VENISE : PALAIS DARIO
Les P.. les Nymphéas
Claude Monet est l'un des homm ont excité jusqu'à la fureur
et la stupidité la polémique artistiqm ait chez lui, à Giveruy,
dans sa charmante e! simple mais hamps, une collection
rtraordinaù «de critique, chro-
niques, informations, oiaAa eiAJAq : agmav . Qnl ^
inspirés à la presse pa (?(K?i) ;! (fii'i! a
pu réunir et garder, à travers les ments, ; puis
bonnement d'indifféren
Les critiques et le lon-
naient même pas la peine de regarder les œuvres qu'ils jugeaient et exécutaient en un rien de temps, juste le temps qu'il leur fallait pour aligner leurs improvisations. On' peut croire aussi que ces personnages, si prompts à rendre leurs arrêts, n'avaient jamais regardé un paysage, à aucune heure, en aucune saison, pour être • point insensibles à la poésie grandiose et subtile que révélaient fraîches comme les matins, riches et mysté- • Tout le monde était d'accord, la critique officielle, I boulevardù .plaisanterie .)< journaux, l'hostilité •
i méfiance des amateurs, grand déchaînement conhv
d expriinei
Depuis er Monet de bar-
bouilleur. Il un quart de siècle, il
lui a fallu de Belle-lle-en-Mer, de la
Creuse, de Giverny, de Londres, pour arriver à faire respecter et admirer son art. Il fallut bien reconnaître que Monet est de la race des maîtres, non seulement par son génie instinctif et savant, mais aussi par sa certitude, par sa logique, par sa ténacité, par sa patience. Il a évolué lentement et fortement, ne perdant rien de ses qualités de décision et de puissance, acquérant sans cesse plus de profondeur, plus de charme insaisissable, plus de mystère.
Une nouvelle entreprise de son art apparut, en 1902, après la série des toiles de la Tamise.
Les quarante-huit toiles qu'il intitule Les Nymphéas, série de Paysages d'eau, furent révélatrices, plus que jamais, de la vision et de la volonté de l'artiste. C'est, dans son jardin de Giverny, un jardin spécial, qu'il a créé en détournant le cours de la petite rivière de l'Epte. II a obtenu un étang minuscule aux eaux toujours claires, il l'a entouré d'arbres, d'arbustes, de fleurs, de son choix, et il a orné sa surface de nymphéas de diverses couleurs qui éclosent au printemps, parmi les larges feuilles, et qui s'épanouissent tout l'été. Au-dessus de cette eau fleurie, un léger pont de bois, du genre des ponts japonais, et dans l'eau, parmi les fleurs, tout le ciel qui passe, tout l'air qui joue à travers les arbres, tout le mouvement du vent, toutes les nuances des heures, toute l'image apaisée de la nature environnante.
C'est ce spectacle qu'il avait sous les yeux qu'il a voulu rendre, c'est à cette entreprise qu'il s'est acharné pendant des années. Quand on voit réunis ces paysages d'eau, on a l'impression d'un admirable ensemble décoratif, on rêve de garder cela ainsi, sur des murailles, dans des salles paisibles où des promeneurs viendraient chercher la distraction de la vie sociale, l'apaisement des fatigues, l'amour de la nature éternelle. Puis, chaque tableau devient un monde, un de ces résumés d'un instant où l'impressionnisme de Claude Monet a su évoquer l'universalité des choses. Voici la surface de l'eau, lisse et calme, immobile, rigide et profonde, le plan établi par les feuilles plates des nymphéas. Sur cette eau, les boutons et les fleurs sont posés, s'ouvrent, éclatent, se referment. Au-dessous, le ciel avec ses nuages errants, les branches d'arbres qui se balancent, se
mêlent aux herbes aquatiques, liées et déliées sans cesse par le courant paisible. C'est exprès que j'indique cette illusion du mouvement que Monet nous donne ici avec la réalité de la lumière. Tout bouge et tout vit dans ces admirables œuvres, et pourtant, toutes ont le magnifique calme de l'art, cette plénitude, cette sérénité, que possèdent seules les œuvres d'exception. Le mouvement est suggéré, comme la forme et comme la lumière, par les images de vérité que l'artiste a su inscrire sur ses toiles, par le métier le plus pur, le plus tranquille, en apparence, le plus rare, le plus volontaire, dans ses combinaisons internes.
