ANOREXIES ORGANIQUES RELEVANT DE CAUSES SIMPLES OÙ EVIDENTES
Nous comprendrons dans ce groupe tout d’abord les anorekxies ayant Un caractère commun :
Anorexie par gêne mécanique et anatomique à la succion, à la déglutition, de caractère congénital. il s’agit là évidemment de « fausses anorexies ». Nous nous bornerons à les citer, considérant comme superflue toute explication clinique qui découle à l'évidence de ces malformations :
Malformations de la face : Bec de lièvre incomplet, complet unilatéral ou bilatéral, gueule de loup, déhiscence palatine (déhiscence du voile du palais, déhiscence de la voûte palatine), coloboma (fissure congénitale orbito-labiale), macrostomie, mongolisme.
Malformations de la langue : Macroglossie, grenouillette, brièveté du frein de la langue.
Malformations de l'œsophage : Mégaœsophage, rétrécissements congénitaux.
Malformations de l’anus : Imperforation et atrésie anale.
Le traitement est, ici, à peu près exclusivement chirurgical ; il a pour but de supprimer, de modifier ou de restaurer des malformations dans un but esthétique et physiologique. Ces actes chirurgicaux sont irès précoces où plus tardifs, suivant la nature ou l'étendue des lésions. Dans les formes complexes nécessitant des interventions le longue durée ou exécutées en plusieurs femps, l'abstention est de rigueur entre le troisième jour qui suit la naissance et le cinquième mois en rai- son de la fragilité toute particulière que présente le nourrisson au cours de cette période (mort subite, syndrome pâleur hyperthermie). Dans beaucoup de cas légers, le nourrisson s'adapte à sa malformation dans plus ou moins de temps ; dans d'autres cas, le gavage peut être nétessaire en attendant l'acte chirurgical.
Les cardiopathies congénitales, surtout si elles s’accompagnent de cyanose, indiquent une stase circulatoire digestive ou hépatique. La stase digestive, d’une part, et la dyspnée d'effort avec asphyxie, d'autre part, sont les causes de l'anorexie.
Le traitement doit être hygiènique, tonicardiaque et spécifique la plupart du temps.
Les anorexies d'ordre physiopathologique ou neurogène :
— Congénitales et obstétricales : Par agénésie du rocher provoquant des troubles trophiques ou des troubles de la succion ; les paralysies faciales névritiques obstétricales par application de forceps lésant la branche temporo-faciale avec exagération de l'asymétrie faciale et rejet mécanique, par la commissure, du lait qui ne peut être gardé dans la bouche.
f po Ar anorexie et de convulsions.
Un traitement spécifique intensif doit étre institué : = bloquer les accés convulsffs par ‘belladone, scopolamine, hydrothérapie et massage, aminéthéraple poly- À valente.
H des Ris héréditaires 7.
Les hémorragies BEN line aigu des méninges d'origine obstétricale sont à l'origine d'acces convulsifs lou de désordre psychfque (anorexie mentale) qui se révélent plus tardivement.
— Acquises : Les trismus primitifs de cause locale symptomatiques d'un tétanos céphalique obstétrical se
. révélant chez un nourrisson en parfait état par un refus
brusque de téter avec rejet de la téte en prière et cris.
Ces trismus doivent étre traités par une ee massive, par une alimentation forcée, au besoin à la
‘sonde nasale, car l'anorexie entraînent une rapide
dénutrition, agarave le tétanos infantile. La déshydrafation doit étre énergiquement combattue,
Le pharyngospasme infantile décrit par Péhu et Bertoye, lié au pylorospasme, se traduit par un refus de continuer à téter aprés quelques bouchées. Il s'agit là vraisemblablement d'une inappétence apparente dont l'origine paraît liée à des spasmes œsophagiens (partie haute) due à une hyperéfléctivité pathologique sur un terrain prédisposé.
Le traitement consiste en cathétérismes <ystématiques et en l'administration d'antispasmodiques (airopine, belladone). |
Les invaginations intestinales aiguës du nourrisson se traduisent par des cris aigus et intermittents, signe de douleurs très vivés suivies de rémissions passagères et refus catégoriaue du biberon, que l'enfant repousse . vivement de ses deux mains: après un premier vomissement (signe du biberon); c'est un véritable signe d'alarme dans les premières heures du syndrome. La selle sanglante émise au cours de la crise ou découverté par le toucher rectal confirme le diagnostic clinique. Un examen radiologique, quand il est possible de le pratiquer, affirmera définitivement le diagnostic.
