‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 1 sur 176 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Paysage au xvne siècle. — Claude et Ruisdael. — Les biographes de Claude. — Sandrart et Baldinucci. — Premières études. — Augustin Tassi. — Visite à Naples. — Geoffroi Waels. — Voyage en Lorraine. — Travaux à Nancy. — Rencontre avec Charles Errard à Marseille. — Retour en Italie. — Relations avec Joachim de Sandrart.

e paysage n'a tenu que peu de place dans l'art français du xvne siècle. Les effets de la nature, ses caprices et ses accidents, les drames de l'hiver et les fantaisies du soleil, ne pouvaient fournir que des motifs d'un intérêt secondaire pour la décoration des palais du grand roi, et cette décoration n'était-elle pas, alors, l'objectif de tous les artistes sans exception aucune ?

Colbert, en protégeant les peintres et les sculpteurs contre les revendications de la maîtrise, n'avait pas l'intention de les laisser libres de poursuivre tranquillement leur voie. S'ils acceptaient la protection de l'État, il fallait aussi qu'ils se consacrassent à son service; ambition-

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naient-ils des pensions et des privilèges, il était juste qu'ils fissent des sacrifices en échange de ces faveurs; le roi, en fondant pour eux l'Académie de peinture et de sculpture, avait le droit de compter sur leur entier dévouement. Au xvie siècle, le peintre, pour se distinguer de la foule, briguait le titre de valet de chambre du roi ; au xvne, son rêve fut de devenir « académicien » ; le titre avait changé, mais la fonction au fond était restée la même, les obligations contractées envers le souverain n'étaient pas moins étroites. Au moindre oubli, à la moindre négligence, Colbert arrivait, grondait, menaçait, rappelant les bienfaits reçus, les engagements pris, et les académiciens de se courber jusqu'à terre devant le ministre tout-puissant.

L'académicien d'alors ne s'appartenait pas ; les rares loisirs que lui laissaient les grands travaux décoratifs commandés par le roi, il devait les consacrer — ce sont les termes mêmes des lettres patentes qui lui créaient sa position — à l'enseignement de la jeunesse. L'étude du modèle vivant, au moyen d'esclaves turcs réquisitionnés sur les galères, était la base de l'enseignement académique ; l'exécution de grandes machines en était le but : les peintres, cédant à l'impulsion donnée par l'Etat, acceptaient la direction de Le Brun, travaillaient comme lui « en grand » et prenaient pour thèse « les fais éroiques du roi ». Tous suivaient la même voie, et il était bien rare qu'on osât se présenter devant l'auguste corps de la nouvelle Académie pour se faire agréer « sur le tallan du paisage ». Encore, si, par hasard, quelqu'un venait réclamer sa place à titre de paysagiste, ce n'était plus un homme puissant dont on pouvait craindre la concurrence, un peintre qui pouvait prétendre aux emplois sérieux, aux travaux de Versailles ou du Louvre : c'était un bonhomme tel que cet Abraham Genoels ou Genouelle, qui, « jugé capable d'estre reçu en calité d'académissien », en janvier i665, prête serment, avec promesse de payer cinquante livres, et disparaît pour toujours.

Étranger à ce monde officiel, Claude le Lorrain vécut et travailla à Rome, ignorant jusqu'aux préoccupations qui faisaient des arts une affaire d'Etat, et qui condamnaient en quelque sorte tous les artistes aux intrigues et à l'àpreté des luttes politiques. Il n'était pas forcé

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