‹ ClartésChapitre 14 sur 22 · UEO MME A LA LYRE · texte numérisé non relu

UEO MME A LA LYRE

De loin, de loin, on ne sait d^où,

un homme arriva, qui portait une lyre,

et ses yeux étaient clairs comme ceux dhm fou

et il chantait, et il chantait

aux cordes brèves de la lyre,

Vamour des femmes, le vain languir,

sur sa lyre.

La lyre était frêle., et de roses fleurie; et si douce montait la voix de son haleine quW perte de vue, des monts et des plaines,

l'Homme à la Lyre. 77

de val en forêtj de forêts en prairies^ vinrent les gars et vinrent les filles pour V écouter dire la si douce peine qiCil chantait.

" C'est un fier homme, disaient tous les drilles.

Sa lyre parle comme une âme;

et triste, et tendre à défaillir,

sa voix est pareille au baiser d'une femme!

— ^ Ho! disaient-elles — dirent les filles, —

c^est un amant, avec sa lyre!

Il parle douceynent, si doucement avec sa lyre,

qiCon en voudrait pleurer, et puis m.ourir... „

Mais le chanteur a changé sa voix pour dire sur les cordes longues de la lyre les œuvres des hommes, les ducs et les rois au loin guerroyayit, de Golconde en Ophir et par toute la terre, en grand arroi. au tumulte des armes dont Vâme est ivre — et les oriflammes dUor qui s^éploient pour fêter dans la mort Vallégresse de vivre.

'■' Oh! „ disaient-ils, — " Hélas! „ disaient-elles,

78 la Joie de chanter.

" on n'' entend plus ce que tu dis.

Ta voix qui volait^ iKireille à une aile

toute échappée du grand paradis^

elle est partie^ — ah! peut-être plus belle^ —

on ne sait pas vers quel pays. „

— " Oh! ,, disaient-ils. '^ Hélas! „ disaient-elles. Et des enfants imr ribambelles

criaient sous les deux éblouis.

Or le chanteur^ pour sa grave voix d'Jtomme

a touché la plus grande corde de la lyre.

Voici naître et parler, au plus grave des cordes^

le jeune espoir qu'un souffle emporte,

le désir qui se tend comme un fauve, et qui s'' étire.

— et déjà se détourne auo: saules de la rive

la belle Joie qui passe en nouant des couronnes.

Et soudain la douleur redoutable résonne,

et sa force réveille au mystère des cordes

les voix du songe qui délivre...

et voici que nos poings en heurtant se déchirent

aux portes de fer de la Mort.

VHomme à la Lyre.

" Hola! „ disaient-Us; et elles de rire.

" Hola! M disaient-ils, " cet homme est un fou!

Il chante, il ment on ne sait cVoii;

que nous veut-il avec sa lyre? „

(Et elles de rire!)

" Hou! disaient-elles, pour le loup-garou! ,.

Et eux avec elles, les Iras à leur cou,

toutes et tous en chantant partirent.

Mais elles, par jeu, lui jetaient des cailloux

avec des rires, avec des rires.

Mais voici que la solitude

module une longue phrase ondulée.

Serait-ce le frôler invisible d'un ange? Comme un fantôme dans le silence qui vient, déroule sa robe et s^élude, une voix, an toucher des brises révélée, fuit et glisse en les cordes qui chantent.

80 la Joie de chanter.

Pareille au vent léger dans la voilure des navires.,

la douce haleine montée des rives

noue une cantilène aux cordes de la lyre.

C'est une aile qui ride le flot et s'y mire; c^est la vague parole où toute la nature s'émeut^ et que la lèvre humaine ne peut dire

Et voici qu^ elle porte une âme dans l'azur; et voici que soudain toute la mélodie résonne dhm accord si grave vers les deux, que les cordes parmi V espace radieux surnaturellemeni grandies^ ont effleuré le front invisible de Dieu!

Avènement. 81

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