‹ Claude Monet, sa vie, son temps, son œuvreChapitre 20 sur 55 · DÉCRÈTE · texte numérisé non relu

DÉCRÈTE

Article premier. — Le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, au nom de l'Etat, est autorisé à accepter, pour les Musées nationaux, un tableau intitulé /'Olympia, peint par Edouard Manef, et offert à ces établissements, aux termes de l'acte notarié sus-visé, par le sieur Monct et autres. Cette acceptation étant autorisée aux clauses et conditions stipulées dans le dit acte notarié.

Article II. — Le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts est chargé de l'exécution du présent décret qui sera inséré au Bulletin des Lois et notilié à qui de droit.

Fait à Paris, le 17 novembre 1890.

Signé : Cai\not.

Pur le Président de la République, Le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, Signé : Léon Bourgeois.

Pour ampliation : Le Directeur des Beaux-Arts, Signé : Larroumet.

Pour fermer le dossier de l'Olympia avec d'intéressantes pièces justificatives, voici, dans la quantité de lettres reçues par Claude Monet, celles qui présentent des opinions diverses sur le chefd'œuvre de Manel.

La première reçue fut celle du Dr Georges de Bellio :

Paris, le 10 juillet 1889.

Mon cher Monet, je m'inscris pour la somme de mille francs.

Puisse cette idée, dont vous avez été le promoteur, faire son chemin, et aboutir à un bon résultat. Elle aura le triple mérite d'être un juste tribut d'hommages rendu à la mémoire de ce pauvre cher Ma net, de venir en aide d'une façon discrète à sa veuve, et enfin de conserver à la France une œuvre vraiment valeureuse.

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LA FEMME A LA CAPELINE ROUGE (vers 1878)

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J'espère qu'il n'en sera jamais ainsi de vous et que vous verrez l'État vous acheter de votre vivant des toiles. Je n'en veux d'autre preuve que le très grand et très légitime succès que vous venez de remporter à votre dernière exposition.

Bien que très désireux de vous voir, je suis heureux de vous savoir aux champs, travaillant à augmenter encore de quelques nouveaux chefs-d'œuvre votre œuvre déjà si considérable.

En attendant, croyez-moi toujours, mon cher Monet, votre bien sincère et bien dévoué ami.

Geohges de Dellio.

La lettre d'Emile Zola stupéfia Monet. Il avait compté sur l'action du premier et ardent défenseur d'Edouard Manet, il ne put cacher sa déception, et garda longtemps rancune à Zola de son abandon inexplicable, — jusqu'au jour où il retrouva sa vaillance au service du droit et de la justice. Ce jour-là, il revint à Zola pour lui rendre l'hommage qui lui était dû. Voici la lettre de Zola :

Mèdan, le 23 juillet 89.

Mon cher Monet,

J'en suis trè's chagrin, mais je ne puis m' inscrire à la souscription dont vous me parlez. C'est chez moi un parti-pris absolu de ne pas acheter de peinture, même pour le Louvre. Que des amateurs se syndiquent pour faire monter les prix d'un peintre dont ils ont des toiles, je le comprends ; mais je me suis promis, moi, écrivain, de ne jamais me mêler à ces sortes d'affaires.

J'ai assez défendu Manet par la plume, pour craindre aujourd'hui le reproche de lui marchander la gloire. Manet ira au Louvre, mais il faut que ce soit de lui-même, en pleine reconnaissance nationale de son talent, et non sous cette forme détournée de cadeau, qui sentira quand même la coterie et la réclame.

Croyez-moi votre bien dévoué et bien cordial.

Emile Zola.

Il y a de quoi être surpris, en effet, de la lecture d'un tel désaveu, qui n'est basé sur aucune certitude. Empêcher Manet d'aller au

Puvis de Chavannes écrit la lettre que faisait prévoir M"'e Morisot- Manet.

Paris, 4 octobre 89.

Mon cher Maître,

Au reçu de votre lettre, je suis allé rue de Villejust pour soumettre à Madame Manet quelques observations que je crois utiles à la cause qui nous intéresse. Elle a bien voulu me permettre de vous en faire part. En attendant, je m'inscris pour trois cents francs, et je vous prie, cher Maître, de croire à mes vifs sentiments d'admiration pour votre beau talent si ferme et si original.

P. Puvis de Chavannes.

Je disais entre autres eboses qu'il était impossible de ne pas donner dans cette affaire le premier rang à Monsieur Proust, qui s'est toujours montré si dévoué a notre ami. Sa courageuse initiative dans les questions d'art rend son intervention indispensable.

Degas adhère et souscrit, sans autres phrases :

Mon cher Monct,

Je vous demande pardon. Je vous réponds moins vile qu'il ne convient. Veuillez m'inscrire sur la liste pour la somme de cent francs. Vous me direz quand il faudra vous les faire parvenir.

Amitiés.

Degas.

Ary Renan, d'une manière toute juvénile :

20 octobre 1889.

Monsieur et Maître,

Je suis fort touché de ce que vous avez pensé à moi pour l'œuvre que vous poursuivez. Je l'approuve sans restriction, et, connaissant personnellement la situation difficile de Madame veuve Manet, je puis dire que vous faites à la fois une haute et belle charité et une importante manifestation d'art vrai.

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