‹ Clarisse Arbois; comédie en trois actesChapitre 42 sur 72 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CLARISSE, DESHOSIERS. Desrosiers a à la main un petit paquet enveloppé de papier blanc, qu'il dépose en entrant sur une table.

Clarisse, très gracieuse.

Comment allez-vous, monsieur?

DESROSIERS

Je ne vous dérange pas trop ?

Vous me faites beaucoup de plaisir! 11 y a longtemps que vous êtes à Paris?

DESROSIERB

Deux jours.

En congé ?

dësrosiers, souriant.

En vacances !

120 CLARISSE AfiBOIS

CLARISSE, riant.

C'est vrai ! Vous ne paraissiez pas ravi <le votre résidence, l'automne dernier...

DESROSB R8

On apprécié un pays, après tout, par les

souvenirs qu'on y retrouve. Depuis que j'y ai fait votre connaissance, j'y ai découvert un tas de coins charmants.

Vous êtes toujours le plus aimable homme de France, monsieur l'Ambassadeur... El le Roi, là-bas .' Comment va-t-il ?

DESROSIERS

Eh bien! 11 fait de la photographie... Il

m'a reparlé de vous, l'autre jour...

Bah!

DESR0SIBR9

Toujours dans l'enthousiasme! Il m'a île-

mandé comment vous travailliez vos rôles. Je lui ai dit : « Sire, à mon grand regret, je n'ai pas l'honneur de connaître particulièrement mademoiselle Arbois. Chaque fois qu'un grand artiste français passe par votre capitale, je le prie de me faire l'amitié de venir déjeuner à l'ambassade. Elle a bien voulu venir aussi, mais elle ne m'a pas fait de confidences. »

ît la Reine ?

DESROSIERS

rous savez ce qu'elle pense de vous !

Quelle femme charmante! Chaque fois que je vais chanter dans le monde, je prends l'éventail qu'elle m'a donné... Il n'est pus

Itrès bon goût, peut-être...

\22 GLABKSE AKI'.Hls

DffiBOSilBS

Eh bien! On voil à ça <|u'il vient d'un souverain... A œ propos, tenez, il faut qne moi aussi j'acquitte une dette de reconnaissance...

ei.Aiiissi:

l De dette?

Di:sii(isii;ns

Dans la semaine qui a Buivi vos représentations, voyez-vous, tout»' la cour étail encore sous le charme! On ne jurait plus que parla France! Le Roi me témoigna il une de ces bienveillances... qu'on utilise...

cLMtisM.. riant.

Il vous a donné son grand cordon ?

DBSROSIBRS

Non, mais le câble sous-marin du |»a\ s sera '(instruit par des Français Prenant • petit paquet et le lui tendant.) Louis-Plii-

CLARISSE AltBOIS ' 123

lippe nous aurait offert une tabatière. Je viens vous apporter des bonbons. Est-ce que vous les aimez ?

C'est mon vice! {Elle défait le paquet. Soudain.) Oh! non, monsieur l'ambassadeur. Ça, non, voyons!...

DESROSIERS

a représente Iphigétiie, votre rôle!

Mais c'est un objet d'art, cette bonbonnière !

DESROSIERS

ous préfériez un petit soldat russe, empli de berlingots ?

ais un beau cadeau, ça mel de la céréie. entre deux personne»! ... Kl cen'est

12 t CLARISSE AHBOIS

pas ce que je désirais, la cérémonie, — au

contraire !...

DESROSIERS

Comment ?

Nous voulez que je vous explique?... <>h !

mais ce sera si bête! Vous allez vous moquer de moi!

DESHOSIKItS

Oh!

Eh bien! J'ai été très contente, quand ofi m'a annoncé votre visite. J'ai beaucoup de sympathie pour nous. .!<• voudrais que vous fussiez, réellement, mon ami.

DESROSI]

Mais...

Cl. MUSSE

Mou ami! 11 faut ne pas me faire la cour!

MiSROSIERS

Ah!