Le traitement chirurgical doit être «pratiqué d'urgence, sans se livrer à aucune manœuvre préalable dangereuse (manœuvres externes de réduction, lavements sous forte pression). Les résultats de l'intervention sont d'autant plus satisfaisants que cette dernière sera plus précoce (Vinat à vingt-quatre heures). L’infervention doit consister en une réduction du boudin d'invagination sans résection. Un traitement pré ou postopératoire doit être institué pour pallier les phénomenes. de choc possible et l'apparition du syndrome pâleur-hyperthermie.
Les mégacôlons : La place que nous leur assignons ici peut, au premier abord, paraître surprenante : en effet, s'oppose la théorie congénitale d'Hirspruna, aui a donné son nom à un mégacôlon idiopathique, dont la rareté chez le nouveau-né nous dispense d'une description détaillée ou d’une discussion doctrinalé, et la théorie du mégacôlon symptomatique admise par tous les physiologistes, qui serait due à uné dystocie neurovégétative avec prédominance sympathico-toniaue. La
place que nous leur donnons est donc justifiée actuellement par le triomphe de la théorie neurogène. D'autre part, l'appellation même de cette affection paraît sujette à revision à la lumière’ de documents nouveaux. Cette: appellation, adoptée par beaucoup d'auteurs, devrait être « mégadolichocôlon ». En effet, congénitalement, le nourrisson est pourvu d'un côlon iléo-pelvien, long et flexueux ; si cette disposition est exagérée, le dolichocôlon est constitué ; enfin, si l’on admet jusau'’au bout l'influence créatrice de la dystonie sympathique, il n'y a pas de raison majeure pour re pas considérer comme vraie l'opinion de Leriche : « Les mégacôlons sont aussi des côlons trop longs. La maladie n'est pas que de fibres circulaires, elle est tout autant de fibres longitudinales. » En effet, les deux a#ections (mégacôlon et dolicho) sont, surtout chez le nourrisson, rarement ‘dissociées. Un point commun les rapproche encore : la thérapeutique par les infiltrations splanchniques a les mêmes effets favorables, soit sur les deux affections réunies soit séparément pour chacune d'entre elles.
L'importance que nous donnons ici à ce châoïtre est justifiée par deux raisons : là plus grande fréquence de cette affection ou du moins son diagnostic plus facile et la nécessité où nous nous trouvons de faire ressortir la valeur souvent méconnue du syndrome anorexique résultant, d'une intoxication stercorémique d'autant plus accentuée que la stase est à droite, c'esta-dire cæcale et moins marquée si la stase est à gauche, c'est-à-dire terminale.
Ces dystrophies du côlon spparaissent, en général, oès les premiers jours qui suivent la naissance et se traduisent par une constipation opiniôtre laissant passer les gaz d'odeur nauséabonde, du météorisme, une
Tir
distension ee animée d'ondulations péristaltiques ; tous les auteurs décrivent cette triade symptomatique comme étant pathognomonique de l'affection, laissant dans l'ombre le syndrome anorexique qui à pourtant son importance, s’il n'est pas le premier an date dans la symptomatologie de cette dystrophie, il n'en est pas moins constant et particulièrement tenace. Il apparaît dans les formes à manifestation précoce : le nourrisson n'évacue par son méconium, il est agité, inquiet, son facies est anxieux, il ne dort plus et son sommeil est coupé de secousses nerveuses, il crie ou se plaint, il refuse la tétée.
Le diagnostic est aisément confirmé par l'examen
radiologique’ aui doit être systématique.
Le diagnostic peut présenter des difficultés particulièrement dans les formes atypiques; on doit facilement éliminer ie gros ventre des rachitiques, qui est flasque, sans tympanisme généralisé ou localisé et sans ondes péristaltiques ; enfin, les affections spasmodiques de l'intestin. Plus difficile est le diagnostic différentiel -avec l'appendicite aiguë du nourrisson, heureusement exceptionnelle ; toutefois, malgré le polymorphisme de cette affection, les vomissements et la diarrhée doivent lever le doute.
