‹ Clarisse Arbois; comédie en trois actesChapitre 2 sur 72 · P.-V. STOCK, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

P.-V. STOCK, ÉDITEUR

(Ancienne Librairie TRESSE & STOCK)

27, RUE DE RICHELIEU, 27 (Près le Thédtrc-b'rançais)

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// a été tiré à part, sur papier de Hollande, sept exemplaires numérotés et paraphés par f éditeur.

A Paul ADAM

lorsqu'un auteur, mon cher ami, voit l'idée de sa pièce presque unanimement incomprise, — quand il a, autrement dit, manqué ce qu'il voulait foire, — c'est peutêtre Un tort à lui de souligner son, ridicule par une préface. If m'est bien pénible, cependant, de laisser croire que fai présenté dans Clarisse Arbois des faits et des personnages dénués de toute cohérence, — alors que cette pièce fut uniquement écrite dans le but de soulever ta question, que je crois

toujours actuelles de la mesure dans laquelle les femmes devraient pratiquer lu vertu.

Lrs fil 1rs (1rs mers Itiunrhrs [sprri fions ,

ru}- chez d'autres peuples très policés, — les ffovas, par exemple, — il n'en va pus de même reçoivent dès Venfance, dès morales religieuses ou laïques, des préceptes tendant tous à combattre leurs plus élé mentaires instincts. L'origine de ces traditions fut-elle une sorte <lr confluent entre un idéal ascétique, >■/ d'autre port F orgueil jaloux que mettait le mâle barbare ou féodal à ne vouloir dans son lit que des vierges? Toujours rsiil que la chasteté hors du mariage s'indique aujourd'hui à lu Femme comme le premier des devoirs, dont le mépris entraîne la plus terrible saur lion... Il me tardait depuis longtemps^ je C avoue, <lr constater dons une amvre combien le feu des passions humaines

force la Société à respecter moins sa mole écrite que les lois de la Nature. Aux éceptes qu'elle enseigne3 elle inflige un perpétuel démenti. If est assez logique qu'elle rende à Vlndividu ce qu'il lui donne: et en fait elle confère souvent le bonheur, par/ois la puissance, surtout à la femme qui lui apporte la joie.

(lia risse Arbois est u ne jeu n<> fi I le de la

ourgeoisie pauvre. Au lieu de suivre

comme ses cousines lu voie régulière, elle entre au théâtre. Qu'elle désire main tenant les satisfactions de fa richesse, an vicomte est là pour les lui offrir. Qu'elfe Veuille être honorée , reçue dans le monde.

sa coopération à des œuvres charitables lui en ouvrira immédiatement les portes. Qu'.elle devienne seulement la maîtresse

d'un député, que cet homme l'adore, — le

jour OÙ ee/te tptestion se posera pour lui

de choisir eu! re le préjugé et le honheur.

l'Amour sortira vainqueur de la crise suprême, Clarisse n'abandonnera sa royauté de théâtre que pour accéder à une domination sociale plus officielle; les femmes de ministres, en notre démocratie,

sont les princesses. Et chez nos raisins

/es pairs d'Angleterre épousent des comédiennes, en ce/a plus artistes que les princes allemands, auxquels agréent les écuyères.

Clarisse, donc a méconnu là règle et

don/a- son amour: elle reçoit en échange

le bonheur et le pouvoir. Madame de Cantigny, vieille mondaine légère, détient

de même l'iu/hience politique. Qui fait et

défait f es ministères? Elle souvent, sans que nul ne s'en doute. Pourquoi posst t-elle cette puissance ? Uniquement parce qu'en sa jeunesse elle a aime plusieurs hommes, créé des amitiés, gagné des dévouements.

Voici au contraire une naïve, madame Bédouin, qui a pris au sérieux et suivi à la lettre les préceptes inculqués dès l'enfance. Elle aura toute sa vie, celle-là, passé à côté du bonheur. Il n'a tenu qu'à elle de le saisir ; la Règle Morale l'en a seule empêchée. Quelle est aujourd'hui sa récompense ? Que tout le monde la trouve insupportable. Elle a fait de sa fille une sotte, mal armée pour le combat de la vie. Ces deux pauvres femmes seraient perdues, désemparées dans l'existence, si les « immorales », la vieille et la jeune, n'avaient pitié d'elles et ne les sauvaient .

