandis qu,e Clari fond en larmes.
Clari se lève et suit le Duc , en le suppliant de l’entendre ; elle lui demande pardon de legare-<
ment où l’a jetée la représentation de cette pièce, qui l’a rappelée à scs devoirs. Elle exprime qu’elle peut braver les coups du sort, mais non pas les regards d’un père ; pour s’exposer à sa colère ; non ! son cœur n’est pas assez fort. Les larmes la suffoquent. Elle adresse au ciel son invocation habituelle : Descend du ciel, doux Hy menée!
Et tombant aux pieds du Duc, elle le supplie avec instance de lui rendre l'honneur, en lui donnant son nom. Le Duc la l’elève ; et prenant un air compose et important : Avez-vous pu croire qu’un homme de mon rang puisse s’unir a vous ?
Elle répond qu’elle a du croire à ses sermens. Il lui fait entendre qu’il a pu lui donner son cœur, mais qu’il ne saurait disposer de sa main. Clari lui rappelle la promessse de mariage , par écrit , qu’il lui a faite : Oui, c’est demain, etc. En même tems elle la tire de son sein, et la lui met sous les yeux. Le Duc exprime qu’elle n’est point valable. Clari est en quelque sorte anéantie de ce perfide aveu, et la lettre lui échappe des mains. Tout éperdue , elle se précipite sur l’épée qu’elle aperçoit, et va se la plonger dans le sein. Le Duc saisit cette arme , et parvient h la lui arracher des mains. Dans l’excès de son désespoir, elle exprime : Non, barbare, non , vous ne m’empêcherez point de
me donner la mort ! Cmel vous qui m’avez
rendue l’opprobre de ma famille qù puis-je
me cacher? là, (en montrant la terre comme
le seul asile qui puisse la recevoir et terminer ses maux). Affoiblie par ses tourmens, elle tombe entre les bras de Betti. Le Duc, vivement frappé des reproches de Clari, en paraît consterné. Il s’approche d’elle , et l’assure qu’il l’aimera toujours. Clari , révoltée de cette perfide lâcheté, ne peut plus le voir sans horreur ; elle le fuit , et se renferme dans sa chambre.