Mais qu'importe le métier! C'est affaire au peintre. Ce métier est nécessaire, rien n'existe sans lui, mais s'il était seul présent ici, ce serait peu de chose, s'il restait seulement savant et démonstratif, nous ne pourrions nous intéresser à lui que comme à une expérience plus ou moins réussie. Ce que nous demandons à l'artiste, c'est la force originale de l'expression, c'est le don sublime entre tous de nous émouvoir. Le grand artiste se reconnaît à ceci, qu'il nous dévoile la nature, qu'il nous montre un spectacle, un aspect, que nous ne connaissions pas encore, qu'il nous révèle la vie, telle qu'elle s'est révélée à lui, apparue ainsi dans l'art pour la première fois.
Cette définition peut s'appliquer à Claude Monet.
Le puissant paysagiste qui a si fortement exprimé la grandeur de la mer, des falaises, des rocs, des vieux arbres, des fleuves, des villes, s'est complu en ces motifs d'une si douce et si charmante simplicité, ce coin délicieux d'un jardin, ce bassin minuscule où s'épanouissent quelques corolles mystérieuses. Sous cette simplicité, il y a tout ce que l'œil peut percevoir et deviner, il y a un infini de formes et de nuances, la vie complexe des choses.
C'est la démonstration de cette complexe unité que Claude Monet poursuit sans se lasser, indifférent aux aigres réticences qui s'attardent et s'acharnent encore contre le mot d'Impressionnisme. Les mots et les étiquettes importent peu sans doute, ne servent qu'à fixer des dates, qu'à signifier des groupements, mais leur durée prend une signification historique. Ici, derrière le mot, il y a une
œuvre, il y a un peintre, et il y a un poète, qui font songer, non à une école, mais à la nature éternelle, toujours fraîche, imprévue, renouvelée.
Avec ses paysages d'eau, où les fleurs d'une saison apparaissent dans la douce et précieuse féerie de la lumière atténuée de l'espace, Claude Monet nous présente un miroir magique où nous n'avions pas encore regardé, où son génie de peintre resplendit et sourit avec la beauté de la terre et du ciel.
Venise
Claude Monet a continué son œuvre, pour la joie et l'éducation de notre esprit, par un séjour à Venise.
Claude Monet est le seul, parmi les peintres de paysages, que l'on aurait voulu en perpétuel voyage pour obtenir de lui les images fixées de toutes les beautés du globe. Ceci, non pour diminuer les peintres, que j'adore, de la beauté locale, fine, puissante, raisonnée, profonde, telle qu'on la voit cbez les maîtres de la Hollande, de l'Angleterre, des provinces de la France. Pour ceux-là, si grands, si émouvants, il ne vient pas à la pensée qu'ils auraient pu quitter leurs plaines, leurs vallées, leurs rivières, leurs collines, leurs routes, leurs villages, leurs villes, que leur génie personnifie, pour s'en aller vers d'autres rives et d'autres cieux. Pourquoi en est-il autrement de Claude Monet? Chez lui, rien de local, rien de circonscrit, bien qu'il ait admirablement exprimé la vérité particulière et poétique des « pays » où il s'est installé, villages de Normandie ou de l'Ilede-France, Vetheuil, ou Louveciennes, ou ce Giverny, qui est devenu sa patrie et son point d'attache, comme Barbizon, pour Millet, Ornans, pour Courbet, Ville-d'Avray, pour Corot. Il y a en lui une force instinctive, une vision généralisée, un amour panthéiste, qui lui font dépasser le précis, l'immédiat, le charme familier, et même la vérité particulière de ce qui l'environne. Parce qu'il est, non pas un peintre de l'objet, mais un peintre de la lumière, il montre les choses dans l'espace, hors de toute définition accidentelle, il ne représente que leur substance et l'atmosphère lumineuse qui les vivifie. Il est donc devenu le peintre des prairies, des fleurs, des arbres, des rochers, des vagues, ou plutôt de la terre, des pierres, de l'eau, de l'air. Qu'il représente des quais, des maisons, des villes, il donne à ces décors de la vie humaine la même apparence sans