Quand j'aime, moi, je ne veux pas tromper... Mais ce qui me manque, c'est un ami, — un vrai ! 11 y a bien un tas de gens qui me l'ont des compliments dans ma loge, qui m'envoient des fleurs. Je les laisse faire parce ils m'amusent. Je ne vous demande pas •us me comprenez. Je sais que si.

DESROSIERS

'est vrai !

vec <;a, j'ai nies camarades. Mais les amitiés de femmes, n'est-ce pas?. .. Tandis qu'entre une femme et un homme... Vous croyez cette amitié-là possible, vous?

desrosiers, mélancoliquement.

C'est de mon âge !

CLARISSE ARRH1S

Eh bien! S'il y a là aussi des coups foudre, voyez-vous! Dans cel après-midi l'ambassade, pendant que vous me i'aisi» voir VOS bibelots, que je vous «Voulais eaust si finement, si joliment, avec une délicatef Bi charmante, je me «lisais que si jamais! traversais une crise, si j'avais besoin, jhn me donner un conseil, d'un homme <|i connût la vie, qui eùi de l'amitié pour ou capable même <!«• franchise... je m'adresfl

rais a vous

iSIERS

Mais... c'est un rôle Qatteur... peut«ôt bien délicat.

CLABJESBS

Vous n'en voulez pas?

Ce qui me chiffonne, c'esl !<• conseil.

CLARISSE AfiBOIS 127

Pourquoi?

DESROSIEBS

Parce que dans la recherche du bonheur, mon Dieu! la folie pour l'un, c'est la sagesse pour l'autre...

Où est la vérité, hein?... Je quitte une parente à moi, tenez, qui est très pieuse ; celle-là trouve, affectueusement, que j'ai raté mon existence. Elle me conseille de renoncer au théâtre. Ça m'a un peu agacée. J'ai une amie, au contraire, qui est comme moi actrice; elle me désapprouve aussi !

DKSROSIERS

'ourquoi?

CLARISSI.

ree que depuis dix ans j'ai lutté pour un résultat, qui est si vous voulez de luxe

• I de gloriole, niais qui était mon idéal d'artiste] J'y arrive! Mais maintenant, aussi, j'aime un homme, — autant qu'on peut l'aimer !

DESHOSIF.RS

Eh bien ?

Eh bien... {Elle hésite.) Enfin, hier em

cure, tenez! Je vais voir pour un de mes rôles relie qui l'a eréé , la fameuse madame Mardi... Vous l'avez peut-être connue .'

DESROSIERS

Je l'ai entendue à son déclin, — niais quand mô du reste, ça ne me rajeunit

pas !

Dam! Elle a Boixante-dix ans, maintenant! Et elle habite Versailles, figurez-vous,

une petite maison pleine de chiens et de chats, avec des couronnes en papier doré dans le salon. Ça vous fend le cœur!... Eh bien! En m'en allant de chez elle, comme je regardais sur sa cheminée quelques vieilles photographies toutes jaunies, il y en a une qui m'intrigue, — le portrait d'un officier. Je ne connaissais pas cet uniforme-là; c'était celui des guides. Elle m'explique ça, cette pauvre vieille, et puis tout d'un coup les larmes lui partent des yeux ! Savez-vous ce qu'elle linit par nie dire? « Quand on est au théâtre, ma chère enfant, il ne faudrait jamais avoir que des caprices, allez! Donner son cœur, c'est se condamner d'avance à devenir une victime ! Si jamais pareille chose vous arrive, croyez-moi, luttez contre vousinême! Prenez au besoin votre courage à leux mains! Rompez la première! Souffrez oui de suile, — pour moins souffrir plus

130 CLARISSE ARROIS

DESR0SII

Elle »'sl |icssiiiiistt". madame Nardi !

Dam] Que voulez-vous! L'amour el l'espoir, aile/, <;;i ne va pas toujours ensemble. On s'aperçoit qu'on a mis toute sa \ i«- sur une seule carte. On Boit par avoir peur «If son cœur même, On demandée un ami d'expérienoe, en bonne foi, s'il pense qu'on peut compter sur la tendresse humaine, s'il croit que 1rs hommes valent fous «rs sacriliees qu'on leur l'ail...

DBSB08IER8

En général?

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