Le pronostic reste lié à la précocité du diagnostic et du traitement. || peut s'assombrir brusquement par l'occlusion secondaire à un fécalome ou à un volvulus, à une perforation intestinale. Enfin, par l'apparition rapide de la cachexie terminale liée intimement à l'aggravation du syndrome anorexique, à la déshydratation et la toxi-infection. de
Le traitement médical du méga-dolichocôlon est à peu près abandonné car il n’a à son actif que des échecs : il consiste, d'après Marfan, à « vider le côlon
CAE
—.25 re
des gaz et des matières qui s’y accumulent, à une dié- Hétique du nourrisson qui prolongeait l'allaitement jusqu'au delà de deux ans pour diminuer les déchets alimentaires. » Ce traitement, que l'on ne peut proscrire définitivement, doit, à notre avis, servir d'adjuvant au fraitement neuro- chirurgical.
Ce dernier est basé sur la théorie D adnibte du déséquilibre vago-sympathique avec hypéeraciivité cu sympathique. Sur ces bases, divers auteurs ont préconisé des sections nerveuses, plus où moins hautes où étendues : elle ne peuvent trouver leur place dans le cadre que nous nous sommes tracé. Nous citons, pour ‘ mémoire, les infiltrations lombaires préconisées par
Leriche, qui ont suftout servi de test pour les interven-:
tions sympathiques et ont permis d'établir que les résultats de ces infiltrations étaient durables.
Cuvereau a démontré que les infiltrations hautes du splanchnique étaient préférables aux infiltrations lombaires, car elles donnent des résultats constants, efficaces et durables; dans certains cas rebelles, Cuve-
reau déclare que la sympathectomie complète heureusement les infiltrations.
Nous dirons ici un mot de la technique des infilira- ‘ion splanchniques pratiquées dans le service de notre maître le professeur KR. Sorel. |
Le nourrisson est assis, légèrement fléchi en avant, maintenu dans cette position par un aide placé en avant ; on enfonce une aiguille longue de 10 à 20 cenfimètres en dehors de la ligne médiane épineuse, à la hauteur de l’apophyse transverse de L', sous le bord inférieur de la douzième côte ; elle est dirigée avec une légère obliquité en dédans, sous l'apophyse transverse ;: après l'avoir enfoncée de quelques centimètres environ, on la retire légèrement, puis on enfonce
3 nouveau de 1 à 2 centimètres en modifiant l'obliauité pôur raser le corps vertébral. On vérifie, à ce moment-là, s'il ne vient pas de sang ou de liquide :
céphalo-rachidien par l'aiguille. On injecte alors lentement 20 centimètres-cubes d’une solution de novocaïne à 1/2 % non adrénalinée. Cinq à dix injéctions, dont deux par semaine, suffisent, en général, pour amener des résultats satisfaisants, elles peuvent être pratiquées soit unilatéralement si la dilatation est uni-
latérale, soit bilatéralement si tout le côlon est dilaté..
Cette méthode est à la portée du praticien spécialisé, en dehors dé l’hospitalisation.
Les tests de l'efficacité de ces, infiltrations sont le ‘réchauffement des membres inférieurs, le constat par la radio de la réapparition des contractions péristaltiques qui apparaissent dans la demi-heure qui suit l'infiltretion, et enfin, d'après l'école de Genève (Pr. A. Geutzer), l'auscultation abdominale, qui révèle une auagmentation audible des borborygmes passant danse le
lemps de soixante secondes, de dix à cinquante environ:
Anorexies de causes infectieuses ou inflammatoires locales :
il suffirait d'énumérer la plupart des affections aiguës ou chroniques de la bouche, des oreilles, du nez, de la langue, des lèvres, du rhino-pharynx et de la peau pour, comme aäÙ paragraphe des malformations congénitales de ces: organes, retrouver le syndrome anorexique qui, de purement mécanique, est devenu fonctionnel. Toutefois, il y a lieu d'observer que quelques-unes de ces affections sont à l’origine
dè lésions impoñtantes; ‘soit par leur aénéralisation,
nent sal
soit parce que dans la patnologie irès spéciale du nourrisson elles entraînent des affections gastro-intestinales : de la plus haute importance. En effet, si les coryzas, les végétations adénoïdes non infectées, les gingivites, les stomatites, le muguet, les poussées dentaires, les ulcérations des lèvres, les rhagades commissurales streptococciques et syphilitiques n'ont, le plus souvent, au une banale influence temporaire sur la succion, il n'en est pas de même en ce qui concerné les rhinopharyngites, les amygadalites, les mastoïdites qu'il faut rechercher systématiquement toutes les fois qu'un nourrisson refuse de téter. : ‘ ie À
Les.otomastoïdites latentes ou aiguës sont de très grande fréquence chez le nourrisson (40 % d'après Rohmer) ; elles sont souvent méconnues par suite d'examens frop superficiels ou par le silence de leur apparition et de leur évolution, elles n'en constituent pas moins, par suite de la conformation anatomique .(larseur de l'additus ad antrum), une suité logique et presque fatale de toute affection primitive du rhinopharynx. On. peut dire que le degré de bénignité-ou de gravité de l’otomastoïdite peut présagèr la gravité ou la bénignité de la gastro-entérite qui lui fait suite. Ce seul fait légitime l'importance de cette affection. dont nous reparlerons au chapitre des toxicoses. Dans ces cas, l'anorexie s'explique non seulement par la lésion locale} mais par le désordre gastro-intestinal qu'elle entraîne.