Ces choses sont-elles vraisemblables!

Nous en avons vu au moins d'analogues.

Suint Thomas dWquin a dit quelque part : « De actu licet inferre ad pusse. »

Qu'en faut-il conclure? Que la morale seignée est ridiculement dépourvue de nction, disproportionnée à la réalité,

caduque, — et qu'il sied de lui apporter des amendement*

hini me garde de montrer la route des mmi lins à tous /es bonnets de jeunes filles i lime semble désirable, au contraire, que l'union des sexes soit le plus souvent possible entourée de solennité. Plusieurs demes personnages, — j*y ai tenu, — énoncent relie leçon une le mariage est lu vérité de lu rie : ('.héron, nu dénouement j se trouve d'accord en crin avec madame Hédouin.

Au eus imprévu où une enfant de dix- Huit uns me consulterait sur la voie à suivre, je l'engagerais vivement à se marier et j'ajouterais même à mes avis, ■ — r huinine jeune étant un animal plutôt égoïste . — le refrain justement populaire :

• . ma mte,

Que la bagui au <lt>i</t!

M nis. dam î quand sept ans plus tard la même personne viendrait me dire : « Pour une raison quelconque, — la pauvreté par exemple, — je n'aipas trouvé de mari, et voiri que mu jeunesse se fane. Faut-il obéir encan- à la morale bourgeoise? Dois-jeêtre nonne, féministe, vieille fille?... »,je regarderais, comme un devoir, — eh oui! — de lui répondre qu'une statistique bien consolante est celle des mai tresses épousées. La réparation finale fût-elle même douteuse, une fille-mère, pour les intérêts de l'Espèce, valut toujours mieuxqu'une vieille demoiselle stérile. Plus il y en aurait ' . de ces bons êtres, plus la Société serait bien obligée

de renoncer à sou Ostracisme absurde

envers la pauvre femme qui a aimé. S'il est des périls dans l'amour libre, ne sontils pas pour les faibles, celles qu'une tare congénitale, dans Vintelligence ou la volonté, rouait au malheur de toutes

— vu —

façons? Les femmes çui méritent réellement de vivre, par leur énergie et leur aptitude à la lutte sociale* celles-là seraient à mon avis imbéciles et coupables* si elles reniaient C amour et ne suçaient point se

passer de l 'app/'o/xi t t'a// (les S0t8.

Et l'homme parlant ainsin'estpas du tout sceptique, ni même en morale exempt d'i/idignations. Mais si j'en a rais dans les

questions d'amour, elfes iraient plutôt à

celte Femme Adultère, çue le théâtre plaint souvent jusqu'à la glorifier. Celle-là peut causer de la douleur. L'ïrrégulière ne fait

souffrir personne; f ignore "il nom de quoi l'on peut la condamner. En fait , (Tailleurs, il est doux de constater que de plus en plus ou VeXCUSe. La ///orale de la Chasteté

Quand Même s'effrite. Lad eu ne Fille de De-

main, je l'espèi-e. placera le l)< coir im/ins SOUVent dans une contineuec inutile iji/e dans une rie (Ta/nour crânement acceptée.

Ces choses dites, qu'on me pardonne de n'avoir pas mis dans Clarisse Arbois le personnage chargé d'exposer les théories de

/'auteur. Il est advenu, je nîen rends trop hi.cn compte, que le souci de laisser ma conclusion implicite nia amené à écrire une pièce déconcertante. La hantise d'être surtout vraisemblable, le désir de donner à chaque clé me ni son expression courte, m'ont lait en outre trop négliger la première nécessite du théâtre, — développer bien visiblement une action. Que reste-t-il au-

jourddnii de cette ao/rre :' « Une chose ride », a dit un critique. Je me demande franchement s'il na pas eu raison .

J'oserais à peine, mon cher ami. vous

prier d'en agréer la dédicace, si je ne me disais (juc toutes les tenta tires de pensée pridtc et libre, même les plus modestes, i/oirent aller en direct hommage au plus hardi et

au plus fécond remueur d'idées parmi les

artistes de noire temps } — si avec cela, travaillant beaucoup, /unis publiant peu, je n'attendais depuis trop longtemps l'occasion, fût-elle si humble, de vous dire /non admiration déférente et tonte t affection que f ai pour vous.

M. fi.

Paris, le l'r avril 1903.

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