Il en est de même des lésions cutanées locales: ou générales : érythèmes fessiers, eczémas séborrhéiques, interirigos, pemphigus épidémiques, maladie de: Rit-
ter: maladie de Leiner-Moussous, révélatrices où générétrices de troubles gastro-intestinaux, moyens ou gra-
at
ves qui entraînent eux aussi une anorexie à caractère nettement intestinal. 5
Dans ces affections le traitement doit s'attacher à la suppression rapide de l'élément causal par une thérapeutique médicale ou chirurgicale : désinfection et désencombrement du cavum, levée de l'obstacle par exérèse précoce, incision et drainage des abces, paracenthèse systématique des tympans ; toutes les fois que cela sera indiqué, utiliser les antibiotiques (pénicilline, suHamides).
Pour les maladies de la peau il ne nous est pas possible de donner-pour chacune d'elles un traitement
détaillé, toutefois cette. thérapeutique devra comporter deux règles : empêcher les infections surajoutées.
(pommade à la pénicilline, par exemple ; badigeonnage au bleu de méthylène, poudres antiseptiques faibles), instituer dans les maladies de peau généralisées (eczéma en particulier) un traitement parcellaire des lésions pour ne pas entraver l'élimination cutanée.
Anorexies de éauses infectieuses générales :
— Maladies infectieuses aiguës : Dans ce paragraphe nous nous bornerons à constater que toutes les infections générales aiguës du nourrisson, quel que soit l'agent microbien causal, entraînent par le fait même de la pyrexie une inappétence qui s'apparente à celle de l'adulte au regard des mêmes affections. C’est le cas des maladies infectieuses classées, où le syndrome anorexique est un simple épiphénomène : grippe, infections urinaires, coryza diphtérique, méningites méningo-encéphalites, pneumapathies aiguës (pneumonie, broncho-pneumonie), toutes les septicémies, les fièvres éruptives, la granulie, etc,
ls 40 2
La persistance du syndrome anorexique japrès la disparition des phénomènes aigus indique des altérations du rein, foie où système nerveux à rechercher. Dans ces affections le traitement ne peut être que causal ; nous ne pouvons entrer ici dans le détail, la reprise alimentaire devra être faite avec beaucoup de prudence et tenir compte des altérations des parenchymes des organes de défense et d'élimination.
— Maladies infectieuses chroniques : La tuberculose du nourrisson dans sa forme de début, avec hypotrophie pondérale et staturale, avec pâleur des téguments, légère hyperthefmie et anorexie particulièrement rebelle à toute thérapeutique générale, se révèle surtout à l’occasiôn d'une consultation souvent étrangère à cet objet — par une cuti positive et une radiographie découvrant une adénopathie trachéobronchique ou une lésion parenchymateuse discrète. Cette inappétence constitue dans ces cas un véritable prodrome, elle n’a pas de caractère spécial mais elle constitue un signe d'alarme. C'est elle seule qui amène là maman à la consultation des nourrissons.
Le traitement sera d’abord prophylactique : sousiraire le nourrisson à tout nouvel apport de bacilles en l'éloignant du milieu contaminant, aération, alimentation bien réglée (jus de viande dès l’âge de six mois) + vitamine C, administration de sels de calcium unis à la vitamine fixative D.
Marfan utilise les propriétés antibacillaires de l’éther soit « per os » soit pas voie parentérale.
L'anorexie de l’hérédo-syphilitique, en dehors des malformations et de l'hypotrepsie générale, a des caractères d'extrême précocité et de grande ténacité. Elle résiste à toute thérapeutique générale non spéci-